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Le procès fleuve d’imam Alioune Badara Ndao et ses co-accusés a pris fin, ce jeudi, avec des fortunes diverses. Les peines varient de 5 ans à 20 ans de travaux forcés. Bien que condamné à 1 mois avec sursis pour détention d’arme, imam Ndao a été acquitté des chefs d’accusation liés au terrorisme. La plus grande peine a été infligée à Matar Diokhané, présenté comme le cerveau de la bande. Le groupe composé de Coumba Niang, Amy Sall, Mariame Sow, Alioune Badara Sall, Daouda Dieng, Boubacar Decoll Ndiaye, Oumar Keïta, Mor Mbaye Dème, Mamadou Moustapha Mbaye, Alpha Diallo, Pape Kibili Coulibaly, El Hadji Mamadou Bâ, Moustapha Diatta, Ibrahima Hann a été acquitté. Les condamnés de ce procès dont le délibéré a été rendu hier sous haute sécurité, ont 15 jours pour faire appel.

Le juge l’a cru : depuis le début, imam Alioune Badara Ndao, figure emblématique du procès lié au terrorisme, a toujours clamé son innocence établi ensuite à la barre par ses avocats. Il a été finalement acquitté des chefs d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, apologie du terrorisme, blanchiment de capitaux, détention d’armes et de munitions sans autorisation. Alors que le Parquet avait requis à son encontre 30 ans de travaux forcés. Hier, sa joie était à la hauteur de son soulagement, après avoir entendu le délibéré et retrouvé sa famille dans l’après-midi d’hier. Le mois assorti d’un sursis auquel il a été condamné pour détention d’arme de la 2eme catégorie sans autorisation administrative et la confiscation au profit du Trésor de ses 14 mille euros consignés deviennent presqu’anecdotiques. Il est ainsi libre après 3 ans de détention préventive.
La date d’hier était très attendue après la surmédiatisation de cette affaire. Alors pour éviter tout débordement après le verdict, toutes les dispositions ont été prises. Pour rentrer dans l’enceinte du Palais de justice, il fallait montrer patte blanche. La police, qui a érigé des barrières, a procédé à des fouilles minutieuses. D’un côté le long fil formé par les hommes, de l’autre celui des dames. Après le contrôle soumis à la porte d’entrée principale, sacs et autres objets passent au scanner sous l’œil de deux gendarmes confortablement assis à la deuxième porte. Pendant ce temps, leurs collègues, fusils en main, jettent un regard aux personnes qui franchissent le portique de sécurité. Au fur et à mesure que les minutes filent, le hall se remplit petit à petit. A l’entrée de la salle 4 où se déroulait le procès, à gauche, les hommes déposent tout ce qui est matériel dans une boite. A droite, même procédé pour les femmes. Seuls journalistes et avocats sont admis avec leurs bagages.
Ici la sécurité est très renforcée. On y voit des éléments de la gendarmerie la main sur la gâchette à chaque coin. Avant que le juge ne démarre la lecture de son délibéré, quelques-uns se sont placés entre les membres de la Chambre et le public. «La Chambre acquitte Alioune Ndao des crimes…» A peine ces mots prononcés par le juge Samba Kane, les souteneurs du guide spirituel sautent de joie en scandant Alahou Akbar. A cet instant, le sourire était sur toutes les lèvres. Ils pensaient tous qu’il s’agissait de la décision finale. Mais imam Ndao dans son boubou blanc traditionnel et ses co-accusés gardent leur sérénité devant. «Silence ! Silence ! Silence ! Il faut attendre la fin pour savoir ce que le Tribunal a décidé», exhorte le juge Samba Kane. Et le public s’est vite plié au respect de la solennité de l’audience. Après le retour au calme, le juge poursuit sa lecture en indiquant que Alioune Badara Ndao est acquitté des crimes d’acte de terrorisme, de financement de terrorisme en bande organisée, d’apologie du terrorisme, de blanchiment de capitaux, de détention de munitions sans autorisation administrative.
Si le juge l’a blanchi, son co-accusé Matar Diokhané, présenté comme le cerveau du groupe, n’a pas été épargné même s’il échappe à la perpétuité. Il a été condamné à une peine de 20 ans de travaux forcés. Il a été reconnu coupable de crime d’acte de terrorisme par association de malfaiteurs. Même chef d’accusation retenu contre Mamadou dit Mohamed Ndiaye, Omar Yaffa, Ibrahima Diallo, Abdoul Aziz Dia, Mohamed Lamine Mballo, Latyr Niang, Lamine Coulibaly, Abou Diallo, Cheikh Ibrahima Bâ, Ibrahima Mballo, Abdou Akime Mbacké Bao et Saliou Ndiaye. En revanche, Mamadou dit Mohamed Ndiaye, Ibrahima Diallo et Abdou Akim Mbacké Bao ont écopé de 15 ans. Les nommés Oumar Yaffa, Abdoul Aziz Dia, Lamine Coulibaly, Abou Diallo, Cheikh Ibrahima Bâ et Ibrahima Mballo ont pris 10 ans de travaux forcés. Et le trio, Mohamed Lamine Mballo, Latyr Niang et Saliou Ndiaye, a écopé 5 ans de travaux forcés.
Par ailleurs, Te tribunal a acquitté Matar Diokhané, Oumar Yaffa, Ibrahima Diallo, Abdoul Aziz Dia, Mamadou Lamine Mballo, Latyr Niang, Lamine Coulibaly, Abou Diallo, Cheikh Ibrahima Bâ, Ibrahima Mballo, Abdoul Akime Mbakcé Bao, Saliou Ndiaye des crimes de financement du terrorisme en bande organisée, blanchiment de capitaux, actes de terrorisme par attentat et complot. Le groupe composé de Coumba Niang, Amy Sall, Mariame Sow, Alioune Badara Sall, Daouda Dieng, Boubacar Decoll Ndiaye, Oumar Keïta, Mor Mbaye Dème, Mamadou Mous­tapha Mbaye, Alpha Diallo, Pape Kibili Couli­baly, El Hadji Mamadou Bâ, Moustapha Diatta, Ibrahima Hann a été acquitté purement et simplement au grand bonheur de leurs proches.
Cependant le juge a ordonné la confiscation au profit du Trésor de la somme de 14 500 euros saisis sur Coumba Niang tout en demandant la restitution de tout bien ou objet appartenant aux accusés qui ont été acquittés. Samba Kane a également exhorté l’annulation du procès-verbal de première comparution de l’accusé Ibrahima Ndiaye et de facto ordonner sa libération d’office. Les autres exceptions tirées de l’illégalité des poursuites comme mal fondées et la demande d’expertise formulée par Abdoul Aziz Mbacké Bao ont été toutes rejetées. A la fin du délibéré, Me Moussa Sarr, avocat d’imam Alioune Ndao, n’a pas caché sa satisfaction. «Nous avons toujours dit, on ne peut pas condamner quelqu’un sur la base de simples spéculations, de simples allégations, de simples insinuations», clame le conseiller de M. Ndao.

Le juge condamne Matar Diokhané à 20 ans de travaux forcés
Dans la foule, certains, envahis par la joie, ont versé des larmes. Pendant ce temps, d’autres, en pleurs après la condamnation des leurs, sont consolés. «Pour faire condamner quelqu’un, il fallait que le procureur qui l’a fait arrêter rapporte la preuve matérielle et confondante que imam a commis un fait infractionnel. Vous avez constaté durant ces deux mois de procès qu’il n’y aucun fait matériel qui a été imputé à imam Alioune Ndao. Par conséquent, c’est tout à fait normal et logique qu’il soit acquitté», poursuit Me Moussa Sarr. Un sentiment partagé aussi par Me Assane Dioma Ndiaye, avocat de Oumar Keïta. Il dit : «La Chambre criminelle a écouté les avocats. Il ne fallait pas répondre aux sirènes de l’exagération, de la disproportionnalité. Nous avons demandé que les accusés soient jugés par rapport aux actes objectifs qu’on pourrait leur reprocher. Finalement, il s’est révélé qu’il y a eu peu de choses dans ce dossier. Tout s’est écroulé comme un château de cartes. Ce sont des boules d’air qui avaient été lancés certainement par un souci de consommation extérieure. Mais en réalité, la plus grande partie, presque les ¾ des accusés, on ne pouvait rien leur reprocher. Et la Cour a été très sage.»
Habillé d’un boubou de couleur blanche, Abdoulaye Ndao, sevré de son grand-frère depuis un long moment, s’est fondu en remerciements à l’endroit des personnes qui ont soutenu sa famille dans cette épreuve. Même les Forces de l’ordre qu’il a croisées sur le chemin menant vers la sortie ont été remerciées par le frangin de imam Ndao. A compter d’hier, les condamnés ont encore 15 jours pour interjeter appel.
Le procureur, Aly Ciré Ndiaye, avait requis 30 ans de travaux forcés contre imam Alioune Badara Ndao. Il avait demandé les travaux forcés à perpétuité à l’encontre des accusés Matar Diokhané, Lamine Coulibaly, Cheikh Ibrahima Bâ, Oumar Yaffa, Ibrahima Diallo, Abdoul Aziz Dia, Abou Diallo, Mohamed lamine Mballo, Latyr Niang, Ibrahima Mballo, Abdou Akim Mbacké Bao. Pour ce qui est de Moustapha Diatta et de Saliou Ndiaye, le ministère public avait sollicité une condamnation à 20 ans de prison ferme. Pape Kibili Coulibaly, Ibrahima Ndiaye, El Hadji Mamadou Bâ, eux 15 ans. Pour Coumba Niang, il avait suggéré 10 ans, Amy Sall et Alioune Badara Sall, 5ans. Et pour le cas des nommés Mariame Sow, Ibrahima Hann, Alpha Diallo, Oumar Keïta, Mor Mbaye Dème, Mamadou Moustapha Mbaye, Boubacar Decoll Ndiaye et Daouda Dieng, le ministère public avait requis leur acquittement pur et simple.
msakine@lequotidien.sn

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