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Le Parquet a requis 5 ans ferme contre Lat Ndoye et Baye Thiaw et 2 ans dont 6 mois ferme contre les autres  personnes poursuivies, après avoir disqualifié les faits en complicité pour Jean Baptiste Médar Sagna et Onacis Bassame. Les prévenus qui comparaissaient hier pour coups mortels ayant entrainé la mort sans l’intention de la donner et complicité.

Qui a tué Chérif Ndao ? En tout cas, la mort de ce sapeur-pompier reste encore entourée d’un voile de mystère. Les sapeurs-pompiers Lat Ndoye, Baye Thioye, Jean Batiste Médar Sagna, Onacis Bassame sur qui pèsent les accusations ont tous nié les faits. Comparaissant hier devant le Tribunal militaire pour les chefs de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ils ont tous soutenu n’avoir jamais levé la main sur la victime encore moins sur un quelconque élève stagiaire. L’adjudant de compagnie Samba Hadji, poursuivi pour complicité ainsi que Cheikh Ndir, déclare l’avoir vu en dernier le 4 décembre à l’hôpital et que la victime lui a remis ce jour-là la somme de 10 000 F en guise de participation pour l’achat des maillots de la sortie de promotion.  Cependant, il précise n’avoir rien remarqué d’anormal chez lui. «Je le jure, il n’était pas dans l’état tel qu’il est présenté dans les photos», a-t-il dit la main levée vers le ciel.  Mais, il ajoute avoir de très bonnes relations avec le défunt qui est son camarade de classe. «Nous étions dans la même compagnie», a-t-il noté en soulignant qu’il était permissionnaire quand les élèves sont venus pour la formation.  Mais, il déclare en outre qu’il n’a jamais dit que Chérif Ndoye est un drogué et qu’il fallait le massacrer.
Interpellé à son tour, Baye Thiaw soutient qu’il avait pour mission d’encadrer et de former les élèves pour qu’ils passent à un autre grade. Pour ce faire, il s’est limité seulement à donner une formation militaire et professionnelle qui consiste à faire des exercices et à apprendre aux élèves comment éteindre le feu ou faire des interventions. Dans sa relation des faits, le caporal  Onacis Bassame a dit qu’il ne connaissait pas Chérif Ndoye au moment de la formation parce qu’ils étaient nombreux (330). Le sapeur, qui se targue d’avoir formé 2 promotions dit n’avoir jamais porté des coups à un élève et qu’aucun d’eux ne lui a jamais dit qu’il souffre d’un quelconque mal.  Abondant dans le même sens, Jean Baptiste Médar Sagna a aussi nié avoir torturé la victime.  Les mêmes dénégations sont aussi brandies par Lat Ndoye qui a reconnu cependant avoir versé de l’eau aux élèves et que cela fait partie, dit-il, de la formation.
En tout cas, les témoignages de Babacar Sow  contrastent avec les allégations des 4 gradés. Selon ses déclarations contenues dans le procès-verbal, il a vu les sieurs Lat-Ndoye et Baye Thiam «tendre par quatre» la victime, qui a réussi à prendre la fuite et entrer dans les toilettes. Mais, ils l’ont trouvée là-bas et chacun a pris une jambe, ils l’ont trainée jusqu’au lieu de la formation où ils l’ont encore «tendue par quatre». L’élève Masse Ndiaye soutenait aussi que Chérif Ndao, revenant de Kaolack  s’était enivré à Diourbel et avait égaré des documents médicaux. Chérif Ndao étant considéré ainsi comme un drogué, il a dit que Samba Hadji a demandé de le mettre à part et de le massacrer. L’élève Assane Diallo a quant à lui mouillé Jean Baptiste Sagna comme faisant partie des tortionnaires de Chérif Ndao.
Ces graves accusations n’ont pas été réitérées à la barre parce que tous les témoins n’ont pas déféré à leurs convocations. D’ailleurs, l’agent judiciaire de l’Etat a demandé de renvoyer cette affaire pour la comparution des témoins. Une requête à la quelle le juge n’a pas accédée.

Dr Gisèle confirme «la mort naturelle»
Selon les témoignages du médecin-colonel Mamadou Mansour Fall, en poste à l’Hôpital Principal et qui a conclu à la mort violente dans son rapport, la victime a été admise dans leur établissement à 6 heures du matin. Chérif Ndao, dit-il, était en ventilation artificielle et sous respiration. Quand on lui a présenté la victime dit-il, elle présentait des lésions localisées à gauche, au dos. Il avait aussi des brûlures, poursuit-il, au niveau de la fesse gauche et des brûlures étendues sur la fesse droite. Il présentait, ajoute-il, une notion de traumatisme et était vulnérable. Mais pour déterminer la cause de la mort, reconnait-il, il faut une autopsie.
Mais ces conclusions diffèrent de celles faites par Dr Gisèle Woto Guèye de l’Hôpital Aristide Le Dantec, qui a conclu à une mort naturelle.  «Nous avons fait, l’autopsie, il n’ya que des lésions superficielles. Nous n’avons pas trouvé de lésions profondes. Il a été trouvé un cœur plus gros et une hypertrophie du foie entrainant une embolie. On a conclu  à une mort naturelle par défaillance cardiaque et embolie pulmonaire», a-t-elle réitéré.  Ce que confirme Dr Ibou Thiam qui renseigne que la victime avait perdu trois dents dont l’une a été trouvée dans son estomac.
Interpellée sur les conclusions du médecin anesthésiste Pr Bacary Diatta, qui parle de lésions profondes, Gisèle Guèye pense qu’il devait plutôt dire avec suspicion de lésions profondes. Car on ne peut à l’œil savoir si les lésions sont profondes sans procéder à une incision. Parlant aussi de mort violente, Dr Gisèle précise qu’elle peut être due à un accident ou à une strangulation. Dans sa déposition, le médecin Cl Ibrahima Ndao renseigne que la victime ne présentait aucune maladie avant la formation. «Il était apte et c’est moi qui l’ai diagnostiqué personnellement», a-t-il dit.

50 millions réclamés aux prévenus et à l’Etat
Pour le conseil de la partie civile Me Assane Dioma Ndiaye, le seul point noir de cette affaire est l’autopsie. Selon lui, même s’il s’agit d’une maladie dormante, ça peut avoir un déclencheur. Il  dit que ce n’était pas une mort volontaire, sinon on serait devant la Chambre criminelle. A en croire l’avocat, il ressort  des éléments du dossier que Cheikh Ndao devait amener des documents à Kaolack. Mais, il a fait un tour à Diourbel. Il a été arrêté par les gendarmes qui ont avisé ses supérieurs. Ainsi, il a été décidé de le massacrer. Et ceux qui ont appliqué cet ordre, dit-il, n’ont pas pris de recul. Estimant que ce sont des agents de l’Etat qui ont fauté, il a réclamé 50 millions F Cfa en guise de dommages en demandant de déclarer l’Etat civilement responsable.
Le Parquet  a demandé de disqualifier les faits en complicité pour Jean Baptiste Sagna et Onacis Bassam, de déclarer tous les prévenus coupables, de condamner Lat-Ndoye et Baye Thiaw à 5 ans ferme et les autres à 2 ans dont 6 mois ferme.
Le Commandant  Birame Wane  est revenu sur la rigueur de la formation qui, selon lui, n’est pas synonyme de tortures. Ce que confirme son frère d’armes, selon qui, sans la rigueur de la formation on ne peut pas vaincre l’ennemi. Mais, c’est Me Dramé qui crève l’abcès en indiquant qu’on ne peut pas donner plus de crédit aux constatations d’un anesthésiste et réanimateur sur celles d’un sachant en anathologie et pathologie. Dans aucun pays du monde, on confie une autopsie à un anesthésiste ou à un réanimateur.  Estimant qu’il n’y a jamais eu des preuves qui ont entrainé la mort de Chérif Ndao, les avocats de la défense ont plaidé à titre principal la relaxe. La décision sera rendue le 31 mars.
justin@lequotidien.sn

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