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J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et comme tous les lundis votre article intitulé : «Les pyramides d’Egypte, symboles de l’échec de l’Afrique», paru dans la livraison du journal Le Quotidien du lundi 8 juillet 2019. Je crois avoir bien perçu votre «cri du cœur», car vous interrogez le développement de l’Afrique par rapport aux époques dites glorieuses, époques des pharaons, époques des rois, époques des grands empires africains. Vous avez identifié les causes du retard de l’Afrique en évoquant, entre autres, le gaspillage des ressources et vous avez mille fois raison. Je voudrais toutefois revenir, avec votre permission, sur deux séquences :
Les pyramides
Tombouctou et l’empereur Kankan Moussa. Je dois vous préciser de prime abord que je ne suis pas un spécialiste de l’antiquité et que des voix plus autorisées que la mienne, y compris celles d’architectes, se livreront au même exercice que moi : prendre la plume et tenter d’expliquer…
les pyramides d’Egypte, symboles de l’échec de l’Afrique, vous aurez l’occasion de lire très prochainement un ouvrage écrit par René Guénon et qui porte comme titre Autorité spirituelle et pouvoir temporel. Le monde spirituel est toujours placé au-dessus du monde temporel et les pharaons l’avaient bien compris qui ont décidé de privilégier l’autre vie – la vie supérieure – la vie qui suit la mort – la disparition physique – et qui, en principe, est éternelle. Nous devons accepter, cher directeur, que le «temps terrestre» n’est rien et que «le temps céleste» est tout et que ce tout nous englobe et que nous devons nous y préparer avec les moyens qui nous sont propres. Je doute que les richesses emportées par les pharaons soient destinées à leur usage propre ; les pharaons investis du pouvoir temporel ne pouvaient pas arriver dans l’autre monde les «mains vides», et des offrandes étaient toujours prévues qui permettaient de se voir attribuer «une petite place» par ceux qui précisément détiennent le pouvoir spirituel dans l’autre monde, le monde sans limites spatio-temporelles. Les pyramides et le sens géométrique qui les a rendues possibles sont destinées, quelles que soient leurs formes finales, à créer un «lien physique» entre la terre et le ciel et permettre le passage de l’un à l’autre… La science qui a été à l’œuvre de la construction des pyramides est la même, en simplifiant, que celle qui a été également à l’œuvre dans la construction des cathédrales et des mosquées. Ces édifices monumentaux qui sont l’œuvre des hommes sont tous porteurs de messages et chargés de mystères que les hommes devront apprendre à décrypter… Un exemple : le dessin intérieur des pyramides fait de couloirs et de chambres funéraires multiples reliés les uns aux autres selon «une clé» est un livre dont chaque page doit être lue et comprise… tout cela pour dire que plusieurs niveaux de lecture sont offerts à l’homme lorsqu’il est placé face à une pyramide, et dans tous les cas, la géométrie n’est qu’un prétexte pour accéder «aux voies célestes» qui sont insondables par définition…
Tombouctou et l’empereur Kankan Moussa. Vous nous avez vous-même éclairé sur les deux temps de la ville de Tombouctou : Tombouctou avant le voyage de l’empereur Kankan Moussa et Tombouctou après le voyage de l’empereur Kankan Moussa. Ma lecture comme suit : – l’or – le métal précieux – que vous évoquez est le symbole du soleil, source de vie et la ville de Tombouctou «brillait au soleil» ; elle était choisie pour être la plus grande et rayonner à travers l’Afrique et le monde et c’est bien ce qu’elle a fait au plan culturel notamment. Les géologues devront être mis à contribution pour expliquer les richesses en or de Tombouctou, du Mali plus précisément, mais expliquer la source de tant de richesses ne permet guère de comprendre que Tombouctou était d’abord une zone de confluences de toute nature : religieuse, culturelle et économique et surtout spirituelle… La géographie de Tom­bouctou qui explique que cette ville ait accueilli les 333 Saints n’est pas une géographie neutre, cette géographie est révélatrice de «points focaux» ; Tom­bouctou est un «territoire sacré» comme les pyramides d’Egypte sont des espaces sacrés… Il y a le «profane» et il y a «le sacré»… Vous ne le savez certainement pas encore, Monsieur le directeur, mais lorsque vous visiterez un jour – je vous le souhaite – la célèbre mosquée de Djingareyber, le «guide» vous parlera des «jumelles» enterrées dans la mosquée et qui représentent un mythe fondateur de cette mosquée comme le «puits de Buctu» (Tim Buctu), l’eau primordiale du puits restera le mythe fondateur de la ville de Tombouctou… Vous le savez comme nous : Tombouctou est aussi la ville du grand savant, le Dr Ahmed Baba. Tombouctou est une ville chargée de mystères où je suis entré le 2 mai 2001 à 13:00… Il faisait 24 degrés Celsius lorsque je suis entré dans la ville de Tombouctou, la ville des 333 Saints, où règne toujours une température proche de 40 degrés Celsius… Vous nous l’apprenez, Monsieur le directeur, Mari Diata II, mort en 1373, a succédé à l’empereur Kankan Moussa. Quel lien secret dans la ville secrète de Tombouctou unit donc Mari Diata II et Aline Sitoé Diatta, à travers tant de siècles, Aline Sitoé Diatta qui a été déportée par les colons français à Tombouctou (les colons ne savent pas lire le ciel…) où elle est enterrée (à quel endroit de la ville ?).
Pour conclure mon message : les pyramides de l’Egypte parlent au ciel comme la ville de Tombouctou parle également au ciel… L’empereur Kankan Moussa a marché vers la Mecque et il a «tracé» Un Chemin De Terre que les Africains que nous sommes devront un jour ou l’autre «reconstituer»…
Très cordialement !
Jean Michel SECK 
sandockseck@gmail.com

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