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Trente ans après les tribunaux populaires de la Révolution du capitaine Sankara qui avaient jugé les dignitaires de la troisième République, le Burkina Faso post-insurrectionnel s’apprête à vivre un événement similaire.
Le pays va encore juger des personnalités issues d’un régime déchu : celles de la quatrième République. La  justice reproche aux ministres d’avoir, en Conseil, fait appel à l’Armée pour réprimer les manifestants opposés à la modification de l’article 37 de la Constitution par le Parlement réuni le 30 octobre 2014.
Ce jour-là, des centaines de milliers d’individus avaient incendié l’Hémicycle et les domiciles de proches du régime Compaoré. Quatorze personnes avaient péri dans les violences à Ouagadougou, pour un bilan officiel de 24 morts et 625 blessés sur toute l’étendue du territoire national.
Deux ans et demi après les faits, ces ministres comparaissent donc à la barre pour leur rôle présumé dans la répression. Blaise Compaoré -en exil en Côte d’Ivoire depuis sa chute-, qui assurait les fonctions de ministre de la Défense et se trouve donc poursuivi en cette qualité, ne sera toutefois pas dans le box des accusés.

Les citoyens attendent que justice soit faite
«La Haute Cour de justice devra situer les responsabilités de cette sanglante répression : qui sont les auteurs et les commanditaires de la réquisition complémentaire spéciale, signée par le Premier ministre d’alors, Luc Adolphe Tiao ?», commente le journaliste et patron du quoti­dien Aujourd’hui au Faso, Dieudonné Zoungrana. A ses yeux, il s’agit avant tout du procès d’un régime, celui de Blaise Compaoré et de ses 31 ministres jugés. Et d’ajouter : «L’impunité, c’est fini. C’est ce à quoi devra aboutir la morale de ce jugement.»
A Ouagadougou, beaucoup attendent du jugement qu’il met­te en exergue la responsabilité pénale et politique des dirigeants. «On veut que justice soit faite. Qu’ils répondent de leurs actes. Nous espérons que ce procès va soulager les victimes et leurs familles», affirme Agathe Ouédraogo, une infirmière de 30 ans.
Dubitatif sur le verdict qui sera prononcé, l’analyste politique, Siaka Coulibaly, estime que ce procès comporte des inconnues : qui a appuyé sur la gâchette ? Pourquoi le général Yacouba Isaac Zida, l’ex-Premier ministre de la Transition cité dans un rapport d’enquête sur la répression de l’insurrection, n’est-il pas mis en cause ? Et de conclure, un brin fataliste : «On se demande si on va aboutir à la justice et la vérité à travers ce procès.»
jeuneafrique.com

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