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La Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Mbour a poursuivi hier les auditions des témoins dans l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam. Certains ont enfoncé les accusés, surtout Demba Kébé, Khadim Seck, Cheikh Faye et Pape Ndiaye. Adja Déthié Pène et Aïda Diallo ont évidemment blanchi Cheikh Béthio Thioune.

Adja Déthié Pène et Aïda Diallo, épouses de Béthio Thioune, entendues à titre de renseignements dans l’affaire du double meurtre de Médinatoul Salam, n’ont rien vu ou entendu le 22 avril 2012. Bien sûr, elles ont déclaré qu’elles n’étaient pas dans la cour de la maison au moment de la bagarre, mais plutôt dans la chambre de Cheikh Béthio pour suivre le combat (Balla Gaye-Yékini) le jour de la tuerie. Adja Déthié Pène, ingénieur en informatique, raconte sa version des faits : «Au moment du drame, j’étais  une nouvelle mariée. Je peux dire que le drame est survenu alors que je venais de passer une semaine dans la maison juste après mon mariage. Le Cheikh et moi étions dans la chambre en train de suivre le combat. Avisé par Cheikh Faye de l’arrivée de Bara et compagnie, le Cheikh voulait descendre, mais Cheikh Faye l’en a dissuadé.»
Interpellée par la partie civile, la femme de Cheikh Béthio a précisé qu’elle ne connaissait pas les victimes, car elle venait à peine d’arriver dans la maison. «C’est quand les gendarmes ont envahi la maison que j’ai été informée de ce qui s’est passé la veille. Puisque je venais d’arriver, je ne savais pas comment la maison fonctionnait. Les disciples ont caché la vérité au Cheikh», a conclu Mme Thioune qui a soutenu à la barre que  «Cheikh Béthio est Serigne Touba. Dieureudieuf Cheikh Béthio». Des propos qui ont poussé certains disciples à l’applaudir.
Mme Aïda Diallo a emprunté le chemin tracé par sa coépouse. «J’étais  un peu souffrante le jour des faits et j’étais dans ma maison qui se trouve à presque 50 m de l’appartement de Cheikh Béthio. C’est après le combat que je suis  allée voir le Cheikh. Je l’ai trouvé en train de parler de l’issue du  combat qu’il trouvait très rapide et intéressant.  Mais en allant à son appartement, j’ai aperçu des gens dans la cour avant d’arriver chez le Cheikh. Une fois à l’intérieur du bâtiment, j’ai vu Cheikh Faye lui parler après avoir répondu au téléphone», s’est souvenue Aïda Diallo. Selon elle, Bara Sow et Cheikh Béthio se vouaient un respect, un amour et une admiration mutuels, mais leur malentendu est né des déclarations de Bara Sow  sur le guide des thiantacounes. Inter­rogée par la partie civile, Aïda Diallo a nié connaître l’existence d’un groupe appelé «Com­mando» dans la cour de son mari. Elle explique pour disculper son mari : «Le lendemain du drame, Cheikh Béthio était dans tous ses états. Il était dans une colère noire parce qu’on lui avait caché la vérité. Cheikh Béthio n’a jamais ordonné qu’on s’en prenne à la bande à Bara Sow.»

«Le Cheikh était en colère…»
En écho, les témoins à charge Maguette Niassy, Diaby Tandian, Aboubacrine Sadikh Diouf, Maninag Diallo, Abdoulaye Diagne, Aliou Diop et Moustapha Dieng ont enfoncé Demba Kébé et les autres. Ils le considèrent comme celui qui a provoqué la bagarre. Khadim Seck «a tiré des coups de feu, Pape Ndiaye a conduit le tracteur pour aller chercher des renforts et Cheikh Faye a tout manigancé». Maguette Niassy refait ce jour tragique : «J’étais présent sur les lieux en compagnie de Bara Sow. On était venu avec de bonnes intentions pour nous repentir. On a trouvé la porte ouverte et on a commencé à entonner des khassaïdes. Barro est venu s’enquérir de ce qui nous avait amenés sur les lieux avant que Demba Kébé ne demande à ce qu’on nous attaque. J’ai reconnu quelques assaillants alors que Barro tentait de s’interposer. C’est par la suite qu’on s’est replié et on a remarqué que Bara était resté à l’intérieur de la maison. C’est après avoir fendu son crâne avec une hache qu’ils l’ont jeté dehors. Ensuite, les assaillants sont sortis et Khadim (Seck) a tiré quatre coups dont l’un a touché Ababacar Diagne au ventre.» Ce n’est pas tout. «On a également été poursuivis par le tracteur que conduisais Pape Ndiaye et des gens qui criaient : ‘’Commando ! Commando !’’. On interdisait systématiquement à Bara de venir voir le Cheikh.» Confrontés aux témoins, les accusés ont nié en bloc les accusations.
Ces détails ont réveillé la blessure encore brûlante auprès de la famille de Bara Sow et de Ababacar Diagne. La veuve de ce dernier, Sokhna Kane, est toujours figée dans la douleur. Alors que sa maman Ndèye Khady Fall a déploré les conditions dans lesquelles son fils a été assassiné. Du côté de la famille de Bara Sow, c’est la même rengaine.
Lors du troisième jour de ce procès, le dossier psychiatrique de Bara Sow a été commenté. Sara Sèye, médecin-psychiatre qui exerce depuis 1989, informe qu’il a eu à l’interner à l’hôpital de Thiaroye. «La dernière fois, c’était du 25 février au 5 avril 2006 pour une paranoïa. Une pathologie qui développait chez lui un délire de persécution. Bara était un patient non violent s’il n’est pas en phase extrême de délire. Un mois avant le drame, j’ai alerté un des compagnons de Bara Sow sur le risque pour lui de rechuter. Alors que Bara était en prison», partage l’expert médical.
abciss@lequotidien.sn

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