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Le roi Dom Joao II du Portugal devint le protecteur du jeune prince wolof Boumi Dyélen Ndiaye au Portugal

A l’occasion de la visite officielle au Sénégal du  Président de la République portugaise,   Marcel Nuno Duarte Rebelo de Sousa, les 12 et 13 avril 2017, il y a lieu de rappeler que les relations entre les deux pays furent les plus anciennes, entre une Nation européenne et  un Peuple d’Afrique subsaharienne.
Les navigateurs portugais découvrirent les côtes sénégalaises, dès l’an 1444 et furent les seuls Européens à les fréquenter jusqu’à ce que, vers 1540, les Normands français commencèrent à leur tour à venir y commercer.
Les premiers contacts des Portugais s’effectuèrent avec les  peuples du littoral, surtout  les Wolofs qu’ils dénommaient dans leurs chroniques :  Ziloffi, Jalo­fos ou Gyloffos , ces derniers qui ne connaissaient de Blancs que les Portugais,   donnaient le nom de Portougal (Tougal) à toute l’Europe, dénomination restée jusqu’à nos jours.
Du XVème au XVII siècle des chroniqueurs portugais  à travers des écrits  de voyage, des compilations fournirent des informations ethnographiques, économiques  inestimables sur les peuples de la Sénégambie, à savoir les Tucurol (toucouleurs), les Barbacinis (serere) , les Jolofo et les Mandingas.
Une de ces chroniques portugaises nous relate le séjour au Portugal du  prince wolof, Boumi Dyélen Ndiaye, (Bemoi Gilem pour les Portugais)  du mois d’octobre à novembre 1488 dans la cour du Roi Dom Joâo II.
Le récit du chroniqueur portugais rejoint ici et recoupe la tradition orale des anciens royaumes du Walo et du Diolof.
En effet, d‘après l’historien walo-walo, Yoro Boly Dyao, «le Bourba Dyolof Biram était le fils de Dyelen, fils du Bourba Leyti, fils du Bourba Tyoukli, fils du Bourba Dyinyelane, fils du Bourba Saré, fils du premier Bourba Ndyadyane. Le Bourba Biram avait un fils, nommé Dyelen, qu’il destinait à lui succéder et qui portait en conséquence le titre de Boumi, que l’on donnait au successeur du roi régnant».Du côté maternel, le Boumi Dyelen Ndiaye était de la lignée matrilinéaire princière des Loggar du Walo, fils de la Linguère Yatta Tagne Mbodj, sœur du Brak Naatago Tagne Mbodj qui avait succédé, au Walo, à son père le Brak Tyoukli Mbodj.
A la mort de son père, le Bourba Diolof Biram Ndiémé Eulér Ndiaye, le prince Boumi Dyelen ne put lui succéder, car vaincu au cours d’une guerre entre prétendants à la couronne du Diolof. Il se refugia au Walo, dans sa famille maternelle, avec ses partisans. Son oncle  le Brak Naatago Tagne Mbodj lui remit une escorte et le recommanda à ses amis portugais installés au  comptoir d’Arguin (site situé sur la côte atlantique de la Mauritanie au nord de Noua­kchott).
Du comptoir d‘Arguin, il s’embarqua avec une forte suite, dans une caravelle portugaise pour débarquer à Lisbonne en octobre 1488, et il fut conduit avec son escorte à la cour royale, installée à l’époque à Setubal. Boumi Dyelen fut reçu solennellement par le Roi Dom Joâo II. Il prononça une longue allocution dans laquelle il rappela ses mésaventures, exposa sa demande de secours et se proclama prêt à se convertir au christianisme.
«Bemoi reprit en disant qu’il demandait secours et justice. Hélas, il n’était pas encore chrétien, et c’est pour cette raison que ses première demandes avaient été rejetées ; que sans aucun doute la situation avait changé puisque lui-même et tous les siens qui étaient présents, où ne manquaient ni les nobles ni les gens bien nés, conseillés autrefois par les sages admonestations du roi, venaient aujourd’hui se remettre entre ses mains ; qu’ils étaient donc prêts à recevoir le baptême, en raison, et beaucoup d’autres toutes aussi bonnes, le prince noir termina son discours.»
Dans les jours qui suivirent eurent lieu de nombreuses festivités. II y eut notamment des courses de taureaux et des tournois. Les guerriers wolofs soulevèrent l’admiration de la cour royale par leurs prouesses aux exercices équestres. Boumi Dyelen eut aussi plusieurs entrevues avec Dom Joâo II. Le 3 novembre, Boumi Dyelen fut baptisé chrétien et prit le prénom du roi et se fit appeler Joâo Ndiaye. Les gens de sa suite suivirent son exemple. Le 7 novembre, il fut armé chevalier, reçut un blason et fit allégeance au Roi du Portugal.
Dom Joâo II envoya une flotte de vingt caravelles dirigée par l’amiral Pero Vaz de Cunha pour appuyer son nouveau protégé dans sa reconquête du pouvoir au Diolof. L’escadre avait prévu de construire une forteresse dans une possession du Walo, à l’île Ndar située à l’embouchure du fleuve Sénégal et à partir de laquelle Boumi Djelen espérait s’ouvrir un chemin vers le Diolof. Mais pour des raisons demeurées obscures, l’amiral Pero Vaz de Cunha assassina Boumi Djelen et mit fin à l’aventure.
Les textes portugais nous renvoient une image très positive de ce prince. Ils sont élogieux sur son apparence physique, sa prestance et ses belles manières. Son assassinat fut réprouvé tant le prince wolof était apprécié à la cour.Sa mort est aussi relatée dans la tradition orale par Yoro Boly Dyao: «Boumi Dyelen était l’ami d’un Portugais nommé Domingo, et leur amitié était si grande qu’il l’accompagna jusqu’au Portugal. Ils revinrent au Sénégal, et un jour que le Boumi discutait à Del, avec son ami Domingo, il s’oublia jusqu’à le maltraiter, et Domingo le tua d’un coup de fusil.»
No­­tons enfin que d’après le chroniqueur fountanké, Siré Abass Sow, la descendance de Boumi Dyelen se retrouve à Horefondé, où s’était réfugié son fils Mbagne Dyelen Tassé Ndiaye, ancêtre des Farba Boummoudi Hore­fondé .
Le Diawdine Amadou
Bakhaw DIAW
Grand Dignitaire du Walo
Quelques chroniques portugaises décrivant la Sénégambie et ses peuples
• La chronique de Guinée, de Gomes Eanes de Zurara. Elle se rapporte à la partie du littoral explorée entre 1434 et 1448.
• De prima inventione Guineae. Ce texte a été dicté par le navigateur Diogo Gomes à l’Allemand Martim Behaim (Martin de Bohême), qui a rédigé ce récit en latin avant 1483
• Voyages en Afrique noire du Vénitien Alvise Ca’ da Mosto, suivi des Navigations de Pedro de Sintra. Ce texte a été rédigé en italien, avant 1463 par ce témoin oculaire qui a participé à deux expéditions en 1455 et 1456. Le voyage de Pedro de Sintra eut lieu en 1460. Ces récits ont été publiés pour la première fois par Francesco da Montalboddo dans ses Paesi novamente retrovati en 1507 et plusieurs fois réédités.
• Description de la côte occidentale de l’Afrique, de Valentim Fernandes. Ce texte, dû à un allemand de Moravie, fixé à Lisbonne où il exerça le métier d’imprimeur, a été rédigé d’après les récits de marins portugais (première partie, 1507 ; deuxième partie, entre 1506 et 1510).
• La relation du voyage de Vasco da Gama, est attribuée à Álvaro Velho, membre de l’expédition, 1497-1499.

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