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Les acteurs de l’industrie musicale dénoncent la gestion du Grand Théâtre national de Dakar. Pour eux, les gérants arnaquent les artistes à qui ils font payer des prix exorbitants sans compter les nombreuses taxes et autres frais de sécurité, alors que l’édifice est un bien public avec un budget de fonctionnement.

La gestion du Grand théâtre national par le directeur général et son équipe a été décriée hier par les acteurs de l’industrie de la musique (Aim). Pour ces artistes, ce qui se passe au Grand Théâtre est «de l’arnaque». Selon cette association, dirigée par Zeynoul Sow, les artistes souffrent pour organiser des activités au Grand Théâtre en payant des sommes exorbitantes sans compter les taxes et les frais de sécurité. Cela, sans le moindre respect. «Pendant que dans les autres secteurs d’activités les projets sont financés, on nous demande de payer de 4 à 5 millions pour organiser des soirées, alors que c’est un édifice public avec un budget de fonctionnement de près de 800 millions», ont dénoncé Zeynoul et Cie en conférence de presse.
Arborant des brassards rouges, les artistes ont déploré la gestion de cet édifice public culturel qui est un don de la République Populaire de Chine au Sénégal. «C’est un fonds de commerce pour eux», se scandalisent-ils. Ils en veulent pour preuve les péripéties qui ont entouré vendredi dernier le concert du groupe Pape et Cheikh. «Après avoir payé 3 millions 700 mille francs, ils se sont vu fermer les rideaux en plein milieu de ce spectacle de haute facture. Ce n’est pas du respect, ceux qui gèrent le Grand Théâtre ne connaissent pas les réalités du terrain», dénonce encore Zeynoul Sow. Pour lui et ses amis, «C’est de l’arnaque et un manque de respect total». Suffisant  pour qu’ils invitent le président de la République qui a décrété l’année 2017 «année de la culture», à prendre ses dispositions et à rectifier le tir.

Mbagnick Ndiaye interpellé
L’Aim qui affirme chercher à rencontrer depuis un an sans succès le ministre de la Culture, exige en outre la baisse substantielle des prix appliqués au Grand Théâtre à l’endroit des artistes et promet de débarrasser le moment venu, «ces lobbies qui prennent en otage la culture sénégalaise». «Nous ne les voyons qu’en cas de funérailles où ils viennent faire un joli discours alors que cela n’est pas leur rôle» condamnent-ils. Selon son président, l’Aim n’a pas bénéficié de subvention contrairement aux autres structures culturelles en 2016. «On n’a pas vu une de ces structures poser un acte concret alors que nous qui n’avons pas reçu de subvention avons fait un super plateau le jour de la fête de la musique et un concert exceptionnel avec un plateau relevé», a dit M. Sow.
Aussi, à l’image de la révolution qui s’opère dans les domaines de l’énergie et de la fiscalité, ces artistes invitent-ils le chef de l’Etat à mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut pour faire décoller la culture au Sénégal. Si la culture a régressé, martèle Zeynoul Sow, «c’est parce que le ministère de la Culture ne joue pas son rôle et ne met pas les hommes qu’il faut à la place qu’il faut». Alors que le milieu culturel ne manque pas de ressources humaines compétentes. «Il y a des gens qui prennent en otage la culture et c’est le moment de libérer la place et de la laisser aux vrais acteurs la place, afin qu’ils prennent les choses en main», plaide le président de l’Aim.

Fermeture des rideaux en plein concert au Grand Théâtre : Le groupe Pape & Cheikh se sent humilié
Le groupe Pape et Cheikh, précurseur de la musique folk au Sénégal se serait vu humilié en plein concert vendredi dernier au Grand Théâtre. Sans les aviser, les gérants de l’édifice ont arrêté le spectacle. «Je chantais et quand je me suis retourné, je n’ai pas vu mes musiciens, les rideaux étaient tombés. Le gars l’a fait sans nous aviser et il est parti sans aucune explication. Alors que nos invités et des personnalités étatiques comme l’ex premier ministre Aminata Touré était dans la salle», dénonce Pape. «Ce qu’on nous a fait c’est de l’humiliation, on a joué jusqu’au milieu du concert, il restait deux morceaux, je me suis retourné et nous n’avons plus vu nos musiciens, on pensait qu’ils étaient allés changer de costumes. … C’est inadmissible», poursuit-il.
A l’en croire, les charges pour se produire au Grand Théâtre sont «impossibles» pour des acteurs tués par la piraterie et qui restent des mois sans redevance de la part de la Sodav. «On paie 1 million à la perception avant d’entrer, 400 mille à la Sodav et 3 millions 540 mille sans oublier les 100 mille francs à la police et aux sapeurs-pompiers. Sans oublier les 180 billets qu’il faut donner au Grand Théâtre pour son propre compte alors qu’il peut vendre le ticket à 10.000. Dans le même temps, il nous loue le matériel qui est de mauvaise qualité à un prix de 500 mille à 1 million, 300 à 500 mille pour la sécurité», a expliqué Pape du Groupe Pape et Cheikh. Il ne manque pas de mettre à disposition de la presse, le contrat signé avec le Grand théâtre, mais surtout de souligner que c’est un certain Vieux Hane du Grand Théâtre qui a été à la base de cette humiliation en plein spectacle. Pour lui, comme pour ses pairs «trop c’est trop».

Ksonko@lequotidien.sn