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Après le passage des bulldozers qui ont rasé 76 constructions, un collectif d’impactés de Miname veut des indemnisations «plus généreuses». Fustigeant avec force les sommes reçues, ils appellent les autorités à revoir leur copie. Des ressortissants français membres du collectif ont même saisi l’ambassadeur Christophe Bigot afin de pouvoir sortir de cette situation avec le moins de désagréments possibles.

Une indemnisation à la hauteur du préjudice subi. C’est ce que réclament les propriétaires de maisons à usage d’habitation et cabanons détruits tout le long de la frange côtière entre Mina­me (dernier quartier de Bargny) et la commune de Sendou. «Nous avons reçu une sommation datée du 3 janvier, mais reçue le 7 janvier, de la part de l’Apix, nous ordonnant de quitter les lieux sous 10 jours à partir de la date de la sommation et de nous rendre à la préfecture (de Rufisque) pour être indemnisés de nos bâtiments», ont fait savoir trois ressortissants français dans une lettre d’information co-signée et adressée le 25 janvier à leur ambassadeur Chris­tophe Bigot. Un déplacement à la préfecture qui les a «complètement désarmés» vue la modicité des indemnisations. «Ma maison m’a coûté au total 118 millions et on m’a indemnisé à hauteur de 33 millions de francs», a affirmé hier aux journalistes Claude Roumet, cosignataire de la lettre à l’ambassadeur.
Ce Français espérait vivre paisiblement sa retraite dans cette maison construite en face de la mer. Le même dépit chez Huguette Ruiz, elle aussi à la retraite. «Une maison comprenant 5 chambres, 5 salles d’eau, 2 salons, une grande cuisine (…) une digue de 30 mètres de long sur 6 mètres de profondeur pour un coût de 12 millions de francs a été indemnisée par un chèque de 18 millions de francs», a-t-elle fait savoir. «Certains propriétaires ne savent même pas encore que leurs maisons ont été détruites, vu la précipitation avec laquelle les autorités ont procédé», a ajouté la ressortissante française. «18 millions reçus pour une maison de 55 millions de francs», s’est désolé Daouda Thiandoum dans ce lot de complaintes. «Nous sommes conscients que cette zone fait partie du domaine national de l’Etat et nous ne sommes pas contre la construction du port minéralier, mais il faudrait que les autorités revoient les montants alloués en guise d’indemnisation», a-t-il poursuivi. Ces impactés on aussi déploré l’attitude des autorités qui n’ont pas consenti à leur accorder un délai pour sauver leurs bagages.
«Le délai ne nous a pas permis de sortir à temps nos effets personnels qui ont été écrasés par les bulldozers», ont-ils décrié. Pour l’heure, tout ce qu’ils veulent c’est le traitement de la question à l’amiable. Pour autant, Huguette Ruiz compte quant à elle s’attacher les services d’un avocat pour décanter la situation. «Malgré les recours introduites, les autorités compétentes n’ont même pas daigné revenir vers nous. Elles nous traitent comme des chiens», s’est-elle écriée devant les tas de décombres après le passage des bulldozers qui ont rasé 76 maisons et cabanons.

Sendou refuse de se faire engloutir par le port
Alors que les propriétaires s’apitoient sur leur sort en réclamant une hausse de l’indemnité, les populations de Sendou ont lancé un avertissement ferme. «Outre les maisons et cabanons qui ont été rasés, le maire nous a fait savoir qu’il va y avoir une rallonge supplémentaire de plus de 250 mètres sur Sendou», a expliqué Issa Lô, parlant au nom des populations de cette commune de pêcheurs. Entouré par les Sendois sortis en masse pour manifester leur grande désapprobation par rapport à cette mesure, M. Lô a indiqué que les 250 mètres en question prennent en compte «le poste de santé, l’école élémentaire ainsi que la mosquée, sans compter la moitié des maisons de la localité». «Ils sont venus la semaine dernière pour nous informer que le port allait s’étendre sur 250 m à l’intérieur de notre village. C’est le ministre de la Pêche, Oumar Guèye, qui est derrière tout ça. Il l’a clairement fait savoir lors de sa dernière visite ici, mais qu’il se le tienne pour dit : nous n’accepterons pas que notre village qui est plus ancien que Dakar, soit détruit», a averti Modou Faye, notable de la localité.
La pose de la première pierre du port minéralier et vraquier de Sendou est prévue pour avril 2017. D’ores et déjà, les populations sont sur le qui-vive, de peur de partager le sort de leurs voisins de Miname qui ont perdu leurs propriétés après le passage impromptu des bulldozers.
abndiaye@lequotidien.sn

Alioune Badara NDIAYE

1 COMMENTAIRE

  1. Ici au Sénégal ,prenez ce que l’état vous donne .C’est le peuple de droit qui existe ( soumission du peuple au droit) ,mais l’état de droit (soumission de l’état au droit) existera peut être un jour .

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