PARTAGER

Monsieur le ministre,
Dans une tribune publiée par certains quotidiens de la place et intitulé «Macky passerait au premier tour», en parlant des résultats des dernières élections législatives, vous vous êtes efforcé tant bien que mal de nous faire gober l’idée saugrenue selon laquelle si c’était une élection présidentielle, le candidat Macky Sall franchirait la barre des 50%. Dans une analyse de prestidigitateur qui a raté sa vocation, vous garantissez à Macky Sall une réélection assurée, qui plus est, dès le premier tour. Comme vous l’aviez fait en février 2012 quand, à peine les bureaux de vote fermés, le porte-parole du Président Abdoulaye Wade que vous étiez, candidat à sa succession, a cru devoir annoncer la victoire de ce dernier… dès le premier tour. Par cette sortie dont la dangerosité le disputait à l’irresponsabilité, vous avez failli mettre tout le Sénégal à feu et à sang. Malheureusement, cet acte manqué n’est pas votre seule énorme bévue ou scandale à l’échelle de la République. Comme piqué par on ne sait quelle mouche, vous aviez aussi sorti cette phrase qui résonne encore très fort dans les esprits : «Si nous perdons le pouvoir, nous irons tous en prison.» Peut-être que, personnellement, vous avez quel­que chose à vous reprocher au point de prédire ce passage à la cage prison pour les Libéraux au pouvoir de 2000 à 2012 et dont la plupart – pas tous – n’avaient pas compris et apprécié que soyez amené à faire cet aveu qu’ils ne partageaient pas parce qu’ils pensaient n’avoir rien fait de si répréhensible pour mériter ce sort. Mais toujours est-il que vous restez constant dans votre logique de tout faire ou de dire n’importe quoi pour rester dans les bonnes grâces du président de la République en exercice. Aussi, vos théories insipides sur les «retrouvailles libérales» sont-elles tout juste un prétexte pour vous ouvrir à nouveau les portes du Palais présidentiel. Tout comme vous avez voulu faire de la libération de Karim Wade un fonds de commerce politique. Seulement, rien de cela n’est étonnant pour qui connaît bien votre parcours politique. Quand on revisite un peu votre trajectoire, on se rend compte qu’ancien militant du Parti socialiste, vous êtes aussi membre fondateur du Parti de la réforme de Abdourahim Agne, avant de rompre avec ce dernier pour rejoindre les prairies bleues du Parti démocratique sénégalais (Pds) arrivé au pouvoir en 2000. Un retour, puisque vous avez milité dans le parti libéral de 1975 à 1985. L’on se rappelle que le 30 novembre 2009, évoquant votre décision de quitter le Parti de la réforme de Abdou­rahim Agne pour déposer vos baluchons au Pds, vous aviez déclaré : «Les gens me disent que j’ai tardé à le faire, mais il vaut mieux tard que jamais.» Rappelant que votre militantisme au Pds date des années 1975, vous disiez : «Si j’avais quitté le Pds, c’est parce que Serigne Diop (Sadaxta) avait été sanctionné par ce parti, et j’avais trouvé que la décision prise à l’époque était injuste», avant d’ajouter : «Je prends mes responsabilités et j’assume.» Non sans indiquer que : «Je suis maintenant au Pds pour y rester», expliquant que vous connaissez «très bien la plupart des gens qui sont là-bas». Puis, vous avez lâché : «Le ministre Habib Sy, on a fait nos premiers pas ensemble au Pds, avec Ablaye Faye aussi et tant d’autres. Donc, je suis vraiment à l’aise dans ce parti-là», avant de légitimer vous-même votre décision à travers cette note d’autosatisfaction : «Je me réjouis que tout le monde rentre à la maison du père (Abdoulaye Wade). D’au­tant plus que c’est un père généreux à tout point de vue, qui veut laisser à ses fils un patrimoine important.» A croire qu’il n’y a que les «actes de générosité» et les prébendes qui vous font courir.

Monsieur le ministre,
De Serigne Mbacké Ndiaye, tout le monde reconnaît qu’il a un flair du tonnerre pour sentir le vent de ses intérêts tourner, afin d’en épouser opportunément la courbe. Il faut avoir un fort instinct de survie pour faire toutes les formations politiques du pays et passer sans frémir du Parti socialiste (Ps) en 1988, où il fut le protégé de Mamadou Diop-Le maire, aux contours de l’Union du renouveau démocratique (Urd) de feu-Djibo Kâ, puis aux supposées aisances de Moustapha Niasse de l’Alliance des forces de progrès (Afp), pour atterrir ensuite chez Abdou­rahim Agne et son Parti de la réforme, avant plonger, pieds joints, dans la piscine libérale du Parti démocratique sénégalais (Pds) de Abdoulaye Wade. L’ex-coordonnateur du Parti de la réforme (Pr) dans la région de Thiès a aussi intégré le G10, un regroupement de partis politiques de l’opposition sous le magistère de Wade, et a fait partie de ceux qui ont lancé l’Initiative pour le départ de Wade (Idewa) alors président de la République démocratiquement élu et en cours de mandat. C’était le bon vieux temps où Serigne Mbacké Ndiaye tançait vertement Abdoulaye Wade, lui demandant, vu son âge, de débarrasser le plancher tout de suite et sans condition. Il proposait alors des marches devant le Palais pour faire partir le Président, chauffait la rue dans ce but, avant de renoncer à tout en allant se réfugier, penaud, sous l’aile protectrice et rémunératrice du… Président Wade qui l’avait bombardé du fromage Pca de la Cnca. Puis, vint le poste de ministre-conseiller et porte-parole du président de la République. Avec ce maroquin douillet et stratégique qui le plaçait au cœur du dispositif du pouvoir, on comprend mieux que Serigne Mbacké Ndiaye ait souhaité et imploré que le Président Wade fut là jusqu’en 2019. A la question de savoir «mais de quoi Serigne Mbacké Ndiaye est-il le nom ?», un certain Gilles Touré pense que l’ancien ministre, porte-parole de Wade, était devenu la taupe de l’Apr au sein de l’opposition, et était en réalité en train de transhumer à reculons. Comme il l’avait fait avant d’atterrir chez Abdoulaye Wade en lâchant lâchement Abdou­rahim Agne et le Cpc. «Il ne veut pas que Macky Sall l’oublie», disent les mauvaises langues, pour expliquer l’agitation et les gesticulations d’un Serigne Mbacké Ndiaye qui fait tout pour taper dans l’œil du président de la République et exister sur le plan médiatique à tout le moins. Le 3 mars 2015, avec l’ancien ministre libéral Babacar Ndao, plus deux pelés et trois tondus, Serigne Mbacké Ndiaye met sur pied la Convergence libérale et patriotique (Cpl), une organisation qui entend «aider à la clarification de l’espace politique, notamment le regroupement de la famille libérale». Aujour­d’hui, Serigne Mbacké Ndiaye crie sur tous les toits, plus fort même que Macky 2012, ou encore Moustapha Niasse qui a fait acte d’allégeance au chef de l’Etat, qu’il soutiendra sans réserve la candidature de Macky Sall à l’élection présidentielle de 2019.

Monsieur le ministre,
Votre tortuosité ne vous incommode nullement. Après avoir dressé la table à manger du Palais sous le magistère du Président Abdoulaye Wade et mis les couverts selon les goûts du maître de céans, vous ne vous faites aucun état d’âme pour être recruté dans les cuisines du Palais occupé aujourd’hui par le Président Macky Sall et y faire la plonge à l’image des étudiants expatriés qui s’adonnent à ce type de petits boulots pour joindre les deux bouts. Maintenant, si vos manigances s’arrêtaient à toujours vouloir faire plaisir au chef de l’Etat, personne n’aurait crié au scandale. Mais quand la perfidie s’en mêle, cela devient nocif et très sérieux. Qu’est-ce que vous n’avez pas fait pour berner le Président Abdoulaye Wade afin de lui soutirer des sous ? L’ex-député libéral, Abdoulaye Dramé, est bien placé pour nous en dire un mot. En effet, l’ancien parlementaire n’avait pas mis de gants pour vous traiter d’«arnaqueur», de «menteur», de «trompeur» et d’autres joyeusetés du genre. Il vous a ainsi accusé d’escroquer chaque fois ceux qui venaient voir le Président Abdoulaye Wade et qui en ressortaient avec des millions, mais aussi d’avoir fomenté vous-même le saccage de votre maison le jour des «émeutes de l’électricité» le 27 juin 2011. Spécialiste de la mise en scène, vous aviez ameuté ce jour-là des équipes de télévision pour montrer à la face du monde les images d’une maison apparemment mise à sac et dont les bagages étaient sens dessus-dessous. Dans votre déposition à la police, vous aviez fait état de pas moins de 15 costumes emportés, d’une bonne partie de la garde-robe de votre femme et d’autres babioles de plus ou moins grande valeur. Sans compter la destruction de photos sur lesquelles vous apparaissez avec le Président Abdoulaye Wade ou avec l’ancien Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye. Très émus et pris de pitié, nous avions même écrasé une larme de compassion quand vous aviez déclaré que, pour votre sécurité et étant donné l’état déconfit de votre maison, vous et votre famille dormiez à l’hôtel. Dites ! A combien vous avez été «indemnisé» par l’Etat du Sénégal ?

Monsieur le ministre,
Dans une de vos nombreuses logorrhées, vous tentez de botter en touche quand il a été question du financement occulte de votre candidature fantoche aux élections législatives du 30 juillet 2017. En disant «je préfère être financé par Macky que de l’être par des lobbies homosexuels», vous n’apportez aucune preuve pour démentir ceux qui vous accusent d’être parrainé par la présidence de la République. Cela dit, puisque que vous semblez croire mordicus qu’il n’y a pas une vie hors des cercles du pouvoir, enlevez donc votre masque et rejoignez l’Apr sans détours ! Il n’y a pas de soucis. Vous ne serez ni le premier ni le dernier funambule à tourner casaque après la perte du pouvoir dans ce Sénégal gouverné par un président de la République qui fait l’apologie de la transhumance politique.
Pape SAMB
papeaasamb@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here