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Poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation dans l’affaire Batiplus, Cheikh Yérim Seck fera face à un juge d’instruction aujourd’hui. Le Parquet, qui a demandé l’ouverture d’une information judiciaire, a aussi requis son placement sous mandat de dépôt. Cette arrestation indigne le Synpics et le Cdeps qui rappellent qu’un délit de presse ne devrait pas faire l’objet «de mesures privatives de liberté».

Cheikh Yérim Seck, qui a passé une deuxième nuit loin des siens, sera ce matin à nouveau dans la cave du Palais de justice de Dakar. A cause d’un retour de Parquet, il fera face ce mercredi à un juge d’instruction après que le procureur de la République près le Tribunal régional hors classe de grande instance de Dakar a demandé l’ouverture d’une information judiciaire et requis son placement sous mandat de dépôt. Poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation, le journaliste fait face à son destin qui est entre les mains du magistrat-instructeur. Va-t-il suivre le réquisitoire du Parquet ou le placer sous le contrôle judiciaire ? Il sera fixé aujourd’hui.
En tout cas, les choses sont allées très vite dans ce dossier. Il a été placé en garde à vue dès le premier jour de son audition avant qu’il ne soit déféré le lendemain. Un signe très clair de la diligence que le ministère public accorde à l’affaire Batiplus qui vaut au journaliste ses déboires actuels.
Invité à s’épancher sur la question, Yérim Seck a déclaré que la gendarmerie avait saisi 4 milliards Cfa. Mais la famille Farés aurait fait jouir ses relations et s’est vu restituer 3,4 milliards Cfa. Il a même accusé le ministre de la Justice d’être juge et partie, car c’est son cabinet d’avocats qui conseille la famille Farés. Cheikh Yérim a même expliqué que toute demande introduite par le cabinet du ministre de la Justice est systématiquement approuvée, contrairement à l’autre partie qui voit ses requêtes rejetées. Faisant le lien entre le Hezbollah et la famille Farés, Cheikh Yérim Seck a annoncé que 3 autorités sénégalaises seront visées par un mandat d’arrêt international qui sera lancé par les Etats-Unis.

Indignation des organisations de presse
En attendant la suite que le juge d’instruction va donner à ce dossier, le patron de Yérim Post peut compter sur le soutien de ses confrères. Le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics), qui parle de «démarche inopportune», rappelle que «l’affaire pour laquelle le journaliste est entendu est pendante devant la justice et fait déjà l’objet de plusieurs traitements dans les médias». Le Synpics, qui a eu un échange avec Yérim Seck et son avocat, avance que le journaliste «est accusé d’avoir divulgué des informations qui sont contradictoires avec le contenu d’un procès-verbal d’enquête de l’affaire dite Batiplus. Son audition a essentiellement tourné sur la source de ces informations et les preuves y afférentes». Et le syndicat des hommes de médias rappelle un principe sacro-saint dans la profession journalistique : «La protection des sources d’information du journaliste est la base de la liberté de presse et constitue un pilier essentiel de la déontologie journalistique. Par conséquent, il ne saurait en aucune manière être demandé à un journaliste de trahir ses sources. De même, la preuve d’une information liée à une source à protéger ne saurait également être exigée à un journaliste.»
Dans le même ordre d’idées, le Cdeps «considère que l’emprisonnement d’un journaliste, alors que les faits ne sont pas encore établis, suscite une inquiétude quant à la liberté de la presse et celle d’expression». Surtout en cette période de pandémie du coronavirus, dit-il, l’emprisonnement semble encore plus inadapté. Pour le patronat de presse, «cette situation pose encore aujourd’hui la nécessité de la dépénalisation ou ‘’déprisonnalisation’’ des délits de presse». Il reste convaincu que «l’emprisonnement du journaliste Cheikh Yérim Seck serait un acte d’un autre âge dans une société démocratique» et exige sa libération immédiate pour qu’il puisse comparaître libre devant un Tribunal en cas de jugement. Reporters sans frontière a pour sa part rappelé sur Twitter que «les délits de presse présumés ne devraient pas faire l’usage de mesures privatives de liberté».

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