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L’Union européenne fête ses 60 ans d’existence. Une table ronde a réuni à cette occasion un panel d’experts sur les enjeux du futur et les relations avec l’Afrique.

Il y a 60 ans, des accords signés à Rome jetaient les bases de l’Union européenne (Ue). Pour commémorer ces moments, l’ambassade d’Italie à Da­kar et la délégation de l’Union européenne Sénégal ont organisé avant-hier une table ronde autour du thème «Regards croisés sur l’Union européenne et l’Afrique : enjeux d’aujourd’hui et synergies de demain». L’occasion a été saisie par le Pr Sakhir Thiam, président de l’Université Dakar Bourguiba (Udb), pour relever l’incohérence que constitue la non-convertibilité entre les francs Cfa de l’Afrique occidentale (Xof) et de l’Afrique centrale (Xaf). Selon le Pr Thiam, cette situation constitue «un inconvénient grave et appauvrissant» pour les économies de ces régions dans la mesure où cette situation favorise le marché noir et provoque incidemment une baisse de l’efficience des marchés. Il explique que dans les marchés boursiers du continent, le manque de liquidité reste un des problèmes. Le Pr Thiam propose ainsi la mise en place d’une plateforme favorisant l’investissement. Même si le marché de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) marche relativement bien, le Pr Thiam estime que comparé à d’autres marchés, il reste peu performant, notamment dans le financement des Petites et moyennes entreprises (Pme).
Pour le Dr Yaya Diallo, enseignant en sciences politiques à la Fac de Droit de l’Ucad, le modèle d’intégration européen doit servir d’exemple à l’Afrique dans ses aspects positifs. «Malgré la crise en Europe, l’Afrique a intérêt à imiter les aspects positifs de cette union. Et l’Afrique a intérêt à le faire parce que nous avons des économies extrêmement fragiles et des problèmes que nous ne pouvons pas résoudre individuellement. Les résoudre dans le cadre d’une dynamique d’intégration reste la meilleure solution. Quoi que l’on dise, l’Europe reste le modèle d’intégration le plus abouti dans le monde», dit-il. L’enseignant qui s’est livré à une analyse du processus d’intégration sur le continent note que depuis l’adoption du Plan de Lagos en 1980, la dynamique d’intégration tarde à être ancrée sur le continent. «On est encore loin, mais l’intégration ne se construit pas en un seul jour. En Europe, c’est depuis 1957 et il y a eu des difficultés, des rebondissements et pas mal de problèmes. L’Afrique a, elle aussi, intérêt à poursuivre l’intégration malgré les difficultés auxquelles elle se heurte», souligne Dr Diallo qui note tout de même que les organisations sous-régionales de l’Afrique de l’Ouest ont enregistré des succès notables. Il s’agit de la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires, et aussi de l’entrée en vigueur du Tarif extérieur commun (Tec). Mais des défis à relever, il en existe encore beaucoup. Dr Yaya Diallo cite la prépondérance de l’inter-gouvernementalisme qui donne l’impression d’une inexistence des organes d’intégration.
La table ronde organisée avant-hier avait pour objectif, selon Mme Karolina Stasiak, Chargée d’affaires de l’Ue, de lancer des pistes de réflexion sur le futur de l’Europe et de l’Afrique. «Le partenariat entre les deux continents doit aussi s’adapter aux réalités du monde d’aujourd’hui, puisque nous sommes confrontés aux mêmes défis», souligne Mme Stasiak.

mamewoury @lequotidien.sn

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