PARTAGER

Composé de quatre membres – Joël Julian le batteur martiniquais, Papis Mbaye le percussionniste et Abdou­rahmane Fall le bassiste, tous les deux saint-louisiens et le guitariste du Jolof Band, Jeannot Mendy venant lui de la Casamance – le groupe Milim a fait ses œuvres à l’Alliance française de Ziguinchor. Invités de l’émission «Horizons divers» du Groupe médias du sud (Gms), les quatre instrumentistes ont livré les secrets de la création de ce groupe qui a opté pour l’afro-jazz. Entre airs afro-caribéens et casamançais, Milim tente le pari de faire aimer aux Sénégalais une musique tout autre que le mbalax.

Récemment né avec seulement un album sous l’escarcelle et un autre prévu au courant de l’année 2017, les membres du groupe Milim n’en sont pas pour autant des novices de la scène musicale sénégalaise. «Nous sommes tous des instrumentistes et chacun jouait de son côté», révèle Jeannot Mendy. Présen­tant les membres de son groupe, il explique : «Abdou­rahmane Fall et moi avons partagé les mêmes scènes avec Viviane Ndour. Cela fait 16 ans que je joue avec cet artiste. Joël Julian, lui, a évolué dans beaucoup de grands groupes en Martinique, en France à l’instar de Peter Marine. Ce sont ses cousins. De même pour Papis Mbaye qui a évolué avec Carlou D, Tapha Diaraby et bien d’autres chanteurs.» Ayant noué des affinités au fil de leurs prestations et découvert l’envie commune de jouer de la musique, ils ont fini par fonder le groupe dont le nom Milim renferme tout une histoire.
«L’appellation Milim est issue du créole martiniquais et veut dire : le voilà», confie Joël Julian. Avec ses origines casamançaises, Jeannot Mendy a, lui aussi, voulu donner une touche sudiste à ce groupe. «En Manjak, Milim veut dire : l’eau. On a donc choisi Milim pour ne pas froisser les susceptibilités», explique-t-il lorsqu’on l’interpelle sur la genèse de ce nom. Le groupe qui se distingue aussi bien avec son nom qu’avec son style musical bien parti­culier (l’afro-jazz) fait déjà parler de lui dans le milieu. Milim s’inscrit en effet dans la mouvance du jazz avec cependant un style alliant parfois jazz et variétés afro-caribéennes. Ne s’étant pas constitué de frontières dans sa musique, cette bande de musiciens aguerris joue un peu du tout. «Ce que nous faisons, ce n’est pas vraiment du jazz. On peut l’appeler de l’afro-jazz. Nous avons en effet créé un concept, un mélange de musiques africaines et antillaises pour obtenir une musi­que afro-caribéenne», affirme l’un des instrumentistes du groupe, Jeannot Mendy.

Une vocation née des frustrations
Puisant également l’inspiration dans son environnement immédiat, Milim taquine aussi d’autres styles bien propres aux Sénégalais. On les surprend parfois en train de jouer des notes de mbalax et des sonorités casamançaises. Chaque membre du groupe reste ancré dans sa culture tout en essayant d’apprendre aux Sénégalais, et par-delà aux Africains, qu’il est possible d’écouter une musique sans la danser, une musique autre que le mbalax ou du mbalax plus léger. Cela dit, l’influence sans cesse grandissante du mbalax ne laisse pas indemne la bande à Jeannot. «Au Sénégal quand on parle de musique, on pense tout de suite à Youssou Ndour, Wally Seck, Viviane Ndour, Aïda Samb et bien d’autres mbalaxman.» Cela chagrine les membres du groupe Milim, dont la plupart ont grandi à l’ombre des mbalaxman. Ils reconnaissent qu’en partie, c’est à cause de ces derniers que Milim a vu le jour. Milim, expliquent-ils, est en effet le fruit d’une frustration longtemps accumulée. «Il est né d’une révolte. Les chanteurs nous ont poussés à la révolte. J’ai joué avec beaucoup d’entre eux, notamment avec Viviane Ndour depuis 16 ans. Mais à chaque fois, on se bat, on arrange, on compose, mais à la fin on ne gagne pas. C’est toujours le chanteur ou la chanteuse qui est devant», peste M. Mendy.
Déplorant pour sa part les «cachets insignifiants» qui leur sont proposés à l’issue de leurs prestations, Joël Julian affirme : «On se vend beaucoup trop bon marché.» Regrettant cette situation, il dit espérer un jour, dans ce pays «bourré de talents», qu’il y aura une réelle reconnaissance de la part des mélomanes. En exemple, il cite les groupes Xalam, Baobab, et les Touré Kunda. Milim note fièrement que ces formations musicales ne faisaient pas du mba­lax. Pourtant, elles ont fait les beaux jours de la musique sénégalaise en jouant de la salsa, du reggae… Leur musique, constatent-ils, «marchait très bien. Mais on a presque perdu tout cela». Comme les Brésiliens, avec leur bosanova et leur samba, qui ont réussi à s’imposer dans le jazz, ou les Américains qui sont parvenus à faire à partir de leur gospel du jazz fusion, le groupe Milim invite les Sénégalais à découvrir autre chose. Pour eux, «il ne faut pas rester enfermé dans un style». «Il faut de l’ouverture, de l’ouverture et de l’ouverture», tonnent-il comme mot d’ordre.
aïssatouly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here