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En plus de réclamer leur indemnisation depuis 4 ans, les victimes de Hissein Habré craignent que leur bourreau recouvre la liberté. Alors qu’elles attendent encore le versement de leur indemnisation.

Le feuilleton Hissein Habré ressemble au dicton «rira bien qui rira le dernier». De l’euphorie le 30 mai 2016 après la condamnation de l’ex-Président tchadien, ses victimes ont un goût de cendre dans la bouche. Elles courent après leur indemnisation tandis qu’au même moment, leur bourreau, d’après la justice, est en résidence surveillée après avoir bénéficié d’une levée provisoire de son inculpation liée aux risques de contamination au Covid-19 à cause de son âge. «Les victimes de l’ancien dictateur tchadien Hissein Habré attendent toujours de recevoir un début d’indemnisation, quatre ans après sa condamnation historique au Sénégal, et demandent qu’il regagne sa cellule après que la crise du Covid-19 soit passée», plaide le Collectif des victimes de l’ex homme fort de Ndjamena dans un communiqué.
Condamné à la prison à perpétuité pour «crimes contre l’humanité, crimes de guerre, torture, viol…» par les Chambres africaines extraordinaires, Habré doit aussi payer des millions d’euros d’indemnisation aux victimes. «Les victimes de Habré se sont battues sans relâche pendant 25 ans pour traduire en justice leur dictateur et ses sbires, et se sont vu accorder des millions d’euros d’indemnisation. Mais à ce jour, elles n’ont pas reçu un seul centime de ces réparations», a déclaré Reed Brody, le conseiller juridique de l’Ong Human rights watch. En avril 2017, une Cour d’appel a confirmé la condamnation de Habré et octroyé 82 milliards de francs Cfa à 7 396 victimes identifiées. La juridiction avait mandaté un fonds fiduciaire de l’Union africaine pour lever de l’argent en recherchant les avoirs de Habré et en sollicitant des contributions volontaires.

«La détention de Habré à domicile n’est pas un pardon déguisé»
Au-delà de l’aspect financier, le Collectif des victimes exige également le retour de Hissein Habré en prison. Le Président tchadien de 1982 à 1990 a bénéficié d’une permission de sortie pour 60 jours le 6 avril dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19. Si le Président Macky Sall a prévenu que Habré va retourner en prison à la fin de la crise, le ministre de la Justice, Me Malick Sall, a fait savoir que la durée de la résidence surveillée pourrait être prolongée. «Hissein Habré est tranquillement chez lui, tandis que nous, les victimes qu’il a fait emprisonner, torturer et assassiner, mourrons les unes après les autres en attendant qu’il nous verse des indemnisations», dénonce Abdourahmane Guèye, âgé de 74 ans, un commerçant sénégalais victime avec son compagnon Demba Gaye lors d’un voyage au Tchad en 1987.
Le Collectif rappelle les propos du ministre de la Justice déclarant que Habré «n’était pas un détenu du Sénégal, mais celui de la communauté internationale» et que par conséquent «le Sénégal ne pouvait pas le gracier». Les victimes mettent en garde les autorités sénégalaises. «Nous serons prêts à rappeler au gouvernement sénégalais ses engagements quant au fait que la détention de Habré à domicile est une mesure sanitaire temporaire et non pas un pardon déguisé pour des crimes d’homicide de masse, de torture et de viol. Nous surveillons la situation de très près», a déclaré Jacqueline Moudeïna, coordinatrice du Collectif des avocats des victimes.

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