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Une fausse analogie apparaît lorsque les éléments utilisés dans une série de calculs destinés à avoir des grandeurs significatifs pour la comparaison de deux objets ou de deux phénomènes supposés identiques sont différents dans leur nature, leur importance et leur portée. Tel est en effet la méthode non orthodoxe, irrationnelle, à la limite obscurantiste utilisée par le député Ousmane Sonko pour démontrer au peuple sénégalais «les clauses léonines des accords de pêche 2019-2024», comme il l’appelle, entre le Sénégal et l’Ue. Le député Ousmane Sonko, dans son épigramme contre le gouvernement du Sénégal sur les accords de pêche avec l’Ue, part du constat erroné que le montant de la redevance quinquennale de 15,25 millions d’euros sur un tonnage de 58 mille tonnes payée par l’Ue en contrepartie de la signature des accords de pêche, soit 263 euros par tonne, doit être comparée à la valeur marchande des quantités de thon pêchées par les navires de l’Ue pendant cette période, soit (58 mille tonnes de thon et de merlu X 16 mille euros= 928 millions d’euros), la valeur actuelle de la tonne de thon en Europe valant 16 mille euros. Aussi, le député du peuple compare-t-il deux grandeurs  dont les objets et les natures sont totalement différents. D’une part, la redevance de 263 euros/tonne payée par l’Ue qu’il considère comme le prix de cession de la tonne du thon par le Sénégal et, d’autre part, sa valeur marchande qui est de 16 mille euros/tonne dans le marché européen, pour vite conclure à de l’arnaque, soit 16 mille – 263 = 15 mille 764 euros de bénéfice brut par tonne gagné par les navires européens en opération dans l’atlantique.
En réalité, le député du peuple Ousmane Sonko veut faire avaler aux Sénégalais deux monstruosités ou incongruités :
Premièrement, les redevances de 8,5 millions formés par les droits d’accès aux eaux du Sénégal des navires européens (4 millions d’euros) et du fonds de soutien sectoriel au développement de la politique de pêche au Sénégal (4,5 millions d’euros), en plus des redevances supplémentaires des armateurs européens de 6,75 millions d’euros, soit 6,75 + 8,5= 15,25 millions d’euros, sont assimilables au montant de la vente par l’Etat du Sénégal de 58 mille tonnes de thon dans le marché de l’Ue, comme si les ressources étaient la propriété de l’Etat du Sénégal et mises en stock, à l’instar du vendeur de poisson au marché. L’analogie ici peut être faite en supposant que les captures des armateurs sénégalais ou du pêcheur artisanal en activité, qui ont des licences de pêche en payant des droits à l’Etat du Sénégal, appartiennent à l’Etat du Sénégal, encore que les espèces ciblés par l’accord de pêche avec l’Ue n’évoluent même pas dans la zone économique exclusive du Sénégal et, le cas échéant, lesdits accords ne porteront que sur les surplus de stocks.
Deuxièmement, le député du peuple Ousmane Sonko fait l’amalgame entre les ressources naturelles du Sénégal comme le pétrole ou le gaz offshore, et les thonidés qui sont des espèces de poisson grand migrateur, qui voyagent dans toute l’atlantique en haute mer, de l’Afrique du Sud aux îles Canaries, ou de l’Islande à l’Argentine, sur une superficie de plus de 100 millions de km2, à la vitesse par jour de plus de 600 km, alors que la zone exclusive sénégalaise ne fait que 210 mille km2, s’étendant sur 700 km de côte (zone exclusive = 700 km x 300 km = 210 mille km2), une goutte d’eau dans la mer. Comment veut-on faire croire que les gros thons recherchés qui sont des poissons de haute mer grands migrateurs comme les baleines, évoluant sur toute l’atlantique Nord et l’atlantique Sud, appartiennent à l’Etat du Sénégal et peuvent être revendus (sans que celui-ci les capture d’ailleurs) par le même Etat au marché ? On nous prend pour qui ? C’est très désolant de la part de certains politiciens qui ambitionnent d’être à la tête des Sénégalais, et qui prennent ces derniers pour des demeurés. De plus, ces thonidés de l’atlantique sont gérés par la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’atlantique, mise en place par l’Onu, dont le secrétaire exécutif est un brillant cadre sénégalais (Cicta composée de 41 pays membres en plus des pays de l’Ue). Cette Commission internationale pour la pêche durable des thonidés dans l’atlantique fixe des quotas par pays riverain. Sur le quota du Sénégal de cinquante mille tonnes de thons par an, le Sénégal n’a même pas un armement national de thoniers transatlantiques pour le reliquat de 40 mille tonnes par an. Après défalcation du tonnage accordé à l’Ue, tout cet excédent de thons dont le Sénégal ne pourra pas bénéficier et vont migrer le temps d’un passage court sur nos latitudes, vers d’autres horizons lointains, faute de moyens des armateurs sénégalais. Le député du peuple Ousmane Sonko oublie peut -être que les océans représentent les 2/3 du globe et que son pays le Sénégal n’est qu’un petit bout de terre de la surface du globe, dont sa zone économique exclusive représente epsilon dans l’univers marin mondial. Egalement, le député du peuple oublie peut-être que la gestion pour une pêche responsable des poissons grands migrateurs qui méconnaissent les frontières ne peut se faire que dans un cadre multilatéral. A titre de comparaison, les tonnages des captures concernant des espèces de haute migration dans les zones internationales, objet des accords de pêche avec l’Ue moyennant le paiement de droits de passage des navires transatlantiques sur nos latitudes, sont limités à 10 mille tonnes de thon et de 1 750 tonnes de merlu par an sur un quota du Sénégal de 50 mille tonnes par an, tandis que les débarquements de la pêche artisanale et de la pêche industrielle sur les ports et quais de pêche du Sénégal sont respectivement de 400 mille tonnes et 120 mille tonnes par an. Il n’y a pas, à proprement parler, de quoi fouetter un chat ! Il y a bien une différence entre 520 mille tonnes de poisson débarquées sur les côtes sénégalaises et 10 mille tonnes de thon et 1 750 tonnes de merlu évoluant dans la haute mer, ne pouvant même pas être pêchés par nos armateurs nationaux.
L’intérêt de signer les accords de pêche avec l’Union européenne réside surtout dans le fait de faire bénéficier à notre pays des nombreuses opportunités économiques pouvant provenir de la position géostratégique du port de Dakar. Cette place privilégiée servant de port d’attache pour la plupart des navires transocéaniques évoluant en haute mer dans l’atlantique, du Nord au Sud, tant pour la transformation locale des captures du thon ou d’autres espèces de haute mer afin de renforcer davantage la domiciliation de la valeur ajoutée, que pour de nombreux autres services connexes.
Avec le député du peuple Ousmane Sonko, nous nous apercevons de l’existence d’une pensée dans laquelle sont transposées des représentations imaginaires qui relèvent de l’esprit surréaliste. A ce titre, la préoccupation fondamentale de l’homme «surhumain» restera toujours de tenter de démontrer une position dominante dans l’action collective qui le place devant une posture permanente à la marge des réalités. Si bien que la volonté politique qui en résulte s’écarte de la vérité pour dériver vers un culte de la personnalité, traduisant bien une faculté chez eux, que tout ce dont ils ne sont pas les auteurs n’est point pertinent, ou, à tout le moins, insuffisant. En effet, le mode opératoire consécutif à cette forme de pensée à la base d’un style particulier de l’homme politique s’articule à travers l’existence d’un réflexe primaire nihiliste qui se traduit par la remise en cause systématique de réalisations accomplies par les autres, sans la matérialité d’une alternative crédible de substitution.
Nous vivons une époque où de nombreux politiciens populistes cultivent des réflexes identitaires et xénophobes. Toutefois, il faut convenir que ces pratiques extrémistes, exclusivistes, pour arriver au pouvoir, sont dangereuses pour la survie de l’humanité. Il est évident que nous traversons une époque trouble avec le déferlement d’un populisme sur la base de la promotion du nationalisme identitaire, de l’unilatéralisme et du culte des différences dans un monde caractérisé par la crise des valeurs, la crise de la démocratie qui nous avait valu, ne l’oublions pas, les deux guerres mondiales que l’humanité a connues jusque-là. Dans notre pays, en plus d’une société atteinte par la misère de la pensée, nous devrions faire beaucoup attention avec les aventuriers et marchands d’illusions de la vingt-cinquième heure, qui utilisent l’imaginaire pour tromper le peuple…
Kadialy GASSAMA
Rufisque
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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