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Le Président élu de Gambie, Adama Barrow, attend encore de prendre les rênes du pouvoir. Le Président Yahya Jammeh, battu à la Présiden­tielle, lui a promis de préparer la passation des pouvoirs. En attendant, M. Barrow consulte, discute avec ses amis et proches. Il évoque dans cet entretien les bonnes relations qu’il entend développer avec le Sénégal et le Président Macky Sall.

M. le Président, qu’avez-vous ressenti après avoir appris que vous avez gagné la Présidentielle ?
Ce fut un énorme plaisir. Je rends grâce à Dieu parce que gagner une élection en Afrique et surtout en Gambie n’est pas chose aisée. Les Gambiens aussi pensaient que ce n’était pas possible, mais on l’a réalisé. En fait, tous les Gambiens se sont investis pour qu’on réalise cette alternance. Je voulais aussi saluer l’implication de la diaspora gambienne et les réseaux sociaux. Parce qu’on a réussi à atteindre certains électeurs grâce à eux pour partager notre programme et conscientiser les Gambiens.

Adama Barrow n’était pas, jusqu’à son élection, un homme politique connu. Quel est votre secret ?
Il n’y a pas de secret. Il s’agit juste d’une volonté divine. Je n’ai jamais prié pour devenir président de la République. J’ai toujours fait de la politique. En 2007, j’ai été élu député et on m’a choisi ensuite pour devenir le secrétaire exécutif du parti, puis trésorier et ensuite leader du parti dans ma région avant que le congrès (Udp) de mon parti ne me choisisse comme candidat à la Présidentielle. Mais je n’ai jamais réclamé de poste parce que je me disais toujours que si notre parti arrivait au pouvoir, je voudrais continuer à m’occuper de mon business. Peut-être dans ce cas j’aurais espérer être soutenu dans mes affaires. Et en cas de défaite, je me résoudrais toujours à poursuivre mon business. C’est dire que je ne songeais pas être candidat à l’élection présidentielle encore moins la remporter. Et si on perd aussi, je ne serais plus le secrétaire exécutif du parti et que je continuerais à m’occuper de mon business même si je restais au sein du parti.

Alors que le leader de l’Udp, Usainu Darboe, était en détention…
Son arrestation a tout changé. On a tout fait pour qu’il soit libéré. Comme toutes nos initiatives n’ont pas prospéré, on a concentré nos efforts sur le combat politique en pensant que si on gagnait l’élection, il allait sortir. Nous avons organisé deux grands meetings. Après ces deux meetings, les Gambiens ont compris que nous étions déterminés à aller jusqu’au bout.

Souvent l’opposition gambienne manquait de moyens pour battre campagne. Cette fois-ci, on peut dire que cela n’a pas été le cas ?
Etre dans l’opposition est difficile. Ceux qui ont les moyens n’osent pas vous soutenir en pensant aux représailles du pouvoir alors que d’autres pensent que l’opposition ne peut pas gagner. C’est un ensemble de problèmes que nous devions affronter. Mais on avait cru à nos chances et on était déterminé à gagner l’élection. J’ai dû faire des prêts bancaires pour financer la campagne.

Le fait que Yahya Jammeh reconnaisse sa défaite ne vous a-t-il pas  surpris ?
Non ! Cela ne m’a pas du tout surpris. C’est le Peuple souverain qui détient le pouvoir. Il a reçu des rapports de la National intelligence agency (Nia) et d’autres services secrets qui lui ont dit que les gens étaient prêts à tout.

Vous n’avez pas peur qu’il sabote la transition ?
Nous n’avons pas peur. Tous les actes qu’il posera seront illégaux parce que c’est nous qui sommes légaux. Nous sommes plus puissants que lui surtout que la communauté internationale nous soutient.

La loi dit que la passation de services doit se faire dans deux mois. Est-ce que ce ne serait pas mieux de réduire ce délai ?
Au bout d’un mois, il a dit qu’il va transmettre le pouvoir. Il nous a mis en rapport avec un ministre qui prépare la transition avec nous. Nous avons choisi aussi l’équipe qui doit gérer la transition. Je pense qu’il ne va pas nous rendre la tâche difficile.

Vous n’avez pas d’appréhensions par rapport à cette question ?
Il y a beaucoup de rumeurs, mais on ne va s’attarder sur ça. On croit à ce qu’il nous a dit surtout que nous sommes sûrs que nous avons gagné l’élection. Le pouvoir sera bientôt entre nos mains.

Vous avez eu à parler avec le Président Macky Sall. Quelles seront vos relations avec le Sénégal ?
Le Sénégal est un voisin. L’histoire nous unit et la religion est un ciment qui lie les deux pays. Le Sénégal est notre premier ami. Macky Sall a été le premier Président à m’avoir appelé pour me féliciter. Cela montre les relations amicales qui nous lient. Tous les Sénégalais et les Gambiens doivent continuer à cultiver ces relations.

Après votre élection, le Sénégal s’était engagé à assurer votre sécurité. Com­ment appréciez-vous ce geste ?
J’ai discuté avec Macky Sall qui m’a dit qu’il va nous soutenir et nous appuyer dans toutes nos initiatives.

Vous dirigez une coalition électorale assez élargie. Est-ce que vous n’allez pas oublier la diaspora dans la gestion du pouvoir ?
Personne ne sera exclu et chaque citoyen aura son rôle à jouer.

Quelles seront les premières mesures que vous allez prendre ?
L’économie est une urgence dans ce pays. La santé, l’éducation, l’agriculture et l’élevage sont aussi dans une situation moribonde. Tout est priorité.

Il y a des Gambiens qui ont de sérieux contentieux avec le régime sortant. Qu’allez-vous faire pour régler leurs problèmes ?
Nous allons étudier tous les dossiers pour savoir les tenants et aboutissants. On prendra ensuite les décisions qu’il faut.

Vous avez dit que la justice est indépendante en Gambie. Vous allez laisser tout cela entre ses mains ?
La justice est indépendante et elle travaillera sans pression parce qu’elle doit protéger tout le monde.

Vous n’avez pas peur de vivre avec Jammeh s’il devait rester à Kanilai ?
(Rires). Je n’ai pas peur. Vous ne pensiez pas que cette victoire était possible. C’est pour cette raison que je n’ai pas peur.

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