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Que sont devenues les organisations professionnelles des journalistes sénégalais ? L’affaire du colonel Kébé, un officier supérieur de notre Armée nationale, accusé sans nuance d’homosexualité par le quotidien «l’Observateur» sous la plume d’un journaliste connu pour ses dérives, Ndiaga Ndiaye, licencié du journal Le Quotidien et recruté ensuite par l’Obser­vateur de Youssou Ndour dont le tirage est passé de 100 000 exemplaires à 50 000.  Célèbre pour ses batailles courageuses pour l’avènement de l’éthique et de la déontologie journalistiques dans les années 90, dans un contexte politique et économique plus que difficile (parti-Etat Ps et ajustement structurel), dirigé par des journalistes émérites, Feu Ibrahima Fall, Mademba Ndiaye, Mame Less Camara, le syndicat des professionnels de l’information et de la communication sociale (Syn­pics) est devenu l’ombre de lui-même, s’activant actuellement pour des questions alimentaires, et omettant volontairement les questions d’éthique et de déontologie qui sont le pilier d’une presse saine, indépendante et responsable dans une démocratie qui se veut exemplaire en Afrique. Le Cored (Conseil pour l’éthique et la déontologie) est une coquille vide. Ses communiqués sont rarissimes quand il s’agit de monter au créneau afin de défendre les intérêts moraux de la profession. Analyse des dérives entretenues par la confusion et la complaisance dans notre noble profession…
Rappel des faits : le colonel Abdou Rahim Kébé est accusé dans une affaire de mœurs qui remonte à 1974. Le pré­tendu  journaliste Ndiaga Ndiaye -que beaucoup de confrères ne considèrent guère comme un alter ego-  affirme, sans nuance ni utilisation du conditionnel que cet officier supérieur a été accusé d’homosexualité  car il a entraîné dans sa chambre un jeune soldat par la suite radié des rangs de l’Armée alors qu’il était capitaine. Comment se fait-il que le Cemga de l’époque, le général Lamine Cissé, l’ait blanchi. Formé à Hambourg (Alle­ma­gne), l’une des meilleures académies militaires du monde, le colonel Kébé a été attaché militaire à l’ambassade du Sénégal à Washington, directeur de la Dirpa et enseignant vacataire en anglais à l’Ugb et auteur de plusieurs ouvrages sur des questions militaires et stratégiques. C’est ce patriote-là qui a été jeté en pâture à l’opinion par un mercenaire de la plume, adepte de la facilité, de la tromperie et du travail journalistique bâclé.
Avez-vous lu ou entendu un communiqué officiel du Synpics ou du Cored dans une affaire aussi gravissime. Craint-on les foudres du chanteur Youssou N’dour, alors que son groupe -Groupe Futurs Medias (Gfm)- vit des difficultés financières inextricables ? Veut-on plaire à ces cellules obscures se réclamant de l’Apr ou de la Présidence ? Espère-t-on des sinécures en ces temps de mutations politiques dans un contexte de redistribution des cartes et postes ? Ces questions se posent avec acuité.
Il est évident que le mutisme des organisations professionnelles est plus qu’inquiétant. Leurs responsables respectifs Ahma­dou Bamba Kassé (Synpics) et Bacary Domingo Mané (Cored) doivent se ressaisir pendant qu’il est encore temps. A la longue, toute la profession y perdra. Comment peut-on comprendre que des repris de justice, des animateurs de bas niveau, des femmes de mœurs douteuses occupent les antennes des Tv et radios à longueur de journées ? Pourquoi beaucoup de gens, surgis de nulle part et sans qualification aucune, créent des journaux et des sites internet à tout venant ? Pourquoi la pérennité de cette longue complaisance qui porte atteinte à la dignité professionnelle des journalistes dignes de ce nom ? L’affaire du colonel Kébé est un puissant révélateur des dérives journalistiques longtemps tolérées. Le seul tort de cet officier supérieur, pourrait-on dire, est d’avoir été brièvement, le responsable de la défense du principal parti d’oppo­sition  Rewmi, d’Idrissa Seck. De quoi a-t-on peur ?
Journaliste professionnel depuis 1983, nous avions préconisé à la naissance du Synpics en 1987, un ordre des journalistes comme tant d’autres professions (médecins, notaires, avocats etc.). Nous avions été minorisés avec d’autres camarades. L’ap­plication du code de la presse se fait attendre. Dans cette période de transition, le Synpics et le Cored doivent faire entendre leur voix au risque de déplaire. «Seule la vérité est révolutionnaire», disait Lénine, l’un des fondateurs du communisme, dans son célèbre ouvrage «Que faire ?». A bon entendeur. Cestien un jour, Cestien toujours.
E. Momar WADE Journaliste
13ème Promotion Cesti
wademomar58@yahoo.fr

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