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En décidant de faire de 2017 année de la culture, vous montrez à quel point vous êtes attaché à la création artistique et au travail intellectuel. La culture constitue un volet essentiel du plan Sénégal émergent et les différents jalons que vous ne cessez de poser montrent à suffisance que vous avez compris que la croissance économique d’un pays doit être accompagnée par un développement culturel. Quand le Peuple semble s’essouffler, gagné par la lassitude, dépassé par l’ampleur de ses problèmes, la culture intervient pour échauffer le sang des jeunes générations. Les acteurs culturels jouent donc un rôle très important de régulation sociale. Vous en êtes conscient, Monsieur le président de la République et votre ambition est de les mettre dans les conditions de bien-être optimum.
Monsieur le président de la République, vous avez mis en place des fonds d’appui à la création et au développement des arts et de la culture à tous les niveaux, le cinéma, l’édition, les cultures urbaines pour ne citer que ces domaines. Soyez-en remercié. Tous ces fonds sont logés au ministère de la Culture et de la communication, et pour l’attribution de chacun d’eux, Monsieur le ministre a mis en place un comité de sélection. C’est justement à ce niveau que la situation devient compliquée, que votre volonté est trahie. Si dans certains secteurs les comités travaillent dans la plus grande transparence et la démocratie la plus totale, dans d’autres c’est le détournement d’objectifs, le copinage, le règlement de comptes. La direction de la Cinématographie fait de son mieux afin d’accompagner les cinéastes. Tous les observateurs nationaux et étrangers ont vu les résultats produits. La direction du Livre et de la lecture travaille avec intelligence à la promotion du livre et de la lecture en accompagnant les éditeurs et les écrivains. Cependant Monsieur le président de la République, à la direction des Arts, le népotisme s’est installé du fait du directeur qui, entouré de ses amis, décide avec les fonds publics de récompenser ses proches et de punir ceux qui refusent de se soumettre à lui.
Monsieur le président de la République, je suis un comédien professionnel, sorti de l’Ecole nationale des arts depuis octobre 2000, et en tant que créateur, je pense comme Walt Whitman : «Dès que vous cesserez de mettre en question la soumission, vous serez complètement asservis. Et une fois complètement asservis, aucune Nation, aucun Etat, aucune ville ne peut plus jamais recouvrer la liberté.» Un créateur asservi est une coquille vide, incapable de produire de la lumière. Monsieur le Président, en vous dressant afin de refuser l’insoutenable, vous avez posé un acte de création qui a  abouti à votre élection à la tête du pays.
Nous vous avons soutenu, car vous constituez pour nous une source intarissable d’inspiration. Monsieur le Président, la mort dans l’âme, je vous informe que l’insoutenable a élu domicile à la direction des Arts du ministère de la Culture et de la communication.
En 2014, lors du dépôt des dossiers de spectacle pour le Sommet de la Francophonie, la candidature de la création Un nègre à Paris que j’avais présentée a été retirée par le directeur des Arts de l’époque, M. Ousseynou Wade. Et pourtant, cette création collait bien à l’esprit de la Francophonie puisque réunissant un auteur ivoirien, un autre sénégalais, un metteur en scène français et un vidéaste haïtien. Il me punissait d’avoir donné une interview dans une radio de la place durant laquelle je disais comment j’estimais que les choses devraient marcher.
L’année dernière, vous avez doté le milieu culturel d’une enveloppe de quatre-vingt millions, destinée à la structuration des associations du secteur. Le directeur des Arts, sans faire d’appel à candidatures, a subventionné les associations à sa convenance. Personne ne comprenait les critères d’éligibilité. Et là, il venait de commettre une grosse faute administrative. Et il n’a pas pu supporter mes contestations en tant qu’acteur culturel, ayant droit à ces subventions au même titre que les autres. J’ai protesté, en utilisant les moyens dont je disposais et le directeur des Arts, Monsieur Abdoulaye Koundoul, aidé en cela par Monsieur Massamba Guèye qui un jour, n’ayant pas digéré le fait qu’on ait relancé le centre sénégalais de l’Institut international du théâtre (Iit), ont alors décidé de me fermer les robinets. Ce dernier m’a même annoncé, pince-sans-rire, «je suis expert à l’Unesco, je vais bloquer tous vos dossiers».
Monsieur le président de la République, tous les dossiers que je dépose au ministère de la Culture et de la communication sont imputés à la direction des Arts. Celle-ci fait des propositions et je puis vous informer qu’avec notre brouille, je ne suis ni aidé ni appuyé, tous mes dossiers reçoivent un avis défavorable à cause du robinet qu’ils m’ont fermé.
Monsieur le Président, je peux bien admettre que quelqu’un puisse fermer son propre robinet, mais personne n’a le droit d’interdire l’accès à la borne-fontaine à un habitant du quartier. C’est pourtant ce que Monsieur le directeur des Arts essaye de faire, aidé en cela par des amis qui ont fini de polluer l’atmosphère au niveau du ministère de la Culture et de la communication. C’est un véritable lobby qui existe autour du directeur des Arts et ça ne fait que gangréner le développement de la culture. Ce lobby était impliqué dans les fonds de l’année dernière, destinés à la structuration des associations, on les a retrouvés dans la commission de rédaction du rapport de l’Unesco sur la convention de 2005. Ils sont dans le comité de lecture et de proposition du Fonds pour le développement des cultures urbaines… et j’en passe. Pour bénéficier des fonds que vous avez bien voulu mettre à la disposition des acteurs, il faut être leur ami ou leur inféodé. Je ne suis ni l’un ni l’autre. Depuis lors, ils s’acharnent à me rogner les ailes et ne peuvent souffrir que, malgré tout, je m’efforce de les étendre le plus large possible.
Monsieur le président de la République, que serait l’artiste que je suis sans cette petite lumière, que serais-je sans cette conscience qui me fait redresser la tête, dire non, au risque de me «faire fermer le robinet» ? Malgré tout, je continue avec beaucoup de bonheur mon travail de création, et à travers le monde, je porte haut l’étendard de la culture de mon pays que j’aime tant.
Ainsi, avec des partenaires belges, nous avons mis en place un projet intitulé Passerelles Guédia-Mons. Les activités se dérouleront entre la ville de Guédiawaye et celle de Mons en Belgique. Nous avons le soutien de la Wallonie-Bruxelles et l’appui institutionnel de la ville de Guédiawaye. «La nuit du slam» qui en est une des activités figure dans l’agenda culturel du ministère de la Culture et de la communication. Des slameurs ont quitté la France, la Belgique, le Togo, les Comores pour participer à cet événement qui s’est déroulé du 14 au 16 avril 2017 à Guédiawaye. Et le projet Guédia-Mons se poursuivra durant trois ans, au profit des jeunes slameurs du Sénégal qui bénéficieront de formations, de voyages, de création, de rencontres et d’échanges.
Monsieur le président de la République, c’est ce projet qui a été rejeté par les membres de la commission du Fonds de développement des cultures urbaines, sous le prétexte que le promoteur que je suis n’est pas connu dans le milieu de la culture urbaine. Comme si Massamba Guèye et Abdoulaye Koundoul qui décident de l’opportunité de soutenir un projet par le Fdcu sont du milieu des cultures urbaines. Le critère artistique ne compte plus, la pertinence du projet importe peu. Il faut juste, à tout prix, barrer la route à un homme de culture qui refuse obstinément de se soumettre à eux.
Monsieur le président de la République, en votre qualité de protecteur des arts, des lettres et des artistes, je m’en réfère à vous afin que vous mettiez un terme à cette injustice qui n’a que trop duré. Et je ne suis pas seul dans ce cas. Beaucoup d’autres préfèrent répondre à leurs actes ignobles par le mépris. C’est certainement ce que ces fonctionnaires méritent si c’étaient leurs robinets qu’ils fermaient et non la fontaine publique.
Monsieur le président de la République, connaissant votre sens élevé de la justice, je ne doute point que vous mettrez un terme aux activités illicites de ces gens qui tuent à petit feu la culture alors que vous appelez à son développement et avez mis des moyens pour cela.
Dans tous les cas, vous ne cesserez jamais d’avoir mon soutien, car vous représentez l’exacte image que je me fais d’un dirigeant d’un pays qui aspire à l’émergence.
Dans cette attente, recevez monsieur le Président l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Papa Meissa GUEYE
 Directeur Compagnie Théâtre de la Rue
Secrétaire Général Centre Sénégalais de l’Institut International du Théâtre (Iit)
Membre associé à la Fédération Internationale des Coalitions pour la Diversité Culturelle.

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