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Attrait devant la barre de la Chambre criminelle de Dakar pour le délit de meurtre au préjudice de son ami Balla Guèye dit «Boye Ndar», Pape Lamine Guèye a été enfoncé par un témoin des faits. Selon lui, l’accusé a prémédité son acte. Il risque 20 ans de travaux forcés. Délibéré le 7 février prochain.

Habillé en grand boubou de couleur bleue, regard hagard, l’accusé a tergiversé durant toute son interrogation devant le juge de la Chambre criminelle de Dakar. Pape Lamine Guèye, qui comparaissait pour des faits de meurtre sur son ami Balla Guèye dit «Boye Ndar», est dans un mauvais jour. Voulant mettre ce crime sur le dos de Satan, l’accusé a été démenti par le témoin oculaire des faits qui a déclaré avoir vu l’accusé tuer de sang froid la victime. Il risque 20 ans de travaux forcés si les réquisitions du ministère public sont appliquées par la Chambre.
Les éléments de la police des Hlm ont été informés d’une bagarre au niveau du garage Guédiawaye qui a viré au drame. Un transport effectué sur les lieux a permis de savoir que l’un des protagonistes, en l’occurrence Lamine Guèye, a poignardé Balla Guèye. Au mo­ment de le transporter à l’hôpital de Grand-Yoff, les flics ont constaté que la victime a succombé à ses blessures. Ainsi, ils sont retournés sur les lieux pour recueillir des témoignages. Le premier témoin qui a été entendu et qui répond au nom de Mor a déclaré que c’est Lamine Guèye qui a porté le coup fatal à la victime, à l’aide d’une arme. Mais le témoin Moussa Ndiaye a soutenu que quelques heures avant les faits, le mis en cause, très agité, s’était présenté à lui  pour demander après la victime. Et vers les coups  de 19 heures, il a entendu du bruit et quand il s’est retourné, il a vu Lamine Guèye administrer un violent coup de couteau à la victime au dos. Il a précisé que l’arme était sortie au niveau du thorax. Et après son forfait, le mis en cause a pris la fuite.
Du 8 juillet au 4 novembre 2012, Lamine Guèye était en fuite. Il avait même changé de lieu de travail en roulant maintenant sur l’axe Ouakam-Avenue Cheikh Anta Diop. Mais à la date du 4 novembre, quand il s’est présenté sur l’avenue Bourguiba, sa présence a été signalée aux éléments-enquêteurs qui se sont immédiatement trans­portés sur les lieux pour procéder à son interpellation.
Entendu, il a reconnu être l’auteur du coup fatal. Il a déclaré que la victime avait refusé de procéder au partage de 4 000 francs. Une somme qui, dit-il, revenait à l’ensemble des «coxeurs». C’est dans ces circonstances qu’ils ont eu un échange de propos qui a dégénéré en bagarre, au cours de laquelle il lui a administré un coup de couteau. Le certificat de genre de mort a fait état d’une plaie thoracique pénétrante qui a entraîné une hémorragie externe de grande abondance par arme blanche pointue, tranchante ayant perforé le poumon gauche de la victime.
Au prétoire, l’accusé a reconnu aussi être le meurtrier de son meilleur ami, mais nie avoir eu l’intention de le tuer. «C’est mon ami. Et ce jour-là, on avait un problème à cause de l’argent qu’on devait se partager. Il n’a pas voulu me donner ma part. Je l’ai poignardé, mais je n’avais pas l’intention de le tuer. J’ai pris le couteau chez le vendeur de viande», a-t-il expliqué au juge. Des déclarations battues en brèche par le témoin Moussa Ndiaye.  Selon lui, l’accusé a prémédité son acte. «C’était le jour du combat Modou Lô-Lac de Guiers. Lamine Guèye est venu me demander si j’ai vu Balla.  Je lui ai dit que je ne l’ai pas vu. Mais quelque temps après, des gens lui ont dit que Balla est chez le vendeur de café. Il est allé le trouver là-bas pour lui asséner un coup de couteau. Balla est venu me dire père Moussa : “Je vais mourir“. En ce moment, il lui avait asséné un coup de couteau au dos et l’arme est sortie du côté de la poitrine», a-t-il raconté en soulevant des cris de tristesse dans la salle. La sœur de la victime, Anta Nar Guèye,  a réclamé le franc symbolique. Selon le parquetier, l’accusé était muni d’une arme qu’il a portée à la victime, même s’il tente aujourd’hui de faire croire qu’il était l’ami de la victime et qu’il n’avait pas l’intention d’ôter sa vie.
De l’avis du procureur, cela ne résulte pas d’une analyse objective du dossier. Estimant qu’il y a préméditation, il a requis 20 ans de travaux forcés. Selon l’avocat de la défense, son client n’avait pas l’intention de donner la mort. A en croire Me Iba Mar Diop,  «Balla Guèye aimait les risques et il n’était pas un enfant de cœur». Il a demandé de disqualifier les faits en coups mortels et de faire bénéficier à son client une application bienveillante de la loi. La décision sera rendue le 6 février prochain.

justin@lequotidien.sn

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