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Il est vraiment irresponsable et scandaleux lorsque l’Etat, lui-même, admet bel et bien, sans s’émouvoir ni sévir, que plus de deux millions1 de faux permis de conduire sont en circulation dans notre pays. Mais malgré tout cela, et pour autant, celui-ci n’a pas daigné prendre immédiatement et d’urgence, à l’encontre des responsables du service habilité ayant délivré ces permis, des mesures conservatoires de sanction, en attendant la fin d’une enquête très sérieuse. Cependant, ils sont pourtant bien en chair et en os. Mais qui sont-ils alors ? Probablement, nous risquons fort bien encore comme d’habitude de ne jamais mettre la main sur les vrais coupables à cause de cette impunité qui sévit toujours dans notre pays, aujourd’hui plus que jamais et que le régime actuel refuse de se départir. En fait, l’Etat banalise ce fait gravissime qui est à l’évidence l’une des causes parmi tant d’autres à la base des nombreux et graves accidents que nous connaissons dans le pays. Hé oui, on est bien en droit et à juste raison de clamer haut et fort que nous sommes dans un Etat sans poigne, ir­responsable, laxiste en matière de sécurité publique, de prévention routière et de certains autres dangers. Oui, c’est tout comme dans la mesure où, à la suite de la révélation d’un tel scandale aussi grave, l’Etat n’a même  pas pris, jusque-là en tout cas, la moindre mesure de répression à l’encontre des auteurs et de tous ceux qui ont eu à participer de près ou de loin à cette entreprise criminelle de malfaisance, constituée en un réseau de  délinquants criminels au sein de notre Administration.
Il n’y a plus de doute qu’il existe parfaitement au niveau du service des Mines un réseau de faussaires très organisé en une chaîne qui opère tranquillement, depuis fort longtemps, avec la complicité évidente de l’Ad­ministration, au vu du chiffre effarant de faux permis établis à ce jour. C’est bien la preuve, sans équivoque, que tous les services de l’Etat, à l’image de celui du service des Mines, fonctionnent en roue libre, sans aucun contrôle strict et sévère. Voilà pourquoi d’ailleurs, c’est la porte ouverte aux abus, partout, pour s’adonner à la fraude, à la corruption et à tous ces détournements tous azimuts. Notons qu’au-delà des faux permis qui circulent dans le pays, il y a, en plus, ceux qui ont été vendus à des étrangers, comme l’avait fait remarquer, une fois, un ressortissant français, à savoir qu’au Sénégal les permis de conduire pouvaient s’acheter.
Il est inadmissible qu’une opération frauduleuse si grave et d’une telle envergure se soit produite dans le pays sans que les services de sécurité habilités (police et gendarmerie) ne soient en mesure de la détecter depuis fort longtemps et d’y mettre un terme. C’est absolument la preuve formelle qu’il existe une faille très grave dans le processus de délivrance des permis de conduire. Mais le plus grave et plus dramatique, c’est que malheureusement ce n’est point du tout un cas isolé. Comme le président de la République l’a lui-même reconnu une fois au retour d’un de ses voyages, lorsqu’il disait à ses compatriotes : «Cessez enfin de tricher et travaillez honnêtement pour mériter les salaires que vous percevez…» Mais il ne devait pas simplement s’en arrêter là, car le mal est si profond que de simples paroles menaçantes ne suffisent point pour l’éradiquer ou faire prendre conscience à ces individus-là du tort qu’ils causent à leur pays. En lieu et place, il faut nécessairement des mesures concrètes et énergiques pour les réprimer sérieusement, en n’épargnant absolument pas aucun coupable quel qu’il soit.
Mais le président de la République ne devrait, tout de même, pas ignorer que ce mal, à savoir la fraude, la corruption, la magouille et tout ce qui pourrait enrichir illicitement une personne, ont gagné aujourd’hui toute l’Administration de notre pays. C’est un mal très profond qui est même devenu une gangrène généralisée dans tous les rouages de l’Etat. De ce fait, la situation dans ce domaine est en général beaucoup plus grave que le Président ne l’imagine. Et ces véreux délinquants, insatiables d’argent, n’ont cure des nombreux accidents mortels tant que cela leur rapportera de l’argent et surtout, lorsqu’en plus, ils bénéficient d’une impunité. Cela est aussi valable pour tous ceux qui abusent et s’approprient illicitement des biens de la Nation, que ce soit à Dakar Pétrole, à l’Urbanisme ou partout ailleurs, seules des mesures radicales sévères à leur encontre sans faiblesse, sans aucune discrimination, ni aucun parti pris pourront freiner cette grave hémorragie de perte de nos ressources nationales, nonobstant les graves conséquences économiques et sociales qu’elle engendre en plus.
L’évocation du président de la République dans son message du 31/12/2016, regrettant au passage les nombreux accidents mortels de la route avec leurs lots de victimes innocentes n’est qu’une goutte d’eau dans la mer, et ne fait absolument aucun effet à ces délinquants à col blanc, véritables criminels froids, qui sont prêts à tout dès qu’il s’agit de percevoir de l’argent sans coup férir.
En effet et quoi qu’il en soit, les charges qui pèsent sur ces délinquants sont extrêmement graves à telle enseigne que l’on devrait immédiatement ouvrir une enquête et toutes les personnes mêlées à cette entreprise criminelle, non seulement dégagées, mais traduites en justice et sévèrement punies sans complaisance, car elles ont agi délibérément et en parfaite connaissance de cause que leurs actes pourraient conduire à des accidents mortels, et donc de mort d’hommes. Certes leur acte intervient de manière indirecte, mais ils ont bien une très grande part de responsabilité dans tous ces nombreux accidents et de pertes en vies humaines qui sont survenus, pour lesquels les chauffeurs responsables détenaient de faux permis. Les chauffeurs également doivent être logés à même enseigne et punis aussi sévèrement, dans la même veine, comme ces criminels qu’ils sont effectivement, en conduisant sans permis valable.
Encore et encore, nous n’avons toujours pas rompu avec cette impunité injustifiable et inacceptable que l’Etat entretient à l’endroit de délinquants, insatiables d’argent et incorrigibles. Dans cette affaire comme dans tant d’autres d’ailleurs, la responsabilité de l’Etat est pleine et entière, à cause de son laxisme ambiant, et pour avoir permis un laisser-faire, un laisser-aller total à tous ces individus cupides. Ce scandale est encore une preuve supplémentaire, irréfutable qui atteste de la profondeur abyssale de la corruption dans notre pays, qu’on l’accepte ou non. Et ce grave fléau est présent dans tous les secteurs de l’Administration, comme dans la société sénégalaise. Et malgré toutes ces structures (Ige, Ofnac, Crei, Cour des comptes) créées soi-disant pour lutter contre la corruption et tous ces méfaits assimilables, l’Etat refuse ou s’abstient encore d’appliquer strictement les recommandations et sanctions radicales, proposées par ces organismes habilités, à la suite de leurs investigations, contre les délinquants coupables. Est-ce que cela ne signifie-t-il pas réellement que ces derniers bénéficient d’une assurance ou garantie d’impunité ?
Au-delà de ce qui précède et à propos des nombreux accidents mortels, il faut souligner, entre autres, qu’il existe d’autres causes non négligeables qui y participent d’une façon ou d’une autre. A cet effet, nous allons en citer quelques exemples parmi tant d’autres :
l’état très défectueux de certaines routes partiellement ou totalement délabrées ;
l’absence de contrôle strict et de surveillance permanente des routes nuit et jour par les Forces de police et de gendarmerie, sans complaisance ni corruption ;
la non-application des sanctions idoines qui s’imposent à l’encontre des contrevenants du Code de la route et des auteurs d’infractions routières ;
la vétusté notoire de notre parc automobile affecté au transport en commun qui dépasse le seuil de tolérance admis, où l’on trouve encore des véhicules centenaires qui, malgré tout, sont admis à la visite technique ;
L’insuffisance criarde des effectifs actuels du personnel de police et de gendarmerie pour assumer parfaitement le travail, ou alors leur non-affectation à ces tâches si importantes pour veiller à la sécurité publique des populations partout où elles se trouvent ;
La corruption massive et permanente des agents chargés de veiller et de punir tous ces délinquants qui efface toute trace d’infraction ou empêche le retrait du permis, etc.
Il y a ensuite ce fameux et unique centre de contrôle technique pour le Sénégal tout entier qui est une aberration et un non-sens sans précédent. C’est en créant de pareilles choses que l’on encourage la fraude et la corruption, car c’est bien évident que ce centre unique est incapable à lui tout seul de couvrir convenablement et de satisfaire tous les besoins des usagers dans les délais requis, avec tout ce que le Sénégal compte comme véhicules. Par conséquent, comme dans beaucoup de domaines au Sénégal, c’est la porte ouverte à la corruption et à la fraude. J’en avais d’ailleurs parlé dans une de mes contributions intitulée : «Un unique centre de contrôle technique pour tout le Sénégal, c’est un aberration inacceptable2», le 29/12/2014. Alors, ce n’est que ce 29/12/2016 que nous apprenons par l’Aps une annonce lapidaire du directeur des Transports routiers qui nous dit, «vouloir aller vers» : «Fatick, 29 déc. (Aps) – Le directeur des Transports routiers, Cheikh Oumar Gaye, a annoncé mercredi à Fatick la construction de centres de visite technique dans les 14 régions du Sénégal pour faire face à l’insécurité routière3.» (sic.)
Alors, dans le cas d’espèce comme en général dans les cas similaires, non seulement il faut des mesures répressives, mais également le courage nécessaire à l’Etat pour les appliquer strictement, sans faux-fuyant ni discrimination et moins encore de l’impunité. Malheureusement, cette attitude est une denrée rare chez nous, mais qui manque surtout le plus à nos gouvernants. Le pouvoir est en général plus prompt à sévir concrètement et prestement lorsqu’il s’agit des affaires politiques contre ses adversaires ou de simples faits divers plutôt que de rétablir l’ordre républicain et d’assurer la sécurité publique. Et cependant, ces méfaits sont de loin plus graves et plus nocifs pour le pays que des opposants politiques dispersés dans des centaines de partis et de coalitions politiques hétérogènes et donc peu consistants pour faire du mal à un pouvoir réellement solide et confiant en lui.
Mandiaye GAYE
Mandiaye15@gmail.com
1 http://xalimasn.com/senegal-plus-de-2-millions-de-faux-permis-de-conduire-en-circulation/
2 http://www.dakaractu.com/Un-unique-centre-de-controle-technique-pour-tout-le-Senegal-c-est-une-aberration-inacceptable_a81275.html
3 http://www.aps.sn/actualites/economie/transport/article/vers-la-construction-de-centres-de-visite-technique-regionaux-directeur

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