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La genèse de l’identité vietnamienne s’est illustrée tout au long d’un fécond processus historique surtout par les résistances farouches des populations locales contre les agresseurs étrangers dont particulièrement celle menée par la dynastie Tran contre les Mongols dans les années 1225-1400, ainsi que par d’autres contre les empires chinois de Ming, Song et Qing….L’Etat-Nation vietnamien moderne, né d’une des révolutions les plus épiques à travers le monde. Le pays de Ho Chi Minh, qui a imposé la décolonisation à un empire français révolu. Le 19 août 1945 a été cette date charnière au cours de laquelle le combat s’est couronné par la naissance de la République démocratique du Vietnam, en date du 2 septembre 1945.
La proclamation du manifeste du 25 octobre 1941 du Front Viet Minh fut ce catalyseur des Vietnamiens et des Vietnamiennes inscrivant d’une manière massive leur adhésion au sursaut révolutionnaire. Ce manifeste interpelle «l’union de toutes les couches sociales, de toutes les organisations révolutionnaires, de toutes les minorités ethniques» et appelle «à l’alliance avec tous les autres peuples opprimés de l’Indochine et à la collaboration avec tous les éléments antifascistes français dont le but est la destruction du colonialisme et l’impérialisme fasciste». Cet idéal révolutionnaire a été porté haut et fort par le père de la Nation Ho Chi Minh, appelé affectueusement par les vietnamiens l’oncle Ho.

Oncle Ho
Ho chi Minh qui est devenu une icône adulée par tous les esprits épris de justice et de liberté, a fait ces premières écoles de nationalisme dans ce refus de l’exploitation des paysans et contre les formes moyenâgeuses de la féodalité. Ses voyages en Europe renforcent ses convictions marxistes qu’il adaptera par la suite au contexte indochinois. A Paris, il publie en 1919, le manifeste sur «la revendication du peuple annamite», un texte d’essence nationaliste et démocratique prônant toute une chaîne de valeurs que portait Ho Chi Minh avec détermination, notamment ces interventions aux résonnances marxistes-léninistes tenues au congrès de Tours, où il s’est révélé un orateur hors pair forçant le respect, une aura qu’il gagna aussi grâce à son approbation de la motion de Cachin-Frossard et la défense des thèses anticoloniales. En 1923, le parcours de Ho Chi Minh se renforce par sa proximité avec les communistes russes, un itinéraire qui lui a permis en 1925, de suivre une des formations politiques qui a facilité son ascension sur la scène nationale et internationale, avec l’aide du Parti communiste chinois et de l’internationale communiste ou le Komintern, il a lancé dans son propre pays le réseaux fédérant les militants anticoloniaux, plaidant de ce fait le choix de l’option nationaliste, la révolution vietnamienne a désormais un leader, un socle et des milliers d’adhérents.
De retour au pays, l’homme effacé, de son vrai nom Nguyen Sinh Cung, devient Ho Chi Minh, un nom qui veut dire «celui qui éclaire», muni de sa machine à écrire et de sa valise en rotin, il se refugia dans une grotte, où il développera ses thèses anticoloniales et sa stratégie de lutte contre l’occupant étranger, des activités nationalistes qui lui ont valu d’être jeté en prison et traîné de cellule en cellule du 29 août 1943 jusqu’à sa libération au 10 septembre de la même année.
Le Vietnam, une grande nation forgée par une matrice révolutionnaire, jalonnée tout au long de sa longue marche vers sa libération, l’un des facteurs qui ont accéléré le combat libérateur, réside dans l’attachement des Vietnamiens à la terre nourricière et le refus de la politique japonaise d’exploitation, un envahisseur dont l’hégémonie a provoqué ainsi l’une des famines les plus terribles du vingtième siècle au Vietnam. Les Japonais ont commencé par la réquisition de la nourriture des fermiers vietnamiens pour l’approvisionnement de leurs propres troupes militaires, une pratique inhumaine provoquant la mort de deux millions de paysans vietnamiens en 1945.
L’heure du réveil révolutionnaire sonna en annonçant la rencontre du leader vietnamien Ho Chi Minh avec son destin, celui de guider son Peuple vers sa libération, les chemins de la bravoure se précisaient et les sillons de l’indépendance devenaient de plus en plus clairs, face aux spectres de la paupérisation, de l’exploitation et de l’aliénation du Peuple. Le Viet­nam opposait aux envahisseurs étrangers la résistance héroïque et la préparation du grand mouvement émancipateur.
Le Viet Minh entama la mobilisation du Peuple et se dota d’un véritable fer de lance lui permettant d’atteindre ses objectifs stratégiques et de porter des coups fatals aux forces de l’ennemi, l’Armée de libération du Vietnam fut cet invincible corps catalyseur des forces vives pour la réussite du projet démocratique et national en optant par l’établissement des bases militaires dans les montagnes.
D’autres éléments ont accéléré le choix du combat libérateur vers la réussite, notamment ceux relatifs à la formation des cadres et aux démarches intelligentes, permettant à l’ensemble des ethnies de faire corps avec le mouvement révolutionnaire et ouvrant la voie aux élites confucéennes patriotes pour apporter leur contribution à l’irréversibilité de l’option de décolonisation. On ne peut occulter l’importance de l’assise marxiste dans l’aboutissement de la révolution, qui a doté les leaders de pertinents instruments d’analyse et de cadre mobilisateur à forte charge patriotique.
L’ascension du Peuple vietnamien vers son indépendance, est l’œuvre d’une détermination sans faille des résistants vietnamiens. Au commencement, il y avait la permanence de ce souffle révolutionnaire hérité des révoltes paysannes contre les envahisseurs étrangers.
Le Front de Libération du Vietnam a dégagé trois grands axes de sa mission libératrice, qui comprend en premier lieu la chasse aux fascistes français et japonais, ensuite l’alliance avec les forces combattant le fascisme et l’agression, et enfin, l’édification d’une République démocratique du Vietnam. Le vaillant Peuple vietnamien uni par le Front de l’Indépendance du Vietnam reprenait les armes pour déboulonner un empire, celui de la France coloniale et clore une parenthèse de dépossession, de division et de sang, entamée de 1858 jusqu’au 2 septembre 1945, date de la proclamation de l’Indépendance de la République démocratique du Vietnam.

Le choix judicieux du 19 août
Le contexte historique a été marqué par l’occupation nippone du Vietnam pendant la seconde guerre mondiale, après un deal avec le régime de Vichy, le pays connaît une interruption des liens de communication entre le Sud et le Nord, suite aux nombreux bombardements alliés, aggravant ainsi l’ampleur de la famine au Tonkin.
Par ailleurs, force est de constater que le processus révolutionnaire historique lié à la victoire de l’Armée soviétique contre la Mandchourie et le Japon le 9 août 1945, a été l’un des déclencheurs de la prise de décision par le Viet Minh d’organiser et de préparer l’insurrection. Ce parti avant-gardiste a pris de l’avance en consacrant la date du 6 août celle de l’ouverture de la Conférence nationale du parti communiste indochinois sur l’insurrection générale, des états généraux qui ont abouti à la création du comité insurrectionnel national général. Un évènement qui a fixé les grandes orientations du sursaut révolutionnaire. La circulaire du 6 août 1945 exhorte les Vietnamiens à développer la guérilla pour la transformer en soulèvement général : «Il faut saboter les arrières de l’ennemi aidé par cela par les masses …notre but est de créer des zones de gouvernement révolutionnaire pour arriver peu à peu à l’établissement d’un pouvoir unique dans tout le pays , l’insurrection armée de notre Peuple sera déclenchée vers la deuxième phase de la guerre mondiale… L’heure est proche.»
La séquence historique révolutionnaire a accéléré la décision du Japon à mettre fin à l’Ad­mi­nis­tration française et à la mise sur pied d’un gouvernement présidé par l’empereur Bao Dai, le 11 mars 1945, un règne qui a volé en éclats le 25 août de la même année, date de son abdication, un moment historique immortalisé par la célèbre phrase du dernier empereur du Vietnam : «Mieux vaut être citoyen d’un pays indépendant que d’être roi d’un pays esclave.»

Le processus
insurrectionnel
Devant le grand désarroi des Japonais durant la deuxième guerre mondiale, nombre des cellules révolutionnaires du Viet Minh ont entamé leur premiers hauts faits de guerre en s’attaquant le 11 août 1945 dans la ville de HaTinh aux cibles japonaises, une initiative militaire couronnée de succès, se manifestant par la reprise du pouvoir des mains des Nippons et de leurs alliés fantoches. Ce calendrier révolutionnaire célèbre aussi la date du13 août qui est celle de la prise d’assaut des postes ennemis à Quang Ngai, suivie de la reddition japonaise du 16 du même mois, une capitulation accueillie le 17 et le 18 août par des manifestations populaires massives à Hanoi.
Le 19 août, c’est le grand jour de la victoire du Vietnam sur le colonialisme français, une consécration qui s’est traduite par la déferlante humaine qui s’est amassée au niveau de la Place de l’Opéra de Hanoi, les Vietnamiens et les Vietna­mien­nes arborant les couleurs de l’emblème nationale, ont défilé jusqu’à tard dans la soirée, célébrant ainsi ce jour mémorable.
Même scène de sursaut patriotique du 23 août en Cochinchine, connue aussi par le nom de Nam Bo, une région qui a vu son nouveau comité administratif fraîchement installé, suite aux insurrections qui ont forcé l’empereur Bao Dai à abandonner le trône et à signer l’acte d’abdication, un document s’achevant sur : «Vive notre République démocratique.»
Le 29 août a été un jour triomphal pour l’Armée de Libération dont les unités se sont déplacées des différentes régions du pays vers la capitale, pour assister le deux septembre à la célébration de la Journée de l’Indépendance et au discours solennel du leader vietnamien Ho Chi Minh qui, devant plus de 500 000 Vietnamiens, a entonné un discours historique, dans lequel il déclara la naissance de la République démocratique du Vietnam.
Une véritable communion s’est installée entre un leader charismatique et le Peuple présent en masse sur le parvis de la cathédrale de Hanoi. Ho Chi Minh galvanise un Peuple en liesse tout en maniant avec brio l’art de la communication : «Compatriotes, m’entendez-vous bien … ?». Ce discours historique accueilli par les ovations et les approbations des centaines de milliers de Vietnamiens, ponctué de plusieurs instants de silence, synonyme d’une intense fibre patriotique.
Ce discours qui était porteur de tous les espoirs pour un Vietnam libre et prospère, annonçant des lendemains meilleurs pour le Vietnam, notamment avec l’abolition de l’impôt personnel et la remise des terres aux paysans, délivrant ainsi le monde agraire de la féodalité régressive. Parmi les acquis qui ont marqué le caractère social de l’Etat post-indépendant, nous citons l’encouragement du mouvement syndical, la nationalisation des entreprises japonaises et l’égalité entre les hommes et les femmes. Ho Chi Minh, l’un des chefs historiques de l’insurrection d’août 1945, a annoncé également des décisions urgentes, à savoir la création du comité du Peuple, la libération des détenus politiques et la condamnation des traitres à la Nation.
La victoire vietnamienne d’août 1945 a été cet éclair foudroyant dans la longue nuit coloniale, ouvrant la voie pour l’émancipation d’autres peuples soumis à la domination coloniale. La dialectique marxiste révolutionnaire a été d’un remarquable apport pour une pertinente lecture des conditions de production du sens révolutionnaire, face à la convergence de l’oppression coloniale et le diktat du capitalisme ravageur. Ho Chi Minh, l’homme aux sandales de caoutchouc, ou ce personnage vietnamien décrit par le grand écrivain Kateb Yacine, a été pour tous les peuples révolutionnaires ce symbole de bravoure et de liberté, cette éternelle fleur de lotus rayonnante et enivrante.
Son Excellence NGUYEN Thành Vinh
Ambassadeur du Vietnam en Algérie

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