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Certificat de service bien effectué
Par ces quelques lignes, je voudrais m’acquitter d’une dette de reconnaissance envers mes instituteurs : Monsieur Sy qui m’eut «pincé l’oreille» du C.I au Ce1 à l’école élémentaire de Wakhaldiam (1996, 1997 et 1999) et Monsieur Diatta qui m’eut «bastonné» du Ce2 au Cm2 à Diarrère (1999, 2000 et 2001). C’est pour moi aussi une façon de rompre avec une habitude bien de chez nous ; celle qui est de ne rendre hommage aux hommes qu’après qu’ils sont devenus «poussière et ossement», ou de ne dire du bien de quelqu’un que lorsqu’il est couvert d’un linceul.
A cela s’ajoute le fait que dans ce pays, on entend très rarement les Sénégalais exprimer publiquement leur gratitude aux enseignants, tous niveaux confondus, parce que pour certains, ils sont «pourris». Si c’est cela, je leur dis tout de suite qu’il y a aussi des comptables véreux, des hommes de tenue «ripoux», des politiciens peu patriotes et voleurs, etc. Dans chaque métier, des hommes de bien côtoient des hommes peu recommandables. D’autres sont tout simplement ignorants du rôle que ces éducateurs jouent dans la vie présente et future de leur progéniture. Alors dans ce cas, nous qui avons la chance de bénéficier du sacrifice de ces nobles travailleurs et d’en être conscients avons la responsabilité voire le devoir, chacun en ce qui le concerne, de leur dire ce petit mot : «Merci».
Merci Monsieur Sy d’avoir commencé notre «construction». Vous nous avez appris à lire/écrire et ce n’est pas chose anodine. Grâce à la lecture, l’homme «a le pouvoir de se surpasser, de multiplier les moyens par lesquels il existe et de faire en sorte que sa vie soit pleine de significations et d’intérêts», pour reprendre Aldous Huxley. C’est avec vous que nous avons été initiés aux études scientifiques à travers l’arithmétique. Grâce à votre dévouement, nous sommes sauvés de l’analphabétisme qui est un handicap de taille. J’ignore si vous êtes encore de ce monde, mais sachez que je vous dois beaucoup et je vous en suis reconnaissant. A jaaraama !
Merci Monsieur Diatta (l’homme de Sokone) pour nous avoir appris la rigueur, la perfection et l’abnégation dans le travail. Avec vous, nous avions maîtrisé la table de multiplication de 1 à 12 dès la classe de Ce2. Au Cm2, votre élève n’avait pas le droit de fausser une seule des quatre opérations. Vous aviez tellement bien accompli votre mission qu’à la suite des examens du Cfee/Entrée en sixième (2001), un de vos élèves fit partie des dix premiers de la région de Fatick et eu participé à la colonie des vacances organisée par le ministère de l’Education afin de récompenser les meilleurs élèves du Sénégal. C’est tout à votre honneur. A barka !
Ce que vous avez fait pour nous, messieurs, n’est ni plus ni moins qu’une «sadaqatu jariya» ou aumône continue, dont les récompenses divines vous accompagneront jusque dans l’autre monde (yalna yeex) pour assurer votre «réussite/bonheur éternelle», celle-là qui demeure la vraie réussite. A propos, un jour un élève m’a demandé la raison pour laquelle j’avais choisi le métier d’enseignement : «Parce je sais qu’avec l’enseignement, je peux avoir le bonheur (qui n’est pas dans le matériel, mais dans la paix du cœur) dans cette vie, et espérer celui dans l’au-delà», lui répondis-je.
Vous avez cessé d’être mes maîtres, mais vous ne cesserez jamais d’avoir été mes maîtres, bien que le Seereer que je suis soit le propriétaire de droit des Halpular et des Diolas. Et ne me répétez surtout pas cette vieille chanson : «Nous n’avons fait que notre travail» parce qu’entre nous, bien des enseignants ne font pas leur travail comme il se doit. D’autres (à l’opposé de la majorité silencieuse) passent la moitié de leur temps à se lamenter, ignorant que dans tout métier, il y a des difficultés et/ou contraintes. Et comme disent les Anglais, «don’t be part of the problem, be part of the solution», (faites partie de la solution et non du problème), où que vous soyez à l’image des dignes instituteurs Sy et Diatta.
A travers vous messieurs, nous disons merci à tous les enseignants qui ont eu à participer à notre formation, de l’enseignement moyen à l’université, en passant par le secondaire.
Njookoo njal et bonnes vacances !
Saliou YATTE
Professeur d’anglais
au lycée de Dodel/Podor
yatmasalih@gmail.com

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