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Le conflit sénégalo-mauritanien qui débuta en avril 1989 suite aux événements de Diawara est encore frais dans les mémoires. Le village de Dondou, niché sur la rive gauche du fleuve Sénégal (à 45 km de Matam), était dans le collimateur de l’Armée mauritanienne. A maintes reprises, ce village essuya des tirs nourris provenant de l’Armée mauritanienne. La première attaque de l’Armée du Président mauritanien Moaouiya Ould Taya contre le village de Dondou eut lieu le 16 septembre 1989. N’eût été le fleuve Sénégal, les soldats mauritaniens auraient pénétré dans le village de Dondou, tué et razzié ses habitants comme le faisaient les esclavagistes arabo-musulmans du temps de la traite arabe.
A cause des attaques répétées de l’Armée mauritanienne, un détachement militaire sénégalais avait été installé à Dondou pour assurer la sécurité des populations. Dans la matinée du 6 janvier 1990, il y eut un échange de tirs de fusils entre militaires sénégalais basés à Dondou et des éléments de l’Armée mauritanienne positionnés sur la rive droite du fleuve Sénégal. Nous étions aux champs de «Beene» (à environ 3 ou 4 km de Dondou) en train de lutter contre les oiseaux granivores. Soudain, vers 14 heures, nous entendîmes de grandes détonations. Nous exultions, croyant que c’était l’Armée sénégalaise qui avait utilisé l’artillerie lourde pour venir à bout des assaillants mauritaniens. Le complexe de supériorité du Sénégalais sur les autres Africains était passé par-là. Nous aperçûmes des nuages de fumée obscurcir le village de Dondou. Nous déchantions. Des obus mauritaniens heurtèrent le sol de Dondou, leurs éclats tuant des animaux domestiques… Les militaires sénégalais détachés à Dondou, ne disposant pas d’obus, étaient pris au dépourvu. Eux qui avaient pratiqué de nombreuses excavations sur le sol au bord du fleuve Sénégal pour mener une guerre des tranchées contre l’Armée mauritanienne. Face aux détonations des obus mauritaniens, les tirs des mitrailleuses de l’Armée sénégalaise étaient devenus sporadiques et inaudibles. Les soldats mauritaniens observèrent une pause.
Vers le crépuscule, lorsqu’ils nous aperçurent revenant des champs pour entrer dans le village, ils pointèrent leurs mi­trailleuses sur nous et appuyèrent sur les gâchettes. Nous vîmes des braises passer devant nous. Nous nous couchâmes sur le sol. Quelques minutes après, à la tombée de la nuit, nous nous levâmes pour rejoindre nos domiciles. Dans le village régnait un silence de cimetière. Les maisonnées retranchées dans des bâtiments en «banco», supposés plus résistants aux obus que ceux en ciment. Chaque Dondois avait la peur au ventre, implorant la protection divine et psalmodiant quelques passages du Coran. Vers minuit, une rumeur courait les rues du village de Dondou : un marabout aurait dit que celui passe la nuit dans le village serait la victime sacrificielle. C’était la panique générale, le sauve-qui-peut. Chacun emballait ses bagages pour quitter le village. Mon grand frère, ma cousine et moi prîmes la destination des champs de «Beene». Nous ne savions pas quelle destination avaient prise mon père et ma mère. Après quelques minutes de marche, nous entendîmes une grande détonation accompagnée de rafales. La terre trembla. Un nouvel obus venait de tomber sur Dondou. Ses éclats tuèrent Samba Niéry qui s’apprêtait à quitter le village avec sa famille. Le 7 janvier 1990, à l’aube, des rafales et détonations d’obus nous réveillèrent à «Beene». Nous nous refugiâmes alors à Nguidjilogne (à 7 km de Dondou), mon frère et moi. Nous apprîmes par la suite que ma mère et mon père s’étaient refugiés dans le village de Mauw, à environ 6 km de Dondou. Mon frère quitta Nguidjilogne pour Bokidiawé, ensuite Doumga. Quelques jours plus tard, j’étais monté sur un âne pour rejoindre mes parents à Mauw. Je les ai trouvés sains et saufs avec d’autres refugiés dondois. Le petit village de Mauw était devenu surpeuplé. Le seul puits que comptait le village, d’habitude plein d’eau, s’était tari…
Mamaye NIANG
mamayebinet@yahoo.fr

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