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En donnant le nom de Blaise Diagne au nouvel aéroport international de Diass et en supprimant l’ancien aéroport international Léopold Sédar Senghor de Dakar pour en faire un centre d’affaires, le Président Abdoulaye Wade avait voulu, en réalité, s’attaquer à la mémoire du Président Senghor, afin de diminuer ou de modifier son influence prégnante dans la mémoire collective sénégalaise, africaine et mondiale. Pour le «pape du Sopi», Blai­se Diagne est son propre modèle, pour avoir été libéral et défendu la cause noire, bien que le premier député noir soit un assimilationniste, pour ne pas dire un collaborateur attitré de colonialistes contre la résistance des peuples africains. Cependant, bien avant lui, des Sénégalais se sont opposés à la pénétration coloniale par des faits d’armes indéniables dignes des grandes gloires héroïques de ce monde, tels que El hadji Oumar Foutiyou Tall et son fils Amadou, Maba Diahou Ba, Fodé Kaba Doumbia, Lat Dior Ngoné Latyr ou Lamine Senghor mort dans les geôles françaises pour avoir été à la base de la naissance de la gauche patriotique et anti impérialiste et dont on vient de fêter le 128ème anniversaire, ce 15 septembre 2017.
Le fait politique majeur qu’on pourrait reprocher à Blaise Diagne en tant que député noir et qui a impacté négativement l’histoire du continent, est d’avoir contribué au recrutement en masse de ressortissants sénégalais en dehors des quatre communes, pour servir de chair à canon, en première ligne, contre les armées allemandes, lors de la première guerre mondiale. Au demeurant, la loi française de l’époque interdisait le recrutement de non citoyens français qualifiés d’indigènes dans l’armée coloniale, ce qui avait valu au capitaine au long cours Van Vollen­hoven qui défendait leur non-incorporation, con­trairement à Blaise Diagne à la solde de Clemenceau, son éviction du gouvernorat de l’Aof et sa mort arme à la main au front algérien, à la tête de troupes combattantes.
Pourtant, Senghor ne s’était jamais opposé à la mémoire de Blaise Diagne, tout au contraire, il a amplifié sa lutte antiraciale au plan politique par l’émancipation et la libération du peuple noir et contre la balkanisation du continent, tout en demeurant né­gro africain et socialiste, con­formément aux valeurs africaines communautaristes .
Il reste vrai que les deux modèles sont totalement différents au plan culturel et au plan politique, mais, vouloir imposer aux Sénégalais le modèle extraverti de Blaise Diagne en baptisant le nouvel aéroport de son nom et en supprimant l’ancien aéroport qui porte le nom de Senghor dont le modèle culturel et politique reste ancré dans les valeurs africaines traditionnelles, c’est vouloir refaire l’histoire selon ses propres désirs politiques.
Nous comprenons qu’en arrivant au pouvoir en 2000, le Président Abdoulaye Wade est resté un opposant culturel et politique à Senghor. Si bien que les raisons fondamentales ayant présidé au choix de la personne de Blaise Diagne pour porter le nom du nouvel aéroport et supprimer l’ancien aéroport international de Dakar qui porte le nom de Senghor, sont intimement liées à sa propension de tout ramener à lui et de refaire l’histoire du Sénégal selon son propre modèle à lui.
En effet, le Président Abdou­laye Wade avait voulu déconstruire tout ce qui était bâti au plan culturel, politique et économique par ses prédécesseurs dans le but d’imprimer sa touche personnelle sur plusieurs faits historiques. Son ambition cachée était de réinventer la roue, caractérisant bien chez l’homme un égocentrisme dévastateur qui le rend prisonnier d’un long passé politique oppositionnel truffé d’embuches.
Durant les vingt sept ans d’opposition aux Présidents Senghor et Diouf, le Président Abdoulaye Wade avait voulu subtilement revenir sur plusieurs dénominations relevant du patrimoine historique commun, de même qu’il a eu à faire disparaître la communauté urbaine de Dakar ou d’autres symboles culturels ou économiques relevant de la gestion de ses prédécesseurs.
Le problème du Président Abdoulaye Wade est de vouloir refaire l’histoire et de prendre sa vengeance, contrairement au Président Senghor qui avait voulu construire et qui a tant œuvré pour l’objectif. Il est évident que si l’inauguration du nouvel aéroport était effective durant son magistère, le nom de Léopold Sédar Senghor serait disparu d’une porte d’entrée du Sénégal avec la disparition de l’aéroport international de Dakar, transformé en centre d’affaires. On aura beau essayer, mais, on ne pourra jamais substituer Senghor par Blaise Diagne dans la mémoire collective.

Kadialy GASSAMA – Economiste – Rue Faidherbe x Pierre Vergera – Rufisque

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