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Le 26 novembre 2017 restera une journée historique pour les populations de Koussy. Située dans le département de Sédhiou, la commune de Koussy engage la bataille contre les mutilations génitales féminines dont le pic est la déclaration publique d’abandon de la pratique par 87 communautés qui ont longtemps résisté aux pressions politico-judiciaires. C’est le début d’une nouvelle ère pour les filles longtemps victimes de ces pratiques rétrogrades et dégradantes.

Elle n’a pas tremblé au moment de faire la déclaration publique sur l’abandon de l’excision : «Prenons l’engagement solennel en ce jour du 26 novembre 2017, en toute connaissance de cause, d’abandonner définitivement les pratiques de l’excision, des mariages des enfants et des mariages forcés des filles au sein de nos communautés…» A travers ces mots, le village de Koussy rejoint ainsi le mouvement historique initié depuis le 31 juillet 1997 à Malicounda Bambara dans le département de Mbour «qui n’a cessé de rayonner au Sénégal tout comme dans la sous-région et qui a enregistré aujourd’hui 6 484 villages ayant définitivement renoncé aux pratiques de l’excision, des mariages des enfants et des mariages forcés». Dans la région de Sédhiou, plus de 87 communautés viennent ainsi de rendre public leur abandon de l’excision, des mariages d’enfants et des mariages forcés devant les autorités préfectorale, communale, religieuse, coutumière et des partenaires techniques et financiers de l’Ong Tostan qui a organisé la rencontre.
Il est 11 heures. Le soleil trône au zénith sur un ciel dégagé. Sous une chaleur accablante, les populations chantent, dansent et étalent leurs différences ethniques et leur accoutrement. Jadis pratiquement répandue, l’excision est publiquement abandonnée. Une femme s’avance, remet son couteau et incinère tout l’arsenal qui lui servait dans son travail interdit, mais qu’elle continuait à exercer en cachette. L’acte est fort et est salué à sa juste valeur. «Nous, autorités administratives, il est de notre devoir d’appeler toutes les communautés à abandonner ces tares. On faisait l’apologie de ces pratiques dans la société traditionnelle, mais aujourd’hui on s’est rendu compte que ce sont des maladies que nous rencontrons derrière ces pratiques à travers l’excision des filles et même leur mariage précoce», dit l’édile de Koussy. Située dans le département de Sédhiou, elle compte environ 10 mille 360 habitants, polarisant 29 villages et qui vivent d’agriculture et d’élevage. Dans cette zone rurale fortement conservatrice, l’acte est «fort». Très engagé à vaincre la pratique, le maire de Koussy prévoit une série de rencontres avec les chefs de village de sa commune pour parler de la pratique. «Ils sont les meilleurs vecteurs étant donné leur position entre les communes et les villages. Ils vont porter le message au niveau des communautés les plus lointaines. Le combat doit être pérenne, un suivi après la déclaration, un contrôle au niveau des villages, veiller à l’abandon définitif. Cela ne va pas être facile, compte tenu des réalités socioculturelles surtout dans des communautés manding qui considéraient cette pratique comme un acte utile et qui avancent des raisons dont on s’est rendu compte qu’on peut les contourner», a développé Ousmane Kamara. Le maire promet par ailleurs un plan d’actions à la suite de la cérémonie de déclaration publique d’abandon de l’excision et des mariages précoces. Il ne veut pas que cela soit un slogan creux. «Il faut enrayer ces fléaux», exige-t-il. Aussi a-t-il lancé un appel aux Ong présentes dans la zone pour soutenir les femmes à sensibiliser davantage pour l’abandon de l’excision et du mariage précoce des filles.
Selon la coordonnatrice du Programme violence basée sur le genre à Unfpa Sénégal, la déclaration n’est rien d’autre que l’achèvement d’un processus de formation de trois ans. Laquelle formation a porté sur les cours d’alphabétisation, de renforcement de capacités, les questions de droits humains comme le respect de l’intégrité physique, la démocratie. «Petit à petit, on amène la population à prendre conscience de l’importance des droits humains», a expliqué Lidy Sanka Kadou. C’est la fin d’une ère.

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