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Abdoulaye Makhtar Diop justifie le projet de suppression du poste de Premier ministre. L’ancien ministre ouvre les «archives» de l’ère Diouf et le pouvoir de Tanor, alors ministre d’Etat, ministre des Services et affaires présidentiels, plus fort que le Pm de l’époque.

L’annonce de la suppression du poste de Premier ministre par Macky Sall a rappelé aux bons souvenirs de Senghor et de Diouf qui l’avaient essayé. Et la nomination d’un ministre d’Etat, Secrétaire général de la présidence de la République avaient fait penser aux cas Jean Collin et Ousmane Tanor Dieng. Abdoulaye Makhtar Diop va plus loin et défend le projet de réforme qui passe à l’Assemblée le 4 mai prochain. Invité de l’émission Jury du dimanche de I-Radio hier, l’ancien ministre dit : «L’histoire a bien montré que le Secrétaire général de la Présidence était appelé à assurer l’intérim du Pm. En 1998, quand le président de la République, Abdou Diouf, a nommé Mamadou Lamine Loum Premier ministre, le décret pour son intérim disait que Ousmane Tanor Dieng, ministre d’Etat, ministre des Services et affaires présidentiels, assure l’intérim du Premier ministre. Et, après 1993, qui a vu pour la première fois au Sénégal la création du poste de ministre d’Etat, ministre des Services et affaires présidentiels, (le même Tanor) avait tous les pouvoirs du président de la République par rapport au Pm. Et Abdou Diouf avait même ajouté une note : «Aucune lettre ne peut m’être adressée sans le visa du ministre d’Etat Ousmane Tanor. Et pourtant il y avait un Pm. Cela veut dire que le Président Macky Sall aurait bien pu garder le poste de Pm et complètement le vider.» Le vice-président de l’Assemblée nationale, membre de Benno bokk yaakaar, rappelle d’ailleurs que le poste de Pm au Sénégal n’est pas une institution, mais un organe de l’Exécutif. «Le Premier ministre, au Sénégal, n’a pas de pouvoirs propres organisés par la Constitution. Il n’est que délégataire de pouvoirs», précise-t-il. Et à ceux qui réclament la voie référendaire, Abdoulaye Makhtar Diop, qui souligne qu’il fait partie «des rares ministres à avoir vécu dans un gouvernement sans Pm pendant 4 ans et dans un gouvernement avec Pm», répond : «Le Sénat du Sénégal qui est une institution inscrite dans la Constitution a été supprimé sans référendum, rétabli sans référendum. Est-ce qu’il est plus important de dissoudre un sénat sans référendum que de supprimer la Primature ? Donc, si le poste de Pm était une institution comme le gouvernement, j’aurais prôné un référendum.»

«A priori» pas d’accord pour le report des Locales
Abdoulaye Makhtar Diop, qui a réitéré hier son souhait de voir un lébou diriger la mairie de Dakar, a précisé qu’il ne sera pas candidat aux prochaines Locales. Et il souhaite, par ailleurs, «a priori», que les Locales ne soient pas reportées. «Si on le fait aussi, ça risque d’être la razzia parce que l’opposition risque d’être éreintée. Mais mieux vaut le faire le 1er décembre si l’opposition le demande», a-t-il ajouté. Et sur l’élection du maire au suffrage universel direct proposée par certains comme Aliou Sall, il n’est pas contre, mais émet des réserves. «Ce n’est pas que je sois favorable ou pas. C’est très compliqué. Il faut régler plusieurs problèmes. Est-ce que c’est le maire élu qui désigne ses adjoints ? Ou est-ce qu’on élit ses adjoints en même temps que lui ? Parce que si vous ne le faites pas, vous allez vers une instabilité. Si le maire pense qu’il est élu comme le président de la République, qu’il peut dégommer qui il veut, il y a un problème. La deuxième chose, au Sénégal, sauf le cas de Wade, le président de la République n’a pas le pouvoir dissoudre ou de démissionner un maire. Donc, il faut y aller, mais il faut véritablement réfléchir à toutes les hypothèses et à partir d’un faisceau d’indices établir une loi qui nous permette de concilier l’élection du maire au suffrage universel, l’élection de ses adjoints et voir le pouvoir de dissolution, de démission ou de révocation des maires», argumente Abdoulaye Makhtar Diop.

«Un ancien Président doit avoir au moins entre 50 et 75 millions par mois»
Le traitement des anciens chefs d’Etat a été également un des sujets évoqués par Abdoulaye Makhtar Diop après que Me El Hadj Amadou Sall a révélé à l’émission Grand Jury de la Rfm, il y a quelques jours, que Abdoulaye Wade fait face à des difficultés financières. «J’estime qu’un ancien Président du Sénégal doit avoir au moins un salaire mensuel entre 50 et 75 millions de F Cfa. Les Présidents Wade et Diouf sont quand même détenteurs de secrets dans ce pays. Mais il y a aussi des anciens chefs d’Etat-major des armées, des directeurs de renseignements généraux, dans le contexte que nous vivons, qui ont des renseignements extrêmement graves. Alors, s’ils ne sont pas assez protégés, ils peuvent être corrompus par des chefs d’Etat étrangers», avertit-il. Le Grand Serigne de Dakar n’a pas aimé la sortie du nouveau porte-parole du Pds. «Me Sall m’excusera, mais je suis choqué de l’entendre dire que le Président Wade est fauché. Même si c’est le cas, on ne doit pas le dire publiquement», a-t-il ajouté. Et de conclure : «Dans un pays où un entraîneur de football, des directeurs généraux, des Pca, touchent 15 millions par mois, qui ne prennent aucun risque pour le pays, alors qu’un ancien Président détenteur de secret, qui s’est sacrifié, ne peut pas avoir 50 millions au moment où le chef de l’Etat a une caisse où il y a 4 ou 5 milliards, 10 ou 15 milliards, ce n’est pas normal.»
hamath@lequotidien.sn

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