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Avec les plaintes adressées par le président de l’Unccias en sa qualité, ainsi que par d’autres membres de la Chambre de commerce contre le bureau dirigé par Abdoulaye Sow, on peut dire que le conflit à la Chambre n’est plus larvé, mais ouvert, et qu’il serait temps que la tutelle intervienne pour mettre de l’ordre une fois pour toutes.

C’est la guerre ouverte entre les dirigeants de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad), et d’autres membres de ladite institution qui ont pris pour chef de file le président de l’Union nationale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture du Sénégal (Unccias), M. Serigne Mboup. Cette guerre s’est déjà manifestée par 9 plaintes déposées aussi bien par l’Unccias que par son président et certains membres de la Cciad contre le président Abdoulaye Sow et toute son équipe actuelle. Dès demain mardi en principe, sauf changement de dernière minute, ils devront se retrouver devant le Tribunal de grande instance de Dakar, pour répondre de l’une des plaintes, portant sur les délits «d’escroquerie, de faux et usage de faux en écritures privées».
Les contestataires reprochent au bureau une gestion opaque de son budget. Ainsi, la Cciad a un budget de 1,8 milliard de francs Cfa. Mais les charges salariales dans ce budget sont de 968 millions 562 mille 869 francs Cfa, ce qui est énorme. Il y a en plus, et surtout, une gouvernance erratique, conséquence d’une situation jugée «délétère», créée par l’annulation d’une partie importante du corps électoral qui a élu le bureau actuel de la Chambre. Il faut savoir que la Cour suprême, par les arrêts no 25 et 26 du 10 décembre 2012, a annulé les résultats des élections de la sous-section Etablis­sements financiers des élections de la Cciad d’août 2010, et par voie de conséquence, le second tour des élections de la Cciad, plongeant le bureau en place dans l’illégalité.
Il appartenait aux autorités de tutelle, en l’occurrence le ministre du Commerce, de mettre en place une structure provisoire qui devait diriger l’institution. Ce ne fut pas le cas et Mamadou Lamine Niang a exercé ses fonctions jusqu’à son rappel à Dieu. Son adjoint Daouda Thiam, qui assurait son intérim, a été tellement contesté qu’il a fini par tomber pour laisser la place à Abdoulaye Sow, ci-devant président de l’Union nationale des coopératives d’exploitants forestiers du Sénégal (Uncefs).
L’un des frondeurs, Birane Yaya Wane, administrateur des sociétés, rappelle dans un courrier au vitriol adressé au président de la République que le bureau de la Cciad viole la loi, en l’occurrence celle du 6 février 2017, portant création de la Chambre nationale de commerce, d’industrie et des services du Sénégal (Cci-Sn), et des Chambres régionales de commerce, d’industrie et des services (Ccir). L’article 8 de cette loi indique : «A titre transitoire, les chambres consulaires existantes continuent de fonctionner jusqu’à la mise en place de nouvelles assemblées consulaires, résultant de l’application de la présente loi et de ses décrets d’application.» Or à ce jour, il semblerait que les décrets d’application ne soient pas encore signés, et cela provoque une situation peu confortable pour tous les acteurs, car ceux qui sont en place excipent qu’ils ont besoin des instructions de la tutelle pour organiser des élections, ce que les frondeurs n’entendent pas de cette oreille.
Ainsi, certains membres, issus aussi bien des sections industrielle et des services ainsi que de la sous-section pêche de la Section agriculture de la Chambre, ont produit un courrier au 20 juin dernier pour déplorer qu’à cette date, le budget de l’institution n’avait pas encore été voté. Ce qui, pour eux, constituait un «précédent dangereux en matière de gestion des deniers publics». Qui plus est, ces membres ne comprennent pas que dans l’intervalle, le président Abdoulaye Sow, qui avait invoqué «l’alibi du Covid-19» pour retarder le vote, ne se soit pas limité à des dépenses courantes en attendant le vote, mais aurait opéré «des décaissements de grosses sommes d’argent liés à vos dépenses personnelles». Ils affirment par conséquent que cela «constitue à nos yeux un détournement des deniers publics doublé d’un abus de biens sociaux».
Tous ces contestataires estiment à l’heure actuelle qu’en attendant la publication des décrets d’application de la loi de 2017, la tutelle devrait mettre en place une Délégation spéciale et écarter l’équipe dirigeante actuelle qui ne représenterait, à leurs yeux, que les individus qui la composent.
Un mémo obtenu par Le Quotidien souligne toutefois que le bureau actuel a pu adopter le budget de la Cciad le 9 juillet dernier «à l’unanimité par tous les membres présents». Le document souligne que le processus a connu du retard, du fait du retard apporté à sa prise de fonction au poste de président et au long processus lors du choix d’un secrétaire général. Pour le patron de la Chambre de commerce de Dakar, il est impératif d’être «inclusif». Cette démarche procède, pour lui, d’une «volonté d’avoir tous les acteurs et de discuter avec tout le monde pour une meilleure appropriation des projets». Il n’empêche que dans le même temps, il a expédié un courrier à Serigne Mboup pour lui signifier sa volonté de ne plus être membre de l’Unccias. Ce qui, aux yeux de M. Mboup, est en l’état actuel des choses totalement illégal et a fait l’objet d’une autre plainte.

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