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Recevant ce lundi, le troisième prix du Concours panafricain de critique d’art, option cinéma, le journaliste Mamadou Oumar Kamara du Soleil a demandé aux autorités de lever la «censure» sur le film «Un air de kora» de la réalisatrice sénégalaise, Angèle Diabang, qui fait actuellement polémique.

Classé troisième du Concours panafricain de critique d’art, option cinéma, le journaliste du quotidien national Le Soleil, Mamadou Oumar Kamara, a reçu hier son prix des mains du directeur de la Cinématographie, Hugues Diaz. Le lauréat a été primé pour son travail intitulé, ««Un air de Kora» d’Angèle Diabang : une cohésion fragile». Saisissant l’occasion de la cérémonie de remise de la récompense, le confrère s’est expliqué sur le sens de son titre sur le film de la Sénégalaise choisi pour le concours. Il dit: «Cette cohésion, elle est fragile, parce qu’on ne dit pas tout, parce qu’on ne pose pas le débat. C’est le lieu de demander qu’on lève la censure sur le film, pour qu’il n’y ait pas forcément une polémique mais un débat qui permettra peut-être de savoir la perception des choses, peut-être poser les bonnes questions et d’avoir les bonnes réponses pour encore beaucoup plus solidifier cette base sociale-là qui, aujourd’hui, est fragile à cause justement des compris mensongers.» Il estime qu’en enlevant la «censure», l’on permet à tout un chacun de voir ce film qui interroge notre société, l’amour, la condition féminine, les religions, etc.
Venu représenter la réalisatrice, l’acteur Roger Felmont Sallah n’a pas caché son amertume sur la polémique autour du film. «Quand j’ai appris qu’il y avait une polémique de censure, j’ai eu mal. Parce que je me suis dit : on a fait ce film avec le cœur, pas pour blesser qui que ce soit, pas pour poser un quelconque débat de divergence mais plus quelque chose qui est là et réel dans nos sociétés et on en a parlé», argue-t-il. D’ailleurs, il est rejoint par le président d’honneur de l’Association sénégalaise de la critique cinématographique. Pour Baba Diop, aujourd’hui il se pose au sein de l’Eglise un débat sur le mariage des prêtres, donc il pense que c’est un film sur lequel on peut discuter et non pas chercher à le censurer. Cependant Hugues Diaz a tenu à préciser que l’Etat n’a jamais interdit le film. Il reconnaît qu’il y a une polémique du fait que la communauté du monastère se sent offensée. «Il ne faut pas croire qu’on a censuré ce film, nous sommes en pourparlers, il y a une médiation en cours. C’est un film très beau. C’est votre éclairage qui nous permettra de faire comprendre aux gens qu’il ne s’agit pas de dénigrer, ou d’aller à l’encontre de croyance, de foi. Au contraire, nous sommes dans des communions de religions, nous sommes dans des confraternités», dixit le directeur de la Cinématographie.
«Un air de Kora» parle d’une jeune fille qui a la passion de la kora mais à qui il est interdit d’en jouer, un fait qui soulève encore le débat relatif à la place de la femme dans la société. «Cette intolérance a enjambé le terrain de la fiction d’ailleurs. Angèle Diabang, réalisatrice chrétienne, subit l’infortune de ne pouvoir projeter son œuvre au Sénégal. Cela parce que les communautés musulmane et chrétienne exercent des pressions même sur la Direction de la cinématographie pour qu’Un air de kora, ne soit pas diffusé au prétexte que ce film est injurieux», a dénoncé le journaliste Mamadou Oumar Kamara. Le prix de la meilleure critique cinématographique 2020 a été décerné à Cherqui Ameur du Maroc, la 2ème place est revenue à Aina Randrianatoandro de Madagascar. Au total, douze textes venant de huit pays ont participé à ce concours organisé par l’Agence panafricaine d’ingénierie culturelle (Apic) dans le cadre du programme No’o Cultures.

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