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Lundi 15 juillet 2019, nous nous trouvions en Egypte, aux bords du Nil et précisément aux pieds des Pyramides, à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations de football. Nous venions de passer une nuit en éveil à faire le débriefing de la victoire de notre onze national sur la Tunisie, en compagnie d’un groupe d’amis. Au petit matin, à l’heure du petit-déjeuner, pendant que nous nous délections encore des effluves de cette victoire, me parvint d’un proche resté au Sénégal un message laconique que je lisais et relisais sans pouvoir l’accepter ni y croire.
Mon ami, mon frère, mon leader, ma référence politique venait de mettre un terme unilatéralement et définitivement à nos échanges qui irriguaient ma pensée, inspiraient ma démarche quotidienne et constituaient le suc et la sève de ma pratique politique.
Que ce fut difficile pour moi, car régulièrement, après chaque rencontre du Sénégal, j’échangeais avec le défunt par l’entremise de son épouse Arame Diouf ; il ne manquait jamais de me demander de transmettre à l’encadrement et aux joueurs ses félicitations et ses encouragements.
Tanor était véritablement un sportif au sens large ; toutefois dans son éclectisme sportif, il gardait un intérêt particulier pour le football, révélant dans nos discussions une expertise technique réelle.
Je nourrissais le secret espoir, et avec moi toute la délégation en Egypte, de pouvoir revenir au Sénégal avec le trophée de la Can, ce qui, à mes yeux, allait le soulager de sa maladie.
Malheureusement la mort, impitoyable, implacable, venait de mettre en berne notre vœu.
Je comprends dès lors et partage aujourd’hui l’inconsolable chagrin de mes compatriotes, causé par cette fin prématurée de la relation quasi fusionnelle que Tanor entretenait avec tous ceux qui l’ont connu, côtoyé ou rencontré. Les plus grandes douleurs sont généralement les plus muettes. Au-delà du foot, du sport en général, son amour et sa disponibilité pour la jeunesse ne faisaient l’ombre d’un doute. Il nous quitte, en laissant dans sa corbeille beaucoup de projets en direction du football amateur et du mouvement navétane (Oncav). Les Présidents Abdoulaye Sow et Amadou Kane peuvent en témoigner.
Il a été le pionnier, voire le premier agent marketing des Lions du football ; la brillante épopée de la Jeanne d’Arc sous la direction du président Omar Seck a bénéficié de son accompagnement discret et efficace, n’est-ce pas Ousmane Dieng ? Il répondait à toutes les sollicitations sans discrimination. Le mouvement sportif, toutes disciplines confondues, lui doit une reconnaissance éternelle ; il aidait, consolait, prodiguait des conseils avec une extrême discrétion, il assistait ses camarades et compatriotes en toute occasion heureuse ou malheureuse.
C’est pourquoi il me paraît vain, illusoire dans ce douloureux devoir qui m’incombe de livrer ma part de témoignage de cette Oasis de valeurs, de prétendre à l’exhaustivité sur cet homme aux qualités innombrables et insondables, sur ce leader multidimensionnel à qui, comme Térence, rien d’humain n’était étranger.
Du père de famille à l’homme d’Etat en passant par le sportif et le chef de parti, Tanor était tout à la fois ; il a donné sans compter ses forces, son intelligence et ses conseils.
A l’excellent père de famille, au bon serviteur du sport, à l’homme d’Etat, au leader politique ainsi nous rendons un hommage bien mérité. Il se distinguait par un attachement viscéral à ce corpus de valeurs bien de chez nous (courage, fidélité, justice sociale, solidarité et surtout respect de la parole donnée) et avait une aversion sans limite pour le mensonge, la médisance.
En bon disciple de Socrate, il ne voulait entendre que ce qui est vrai, bien et utile.
C’est le leader politique qui écoute, partage avant de prendre une décision. Il donnait des conseils sans condescendance ni morgue et indiquait des orientations avec humilité et cette franchise qui le séparait de ceux-là même qui professaient à profusion que la politique est le lit et le champ de ruses, d’antivaleurs où ne prospéraient que la félonie et les contrevérités.
Combien de cadres ont été séduits par son comportement et son discours au point de se lancer dans la politique au sens grec du terme d’autant qu’il se plaisait à leur rappeler cette belle citation de Platon : «L’un des préjudices d’avoir refusé de prendre part à la vie politique est que vous finissez par être gouvernés par vos subordonnés».
Il a été pour nous le guide, la boussole qui oriente et éclaire ; toutes ses actions étaient planifiées, programmées dans le temps et l’espace. Organisé et méthodique, il abhorrait le travail mal fait ou bâclé. Il nous a appris la patience, la persévérance et l’endurance.
Point de précipitation ni d’empressement. En tout, il faut saisir la pertinence et l’opportunité pour en apprécier l’efficacité.
Le Ps perd en lui un leader pétri de qualités réunissant dans son leadership les aptitudes et les attitudes lui ayant permis de nous laisser en héritage un instrument bien structuré, vertébré par des textes clairs et non équivoques.
Son souvenir reste pour nous un exemple chanté ici comme à l’extérieur. Ousmane a été l’architecte des Assises nationales, un acteur assidu et vigilant des travaux qui ont conduit à la seconde alternance et à la mise en place de la grande coalition Benno bokk yaakaar dont il demeure à jamais un des principaux artisans.
«La vie, disait Sénèque, ressemble à un conte ; ce qui importe ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur».
La vie de notre regretté Ousmane Tanor Dieng est une leçon éternelle pour tous ceux qui sont, non seulement dans l’arène politique, mais pour tous ceux qui sont doués de raison.
Tanor est en train de vivre dans la paix du dernier sommeil dans son Nguéniène natal.
Que sa famille biologique et politique dans sa vaste étendue trouve un réconfort dans les témoignages et hommages rendus par toute la Nation dans tous ses segments et par le monde entier ! Requiescat in pace OTD !
Papa Massar NDOYE
Membre du Bpet du Sen du Ps

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