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Christine Lagarde, devant la Cour de justice de la République, le 12 décembre 2016.

Sans détour, la présidente de la Cour de justice de la République (Cjr), Martine Ract-Madoux, pose la question qui brûle toutes les lèvres. «Nicolas Sarkozy vous a-t-il donné des instructions ?». «Non», répond Christine Lagarde. Le choix de l’arbitrage est une décision que l’ex-ministre des Finances a prise seule après en avoir pesé les avantages et les inconvénients, explique-t-elle au deuxième jour de son procès portant sur la gestion de l’arbitrage cobcernant Bernard Tapie.
La réponse ne satisfait pas les parlementaires qui composent la Cour et ils se montrent insistants. «Vous avez exercé peu de contrôle, disent-ils. On a le sentiment que vous avez été désinformée». Christine Lagarde répond par une interrogation : «Sommes-nous plusieurs à avoir été abusés ?» Nouvelle question, «Bernard Tapie a rencontré 17 fois le Président, est-ce que son silence ne vaut pas instruction ?». «Je n’ai jamais reçu d’instruction», réplique l’accusée. «Est-ce qu’en laissant votre directeur de Cabinet (Stéphane Richard, qui vient témoigner mercredi 14 décembre, ndlr) avoir la haute main sur ce dossier, ce n’était pas laisser faire la volonté du Président ?». «S’il y avait eu une volonté politique de ne pas mener ce dossier dans ce sens, j’aurais été informée», répond prudemment Christine Lagarde.

Duel à couteaux tirés
A la barre, Christine Lagarde le confesse, elle a été surprise, choquée, stupéfaite même en découvrant le montant de 45 millions d’euros accordé aux époux Tapie au seul titre du préjudice moral. Mais la Cour ne se contente pas des états d’âme de la patronne du Fmi. Elle veut savoir pourquoi la ministre des Finances de l’époque n’a pas engagé un recours en annulation. «Ça aurait changé quoi ?», questionne Christine Lagarde. «Pourquoi n’avoir pas demandé d’explications ?», insiste la présidente. «En pleine crise financière, ce n’est pas mon principal dossier», rétorque l’accusée.
Entre les deux femmes, c’est un véritable duel à couteaux tirés. La présidente poursuit sa charge. «Tout de même, un préjudice moral pour la mort d’un enfant c’est 50 mille euros, alors 45 millions pour Tapie, ça ne vous fait pas réagir ?», Christine Lagarde se crispe : «C’est trop tard la sentence est rendue, qu’est-ce que je pouvais faire ?» Puis sur la défensive, elle tente enfin de convaincre. «Certes, reconnaît-elle, cette sentence est excessive à bien des égards. Ma démarche, c’était de mettre un terme à 15 ans de procédure». «Et on voit le résultat», tacle alors sèchement la présidente, le regard noir.
rfi.fr

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