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La publication de la liste des navires de pêche opérant au Sénégal et la tenue d’un Conseil présidentiel sur la pêche au Sénégal : c’est ce que réclament les acteurs de la pêche artisanale maritime qui prenaient part hier à l’atelier sur l’élaboration du plan stratégique de la Plateforme des acteurs non-étatiques de la pêche artisanale et de l’aquaculture au Sénégal (Panepas).

Le chef de l’Etat a remis au goût du jour la polémique sur les accords de pêche entre l’Union européenne et le Sénégal. Ses propos tenus le 31 décembre face à la presse sur le nombre de bateaux européens présents dans les eaux sénégalaises qu’il estime à une trentaine n’a pas manqué de soulever l’ire  de certains acteurs de la pêche artisanale maritime. Hier, lors de l’ouverture de l‘atelier sur l’élaboration du plan stratégique de la Plate­forme des acteurs non-étatiques  de la pêche artisanale et de l’aquaculture au Sénégal (Panepas), ils sont revenus sur ces statistiques. Pour Abdoulaye Ndiaye, des zones d’ombre persistent dans les accords de pêche entre l’Ue et le Sénégal. «Aujourd’hui, le Sénégal a renouvelé l’accord avec l’Union européenne, mais quand et comment le premier accord a-t-il été évalué ?   Avec qui ?  Donc là les acteurs ont besoin de savoir.  Quand  le président de la République nous dit qu’il n’y a pas de problème, nous travaillons avec l’Union européenne, c’est bien vrai. Mais dans le premier accord, on a vu qu’il y avait 38 bateaux ; dans le second, 45 navires. Techniquement, sur quoi on s’est basé pour amener le nombre de bateaux à 45. Dans le premier accord, le tonnage était arrêté à 14 mille tonnes par an. Dans ce présent, c’est 10 mille tonnes. Sur quoi on s’est basé ? Les pêcheurs ont besoin de savoir. Il ne faut pas se dire uniquement que ce sont des pêcheurs, ils n’ont pas besoin de savoir. On a besoin de savoir comment la ressource nationale est gérée», plaide Abdoulaye Ndiaye.
Quoi qu’il en soit, ces acteurs ont levé un coin du voile sur ces accords qui portent sur 28 thoniers senneurs congélateurs, 10 canneurs pour le thon, 5 palangriers pour le thon, 2 chalutiers pour le merlu, 800 mille euros liés à l’accès (tonnage de référence de 10 mille tonnes pour les thonidés) ; le volume de captures autorisé est de 1 750 tonnes pour le merlu noir et un appui sectoriel dont le montant augmente, passant ainsi de 750 mille euros/an à 900 mille euros/an.
Le président de l’Association pour la responsabilisation des acteurs de la pêche artisanale maritime (Aprapam), Gaous­sou Guèye, a quant à lui rappelé que les Sénégalais consomment très bien le riz au thon. «Le Président Sall a dit qu’il ne connaissait pas le merlu, mais je lui rappelle que le merlu noir est pêché  à Cayar et un peu au nord et on l’appelle communément ‘’banana’’ chez nous et qui est consommé même par certains Sénégalais. Donc, le problème, il ne s’agit pas d’avoir un ‘’thiébou thon’’, mais es­sayer de voir comment développer une pêche thonière au Sénégal qui va renforcer l’économie de notre pays et assurer la durabilité de la ressource et créer des emplois. Pourquoi ne pas faire la promotion de la pêche artisanale thonière qui est très possible, parce qu’il y a certains pêcheurs artisanaux qui pêchent ce thon-là à l’image du Ghana et d’autres pays comme la Côte d’Ivoire et les Seychelles où les pêcheurs artisanaux pêchent le thon et nos pêcheurs, avec leur  professionnalisme, peuvent bien le faire ? Donc autant réfléchir sur ça et les accompagner en ce sens. A mon avis, c’est là où réside le débat», a suggéré Gaoussou Guèye.
Au-delà de la flotte étrangère, le chef de l’Etat avait aussi parlé des bateaux sénégalais. «Le président de la République a déclaré qu’il y avait 125 bateaux qui sont sous licence au Sénégal et qui appartiennent à des Sénégalais en société mixte. Qui sont ces Sénégalais ? Comment ont-ils fait pour avoir ces bateaux ? Pourtant dans le rapport de la Direction de la pêche maritime (Dpm) de 2019, on nous parle de 195 bateaux. Au ministère de la Pêche et de l’économie maritime, on nous parle de 126 ou 131 bateaux. Quel est le bon chiffre ?», s‘interroge le président de l’Aprapam. Lequel rappelle que le Sénégal avait pris l’engagement en 2016 d’adhérer à l’Initiative pour la transparence dans le secteur de la pêche  (Fiti). Cette adhésion devrait se traduire aujourd’hui par une transparence dans  l’accès à l’information.
Ainsi demande-t-il la publication de la liste des navires qui opèrent au Sénégal, mais aussi de l’organisation d’un Conseil présidentiel sur la pêche… Les Sénégalais sauront s’il y a 125 bateaux, 130 ou 195 et les pêcheries ciblées.
A l’unisson, ces acteurs déclarent qu’ils ne savent pas sur quelle base l’accord entre le Sénégal et l’Ue a été renouvelé, car depuis 2015 le Sénégal n’a pas fait l’évaluation de sa ressource halieutique. «Donc sur quelle base scientifique on a renouvelé l’accord avec l’Union européenne ? Quelle a été la position de nos scientifiques ? Cet accord doit être évalué d’une manière scientifique, technique et même financière. Surtout, il ne faut pas confondre la liste des navires que nous demandons avec le registre des navires au niveau de la Commission sous régionale. La liste concerne les navires qui opèrent au Sénégal et le registre des navires se trouve à la Commission sous régionale qui a son siège au Sénégal et à laquelle adhèrent sept pays», précise M. Guèye.

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