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C’était le dernier instant pour essayer de convaincre les juges de la Chambre criminelle. Les avocats de la partie civile et de la défense ont repris la parole hier pour mettre sur la balance leurs derniers arguments pour convaincre le Tribunal de grande instance de Mbour. Me Abdourahmane So, avocat de Al Demba Diallo, donne le ton : «Je suis dans l’obligation de revenir sur son acte et de discuter de sa responsabilité, de son intervention dans un contexte temporel. Al Demba a dit à la barre être dans un chantier et a entendu des cris et a couru pour s’en enquérir. Il a vu une bagarre. Après avoir pris son gourdin, il a trouvé une porte fermée. L‘intervention de Al Demba est postérieure aux blessures.»
Poursuivant son argumentaire, il souligne que le certificat de genre de mort précise que la mort a eu lieu avant le jet de pierres. «On ne saurait lui imputer la mort. Il a fait un aveu sur le recel de cadavres. La charge de la preuve fait défaut sur sa participation à la bagarre. Je considère que sa détention ayant couvert l’infraction, son acquittement s’impose.»
Me Moustapha Dieng demande au ministère public d’apporter les preuves de l’accusation. «On a le droit de proclamer sa foi. Je suis déçu par le Parquet. J’ai devant moi des juges indépendants. Les thiantacounes ont toujours alerté sur Bara Sow, un paranoïaque. Le ministère public n’a pas requis à charge et à décharge. Des gens tapis dans l’ombre demandent de réduire à néant la dynamique des thiantacounes. La liberté couvre les thiantacounes. L’Etat de droit exclut la condamnation collective. Des arguments suffisants sont donnés par la défense.» Il argumente : «Je plaide pour la légalité républicaine. L’instruc­tion est mal faite. Le dossier est simple et l’accusation n’apporte pas de preuve individuelle, il n’y a que des coups et blessures et pas de faits criminels. La liberté vous écoute. On vous confie votre part de vérité. Il ne faut pas qu’on demande l’impossible. L’accusation est complètement passée à côté.» Me Abdou Dialy Kane a rappelé que l’opinion publique ne juge pas. «Un problème de droit se pose avec la participation de Demba Kébé. Il n’a pas donné de coups, il n’a pas enterré, il n’a pas tué. En matière pénale, les faits sont là, des éléments le disculpent. Qui avait intérêt à dissimuler le cadavre ? La culpabilité de Demba Kébé n’a pas été établie. On ne condamne une personne que sur la base de preuves suffisantes. Je réfute la perpétuité contre Demba Kébé.»

«Le procureur n’aime pas les répliques»
Me Mbengue, coordinateur du pool de la défense, a aussi chargé le procureur : «Le procureur n’aime pas les répliques. Depuis le début d’audience, on parle d’opinion, ni pour les passions et les humeurs. Le Sénégal nous écoute. La déception est venue du ministère public avec des œillères avec un glaive à la main. Dix jours d’audience, aucune preuve rapportée : des scellés et des projections ne justifient rien d’authentique et d’identique et ne rapportent rien. Il y a la confusion des preuves, les termes sont tronqués.» Me Mbengue insiste : «Le ndiguel, c’est d’alerter la gendarmerie si Bara se présentait. Le Parquet a porté des œillères. Les expertises sont exclues par le procureur. On cherche à briser les thiantacounes, on a tapé sur le patrimoine et leur dignité. On attendait pour casser le mouvement. La bataille de l’opinion n’est pas importante, l’important est de dire le droit. L’ordonnance de renvoi sur Samba Ngom non sur les lieux, on veut casser du thiantacoune.» D’une seule voix, la défense a plaidé pour un jugement sans passion ni faiblesse coupable.
La contre-attaque des avocats de la partie civile sera impitoyable. Me Badara Ndiaye déconstruit tout : «La défense a soulevé des exceptions. Je m’attendais à des exceptions de nullité. Ils contestent l’imputabilité. La défense dit dans des éléments de surface, le droit pénal puise dans l’intimité psychologique de l’accusé, une œuvre faite par le juge d’instruction.» En écho, Me Ibrahima Mbengue s’est attardé sur la «torture» de personnes en vie tout en soulignant les douleurs endurées par Bara Sow et Ababacar Diagne avant de mourir.
Me Khassimou Touré est scandalisé par «l’indécence des propos» qui violent la mémoire des défunts. Il dit : «Les propos indécents poussent à faire des précisions. La loi vous permet une enquête complémentaire. Les accusés ont fui devant leur responsabilité, personne ne reconnaît être l’auteur. Chacun se dérobe. L’opinion est avec moi, la justice me met à l’aise. Une pluralité de coups et blessures et d’acteurs atteste la mort. Des gens devant votre barre ont témoigné et ne sont pas poursuivis pour faux témoignages.» Me Touré ramène Béthio Thioune dans le centre du procès : «D‘autres ont fourni des moyens. Le fusil appartient à Béthio Thioune et on veut le laver. Ces graves faits appellent la justice. Il faut réhabiliter Bara et Ababacar. Les faits sont précis et concordants. On est resté sur notre faim. M. le président, la défense n’a soulevé aucune exception. Vous n’avez pas entendu la demande à la baisse des trois milliards demandés. Vous ne pouvez ni la (la somme) baisser ou l’augmenter. Aucune observation faite sur la partie civile aussi. Vous en prenez acte. On fait des observations sur la défense.»
Par ailleurs, le procureur a été bref pour situer à nouveau le degré d’implication de chaque accusé. «Les responsabilités individuelles sont situées pour les accusés. Tous ont reconnu ce qui est dit dans le réquisitoire. On insiste sur le véhicule, on a travesti les résultats. Le luminol a effacé l’Adn. L’ordonnance du juge est complète et donne tous les éléments. Les accusés ont fait la diète pour demander justice, un droit dans les délais raisonnables, la justice est là. Un des accusés est absent et des éléments attestent son accusation», rappelle le parquetier qui espère que son réquisitoire sera suivi par le Tribunal. Qui va donner son verdict lundi prochain.

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