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Le Sénégal a enregistré son 13e décès lié au Covid-19 et hier, son 7e cas grave. A l’Ecole polytechnique de Thiès (Ept) où 4 enseignants-chercheurs avaient annoncé le 2 avril dernier, la disponibilité d’un respirateur artificiel entièrement conçu à partir d’une imprimante 3D, le processus de conception de cette machine essentielle pour soigner les cas les plus graves est, en effet, loin d’être bouclé. Un poisson d’avril en pleine crise sanitaire.

Les 4 enseignants-chercheurs de l’Ecole polytechnique de Thiès (Ept) ont-ils mis la charrue avant les bœufs ? Ces derniers qui avaient annoncé, en grande pompe à la presse nationale et internationale en avril, avoir entièrement conçu à partir d’une imprimante 3D, un respirateur artificiel afin de contribuer à l’effort de guerre contre la pandémie du Covid-19, tardent à livrer le prototype qui pourtant «était complet et fonctionnel», selon eux. Mieux ils avaient affirmé être dans des démarches pour une validation par des médecins et des plus hautes autorités du pays. Que nenni.
En effet, le ministère de la Santé n’a pas encore donné son feu vert pour l’utilisation du respirateur artificiel, parce que le processus de mise au point de la machine est toujours en cours. Le groupe d’enseignants-chercheurs est toujours dans ses recherches. Et pourtant, il avait avancé un prix à raison de 40 mille francs Cfa par machine et même de pouvoir en fabriquer jusqu’à 50 par semaine. Un effet d’annonce digne d’un poisson d’avril en pleine crise sanitaire. Et à l’heure où les équipements médicaux manquent un peu partout et parmi eux les fameux respirateurs artificiels essentiels pour soigner les cas les plus graves, l’espoir cède au désespoir.

La défense des enseignants-chercheurs
«Même si nous sommes dans une situation d’urgence dans la mesure que c’est la vie de personnes qui est en jeu, nous sommes obligés de prendre en compte tout ce que les médecins nous donne comme suggestions», botte en touche Dr Ibrahima Guèye, responsable du laboratoire de fabrication «Fab Lab» de l’Ept. Selon l’enseignant-chercheur, membre du groupe de concepteurs, «nous sommes toujours dans la phase où on discute avec des médecins. On intègre leurs remarques et ensuite on retourne les voir. Quand ils nous aurons dit que tout est bon, c’est là que le ministère aura décidé d’intervenir. Mais on ne s’adresse pas directement au ministère, on parle avec des médecins. Nous espérons que ça finisse vite à l’étape ou nous sommes». Il note : «Le processus n’est pas encore fini, nous y sommes toujours. Il est très long. Et c’est normal.» Alors pourquoi avoir annoncé que le prototype était disponible ? Des sources renseignent que «c’est juste une stratégie de communication pour capter des financements». Parce qu’en réalité, affirment-elles, «ces enseignants-chercheurs mathématiciens et informaticiens ont reproduit un modèle sans pour autant avoir le matériel nécessaire au complet». Pire, «ils ont été au Centre hospitalier régional El Hadji Ahmadou Sakhir Ndiéguène où on leur a fourni un respirateur en panne mais qui fonctionne manuellement. Et quand ils ont dépiécé la machine, ils ont trouvé des choses qui n’étaient pas prévues dans le prototype qu’ils étaient en train de fabriquer». Pour simplement dire, «qu’ils sont allés trop vite en besogne. La machine n’a pas été validée encore moins testée sur un patient».
A rappeler que les respirateurs artificiels représentent la principale forme de traitement pour les patients présentant une forme grave de Covid-19. Mais ces machines coûtent cher à fabriquer et de nombreux pays dont la France et les Etats-Unis sont confrontés à une pénurie de stocks. Au Sénégal il n’y en a que 80, loin d’être assez pour faire face à un potentiel pic de la pandémie.

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