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La campagne électorale pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale du Sénégal qui s’est achevée ce vendredi 28 juillet 2017 à minuit a été l’occasion pour les Sénégalais de suivre et d’entendre les candidats de listes en compétition à travers leurs différentes propositions pour ceux qui en avaient, ou les invectives des autres qui hélas n’avaient que ça.
Le déroulement de la campagne n’a assurément pas tenu toutes les promesses suscitées par l’engouement qu’avait provoqué la validation des 47 listes par le même Conseil constitutionnel aujourd’hui décrié et vilipendé.
A l’opposé de la plupart de nos concitoyens qui croyaient que cette pléthore de listes était un non-sens, j’étais d’avis qu’il fallait une compétition ouverte et que parmi plus de la quarantaine de listes il y aurait nécessairement des offres politiques convergentes. Par conséquent, au terme de la campagne, une sorte de recomposition allait fatalement se produire d’abord au Parlement, et ensuite sur le terrain politique, car 2019 se profile à l’horizon.
Hélas, force est de constater comme tous les observateurs avertis qu’il y avait plutôt une énorme confusion auto entretenue exprès par certains qui, à mon avis, voulaient coûte que coûte abréger le mandat du Président en exercice Macky Sall. Ils avaient virtuellement anticipé sur 2019, car tout dans leur discours laissait penser qu’on était dans une campagne présidentielle avec des propositions et non des programmes, les unes plus farfelues que les autres, maquillées par des diatribes à l’égard du Parlement et de la classe politique.
Bien entendu, la moisson a été maigre. Au total, quelques candidats dont le discours est à l’identique de celui de la classe politique qui est flétrie réclament le renvoi de celle-ci de l’espace politique (comme si on n’était pas en démocratie) et dans le même temps on reconduit les mêmes procédés, mais avec d’autres dont les états de service sont inconnus. Finalement, c’est le statu quo.
Pis, on nous prend pour des demeurés en nous présentant d’illustres inconnus qui, dit-on, ont fait leurs preuves dans «la diaspora» avec un brevet de compétence et d’intégrité pour nous dire votez pour eux, ils sont meilleurs. C’est une injure à notre intelligence, et c’est inacceptable, car ce faisant, on fait sciemment l’amalgame entre un scrutin uninominal et un scrutin de liste.
De plus, ceux-ci ont-ils plus de mérite que ceux qui au quotidien, avec moult difficultés, travaillent à des solutions alternatives au niveau de tous les secteurs socio-économiques, avec nos valeurs à nous ?
Pis, lorsqu’on écoute les candidats de cette présente campagne, on se demande même, pour l’écrasante majorité, s’ils valent mieux que ceux qui étaient là avant, ou bien, est-ce qu’ils ont conscience des défis qui les attendent.
Assurément non. Le seul exemple pour l’illustrer c’est quand un candidat vient dire avec aplomb : «Oui, nous allons prendre 1 milliard pour donner aux communes, pour leur donner les moyens de travailler.» Dire que ce n’est pas nouveau, Khalifa Sall l’avait promis aux communes de Dakar lors des dernières Locales.
En revanche, ce qui est nouveau c’est que le Sénégal dans le cadre de l’Uemoa s’oriente aujourd’hui résolument vers la mise en œuvre des budgets programmes. Cela veut dire qu’il y aura un changement de paradigmes qui fera que le budget sera assis sur des programmes clairs et la pratique des services votés/mesures nouvelles sera reléguée aux placards.
Hélas, personne parmi les candidats qui se gaussent d’être des experts en tout ne se rend même pas compte que rien que par cette nouveauté le contrôle du Parlement change fondamentalement d’approche et de perspective. Ce sera la première source de désillusion pour ceux qui, d’ores et déjà, ont pour prétention de remettre en cause tous les textes de notre Parlement et d’imposer dans l’ignorance «la cohabitation» et un Parlement performant.
Je préfère être optimiste et penser que comme au Parlement français, le prochain Parlement du Sénégal devra faire face à un défi majeur de mettre à niveau la majorité des nouveaux élus aux prétentions démesurées. Il devra le faire très vite, car ceux qui se présentent devant nous ont la caractéristique fondamentale de croire, sans précaution, que la vie parlementaire du Sénégal va commencer avec eux. N’est-ce pas là un premier signe d’incompétence pour qui connaît le Sénégal ?
La vérité est que le prochain Parlement ne pourra pas fondamentalement changer les missions dévolues à l’Assemblée, car nous sommes pour des raisons évidentes dans le cadre de la démocratie représentative. En revanche, il pourra agir sur le mode de délibération et ses mécanismes de gouvernance pour être le véritable creuset du débat démocratique. Déjà avec ça, on aura franchi un grand pas.
Merci à tous les concurrents de nous avoir permis de voir clair sur les choix qui s’offrent à nous au-delà de la querelle de cartes ou de fraudes.
Mamadou NDAO
Sicap Liberté 6 Dakar

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