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Certains affichent une disette depuis 2016. Les employés de Matforce sont en conflit avec leur patron qui leur doit plusieurs mois de rémunération. Ce dernier invoque des difficultés structurelles. L’Inspection du travail a été saisie.

Un conflit opposant travailleurs et employeurs à propos de salaires en retard ou non payés depuis des mois, la chose est assez courante dans ce pays, même si elle n’est pas banale. Que les salariés en question portent plainte auprès de l’Ins­pection du travail n’est pas non plus surprenant, même si cela sort du domaine de l’anodin. Quand une situation pareille concerne l’un des fleurons des entreprises sénégalaises, à savoir Matforce, on ne peut qu’être inquiet.
Des employés de cette boîte ont exposé leurs doléances au journal Le Quotidien, en se plaignant de manière générale de leur situation sociale. Aussi bien les délégués du personnel que certains cadres, tous sont unanimes pour souligner que depuis 2015, ils n’ont quasiment pas perçu leurs salaires. Ou quand cela arrive, ce sont juste quelques portions de ce qui leur est dû.
Et quasiment depuis la même période, le Président directeur général, Mamadou Sow, a cessé de reverser les droits des employés auprès des institutions sociales comme l’Ipres et la Caisse de sécurité sociale, de même que les impôts sur les revenus des salariés. Attrait à l’Inspection du travail par ses employés, le patron avait accepté de signer, sous l’arbitrage de l’Inspection, un protocole d’accord pour liquider les arriérés de salaires des travailleurs. Mais, assurent les délégués du personnel, M. Sow n’a respecté aucune ligne du fameux protocole et pis, se désolent-ils, «il a rompu le dialogue avec ses travailleurs».
Et face à la dégradation du climat social et de la situation économique de l’entreprise, la direction avait voulu profiter de l’arrêt quasi-complet de l’activité économique pour mettre en chômage technique une bonne partie du personnel, en leur versant 10% de leur salaire mensuel. C’était juste avant que le Président Macky Sall ne fasse connaître les conditions qu’il imposait pour une mise en chômage technique acceptable aux yeux de l’Etat. Les agents ont donc reçu, du moins certains d’entre eux, des lettres de mise en chômage technique, mais sans notification des conditions d’accompagnement. Ce qui ne les agrée pas.
De son côté, l’employeur, M. Mamadou Sow, a fait dire par son conseiller juridique, M. Mansor Diop, être conscient des difficultés que traverse son entreprise. Le conseil ira jusqu’à préciser que «les ennuis de Matforce ont commencé avec la rupture du patron avec son ancien associé français». M. Diop dira que l’Occidental, qui avait ses entrées auprès des partenaires français, «est parti avec son carnet d’adresses. Du jour au lendemain, toutes les grosses entreprises françaises qui travaillaient avec Matforce ont arrêté leurs commandes». Et la situation de la maison est devenue telle, que les arriérés des salaires dus aux employés sont les moindres de ses créances.
Selon son conseiller juridique, Mamadou Sow aurait la ferme intention de redresser sa boîte et de s’acquitter de toutes ses dettes. La question est de savoir quand et comment. Il n’empêche que ses employés s’inquiètent de voir leur entreprise morcelée en plusieurs entités qui, toutes, sont enregistrées comme sociétés indépendantes et placées sous la tutelle des enfants de Mamadou Sow, notamment d’une de ses filles qui est employée de banque à Dakar.
Ce à quoi le conseiller juridique dira que «la manière dont l’employé décide de gérer l’entreprise pour le bien de la société ne concerne pas les employés».
La préoccupation des salariés est de percevoir leurs droits. «Si Sow ne peut plus assurer la survie de l’entreprise, qu’il déclare faillite et nous paie nos droits, et qu’on n’en parle plus.»
Ce qui les choque le plus, est le fait que, au moment où il prétend ne pas pouvoir s’acquitter de ses devoirs contractuels, M. Sow trouve les moyens de faire des dons aux autorités dans le cadre de la contribution à la Force Covid19.

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