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Fass Boye fait face à de sérieux problèmes pour conserver son poisson qui pourrit sur sa plage. Entre manque d’unités de froid pour la conservation et d’espace suffisant pour accueillir les camions frigorifiques qui viennent s’y ravitailler, la denrée est souvent reversée en mer ou enterrée.

De plus en plus, le poisson qui représente la base de l’alimentation sénégalaise se fait rare au Sénégal. Au niveau du premier centre de pêche du département de Tivaouane, il pourrit en quantité sur la plage. Un paradoxe que dénoncent les acteurs du secteur de Fass Boye face à la presse. Ils sont confrontés à un manque sérieux d’unités de froid pour la conservation et d’espace pour accueillir les camions frigorifiques qui viennent s’y ravitailler. Ce, au point «que souvent les poissons sont reversés dans la mer ou enterrés à la plage». Alors qu’à l’intérieur du pays, fulminent-ils, «sa raréfaction se fait de plus en plus sentir». Selon Aïbatou Mbaye, porte-parole des mareyeuses de Fass Boye, «des tonnes de poissons sont déversées quotidiennement sur le quai de pêche, parce que nous avons une importante flotte composée de 750 pirogues. A cette flotte s’ajoutent les embarcations en provenance de Cayar, Mboro et Saint-Louis». Mais, renseigne-t-elle, «moins d’un quart de ces débarquements est vendu par les mareyeurs. Et ces derniers sont souvent abusés par les commerçants qui profitent de la situation». Elle explique : «Il arrive souvent que des débarquements se fassent la nuit. Alors puisqu’il n’y a pas d’unité de conservation, encore moins de glace, le produit est soit reversé en mer ou cédé à vil prix aux transformatrices.» Et Mme Mbaye d’ajouter : «Nous voulons que l’on nous construise des fabriques de glace pour nous permettre d’échapper au chantage que les commerçants qui viennent avec leurs camions frigorifiques exercent sur nous. Ces commerçants, sachant que nous avons besoin de la glace, nous imposent leurs propres prix, faute de quoi ils refusent de servir en glace.» Conséquence : «Nous sommes obligés de vendre à perte parce que parfois nous vendons à 10 mille francs Cfa une caisse de poissons que nous avons achetée à 20 mille francs, rien que pour avoir de la glace devant nous permettre de conserver le reste des produits.»

Un chapelet de doléances égrené
Une situation que le coordonnateur du Comité local de pêche artisanale (Clpa) de Fass Boye-Mboro, Moda Samb, juge paradoxale. Il estime que «rien que pour le mois de mai dernier, quelque 35 mille tonnes de poissons, toutes espèces confondues, ont été débarquées sur le quai de Fasse Boye». Un important débarquement qui, selon lui, «doit suffire pour poser l’urgente question d’infrastructures, principalement en termes de froid, pour la conservation des produits». Il indique : «Notre principale difficulté est l’absence de fabrique de glace au quai de débarquement d’un centre de pêche aussi important que celui de Fass Boye qui compte au moins 750 pirogues qui vont chaque jour en mer.» Aussi, ajoute M. Samb, «le quai est trop petit pour contenir la quantité de poissons qui y est déversée, mais aussi les camions frigorifiques qui viennent chaque jour». Pis, dit-il, «avec la récente dotation des 33 moteurs hors-bords aux pêcheurs de Fass Boye, l’activité ira inévitablement crescendo avec comme conséquence une augmentation des volumes de débarquement». Toutes raisons de lancer un appel aux autorités pour qu’à l’instar de tous les centres de débarquement du pays, Fass Boye puisse disposer d’un quai de pêche digne de ce nom, mais aussi de fabriques de glace pour la conservation des produits. Déjà, informe M. Samb, «les acteurs de la pêche au niveau local ont convenu de délimiter en relation avec la tutelle une zone de pêche protégée. Ils sont aujourd’hui conscients de l’urgence qu’il y a de protéger la mer au risque de voir disparaître la ressource. Aussi, nous nous sommes réunis pour délimiter d’un commun accord cette zone de repos biologique et de reproduction. Les balises vont être immergées dans les meilleurs délais». Il demande aux autorités administratives «de nous appuyer dans cette volonté de travailler à la protection de la ressource, mais également de nous accompagner en termes de prise de dispositions réglementaires assez contraignantes pour éviter tout manquement au respect de l’interdiction de pêche qui couvre toute la zone mise sous protection».
nfniang@lequotidien.sn

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