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Macky Sall et Khalifa Sall ont toujours mené leur adversité par la voie électorale. Aux Locales, au Référendum et au Hcct. Mais aucun d’entre eux n’a jamais voulu prononcer le nom de l’autre. Le chef de l’Etat ne l’a cité, pour la première fois, que dans Jeune Afrique, soulignant que le Socialiste est «libre de partir». Et c’est aussi jeudi dernier seulement que le non moins adversaire de Tanor au Ps a accusé nommément le président de la République de le faire «déférer devant le procureur». La Sall guerre est officiellement ouverte.

Au début, c’était une histoire de petites intrigues socialo-socialistes. Un trio émergent, mais aux plans différents : Tanor, Khalifa Sall, Aïssata Tall Sall. Le premier a choisi le réalisme politique, après une évaluation de ses candidatures en 2007 et 2012. Et, à ses côtés, il y a un maire de Dakar qui ne cache pas ses ambitions, fœtales d’abord avec les Locales de 2009, et joue la carte du parrainage. «Tanor secrétaire général, moi le candidat du parti à la prochaine Présidentielle», c’était le rêve- d’aucuns parlent de «deal» du congrès- de Khalifa Sall qui a d’ailleurs écarté l’adversaire de Tanor, Aïssata Tall Sall, par un communiqué. Sans débat. Une décision que le chargé des Elections du Ps, Serigne Mbaye Thiam, invité des Marches du Quotidien cette semaine, trouve «illégale». Et Khalifa Sall qui disait à ses jeunes camarades de France qu’en politique, rien ne se donne, tout s’arrache, est aujourd’hui devant une telle situation, même s’il est vrai qu’il a arraché sa réélection à la Ville de Dakar avec sa propre liste, Taxawu Dakar. Lorsque Bamba Fall et Cie ont été arrêtés, il a dit à son mouvement And doolel Khalifa à Saint-Louis : «En politique, on ne se fait pas de cadeau. On aura devant nous des gens qui ne nous feront aucune concession.» L’autre façon de dire : «En politique, tous les coups sont permis». Parmi ces «gens» dont parle le secrétaire à la Vie politique du Ps, il y a Tanor et la direction du Ps. Quelques jours plus tard, c’est le patron du Ps qui, sans le nommer, lui répond à l’occasion de la sortie de la 3ème promotion des étudiants en Master 2 de la Fac de Droit de l’Ucad : «En politique, on ne fait pas la guerre. Je ne fais pas la guerre. Je cherche à convaincre pour faire triompher mes idéaux et mes convictions. Je peux avoir des adversaires politiques mais jamais d’ennemis. J’ignore jusqu’à l’idée de la haine qui est la pire ennemie de la démocratie.» Mais ça, c’est le langage diplomatique du diplomate qui a blanchi sous le harnais aux côtés de Senghor, puis de Abdou Diouf. Tanor de poursuivre : «La démocratie dépérit quand la violence devient le recours systématique à la place du débat d’idées, de la réflexion. C’est sans doute l’une des principales causes de la crise actuelle de la politique dans notre pays et les plus jeunes en sont les principales victimes.» Là aussi, c’est la référence au saccage de la Maison du parti, le 5 mars 2016.

Macky-Khalifa : On se parle enfin !
Parmi ces «gens» dont parle Khalifa Sall, il y a aussi sans doute Macky Sall. C’est une première que le maire de Dakar cite nommément le chef de l’Etat qu’il accuse d’ailleurs «pour la gestion de la caisse d’avance de la mairie, de (le) déférer devant le procureur» suite au rapport de l’Ige. Et c’est vrai que les vérificateurs dépendent de la présidence de la République. Il faut relever que jusqu’ici, il s’est gardé de faire dans la «personnalisation» et préférait les allusions : «le pouvoir», «le régime en place», «les autorités»…, qui l’empêchent de travailler depuis «qu’on (lui) a prêté des ambitions». Et quand, pour ces raisons, il va jusqu’à «regretter Wade», c’est une pique à Macky Sall qui ne sous-estime pas l’enjeu de Dakar pour les Légis­latives. C’est quand même un ancien directeur de campagne qui a raflé presque tous les sièges de la 11ème législature. Mais parce qu’aussi, le maire de Dakar contrôle la capitale depuis les dernières Locales et a raflé les 3 sièges du Hcct que dirige son camarade que le leader de l’Apr et de Benno bokk yaakaar ne lésinera pas sur les moyens pour le freiner. L’enjeu de l’audition prochaine du maire de la capitale est capital. Il s’agira pour lui de ne pas prêter le flanc sur cette affaire de gestion de la caisse d’avance, au risque de faire oublier son jeu de transparence. Parce qu’en politique, les fautes ou les erreurs se paient cash et l’argument de la convocation de ses prédécesseurs ne saurait être une excuse pour les enquêteurs. Cette caisse d’avance, comme celle autrement qualifiée pour le président de la République, est une caisse noire… de monde pour un politique. Disons électoral.
Pour la première fois aussi, Macky Sall a prononcé le nom du maire de Dakar. C’était lors d’un entretien avec Jeune Afrique en fin décembre dernier. «Je suis un démocrate et un libéral, je n’exigerai jamais que quelqu’un me suive aveuglément. Donc, s’il y a des gens au sein de notre coalition qui ne sont pas d’accord, ils sont libres de partir. Cela vaut aussi pour Khalifa Sall. Je n’ai aucun problème avec ça. Seulement, il faut assumer sa rupture. Je tends la main à tous les Sénégalais, de quelque bord qu’ils soient, pour nous accompagner», lâchait-il. Alors que lors de la fameuse conférence de presse d’avril 2015 à Kaffrine, le président de la République avait déclaré, concernant Karim Wade et Khalifa Sall qui seraient ses adversaires : «Je ne vois pas pourquoi je vais citer un  tel et laisser un tel autre. Pourquoi voulez-vous que je cite Moussa ou Demba et que je laisse les autres.» Mais, avertissait-il : «Le moment venu, on fera ce qu’il faut. Et je sais le faire parce que ce n’est pas un hasard qui m’a mis là où je suis. Je sais le faire, je sais me battre en politique. Même si je ne donne pas l’air de quelqu’un qui sait bien se battre quand il le faut.» Ce moment est venu !

Khalifa Sall comme Idrissa Seck ?
Khalifa Sall n’est pas Idrissa Seck, le fils putatif qui a payé pour le «projet parricide» dont il a été accusé. L’ancien Premier ministre de Wade avait cette ambition prématurée déclinée par une «seckisation» dans certaines sphères de l’Etat. Mais Khalifa Sall aussi n’a pas mis la pédale douce sur sa «route vers le sommet». Comme Karim Wade l’avait ostensiblement affiché. Ce n’est pas un reproche. C’est légitime d’ailleurs pour un maire sortant de défendre son bilan. Mais, très tôt, il a voulu pousser son parti, Tanor et tous ceux qui ont crû au slogan «gagner ensemble et gouverner ensemble», à retourner dans l’opposition, après 12 années de lutte sans merci avec Abdoulaye Wade, parfois sans mandats électifs pour faire des mandats à leurs militants. Il aura mis Dakar sous sa coupe. Une sorte de «cohabitation» locale dans une capitale à milliards qui, pour les Législatives de juillet, sera encore la mère des batailles. L’amère bataille. La «coïncidence troublante» ou la «concomitance» de son passage attendu à la Dic avec les déboires judiciaires de ses lieutenants (Barthélémy Diaz, Bamba Fall et d’autres de ses proches) annonce des lendemains «Sall» pour le «Khalifa». En attendant, il a un quelque chose de Idrissa Seck dans sa déclaration de jeudi : «J’ai la traçabilité du moindre franc distribué.» Comme l’autre l’avait dit autrement, avant d’aller à Rebeuss : «Aucun centime de détourné ne pourra m’être reproché.» Jusqu’à l’extinction du soleil ? C’est en tout cas la «Sall» guerre avant la Prési­dentielle.
hamath@lequotidien.sn

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