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Par Amadou MBODJ

Avec l’avènement du Covid-19 dont le rythme de contagion est supersonique, avec surtout les cas de transmission communautaire, une psychose s’est installée chez tout le monde et plus particulièrement chez la gent féminine qui ne donne plus la place à la mondanité. Plus promptes que les hommes à se faire confectionner des habits pour garnir leur garde-robe même en dehors des périodes de fête, elles ont fui les ateliers de couture qui étaient l’un des lieux qu’elles aimaient le plus fréquenter en temps normal. Les mesures restrictives prises par l’Etat pour réduire la propagation du coronavirus font que beaucoup de femmes adoptent les gestes barrières pour se mettre hors de portée de ce virus qui a fini par leur faire prendre conscience que la priorité est ailleurs. Et les tailleurs sont ceux qui en souffrent le plus. «Au lieu de dépenser 15 mille francs pour se faire confectionner un habit, les femmes préfèrent consacrer cette somme à l’achat de denrées alimentaires en cette période de confinement partiel. Elles ne peuvent plus se permettre cette folie, car on est dans l’incertitude la plus totale. On ne sait pas quand est-ce que cette pandémie prendra fin», justifie Daouda Gaye, jeune tailleur rencontré dans son atelier situé à quelques encablures de la Cité Douane, en train de se tourner les pouces. Avant l’avènement de la maladie, ses recettes journalières va­riaient «entre 3 000 et 5 000». Cela constitue une époque révolue pour ce tailleur qui dit rentrer avec «les poches vides». «Avant le coronavirus, je faisais confectionner trois habits chaque mois. Je payais 30 mille francs pour chaque habit. Je me rendais souvent à des cérémonies familiales et je trouvais plaisir de me faire toujours belle. Mais depuis l’intrusion du coronavirus, la donne a changé», déclare une jeune dame ayant requis l’anonymat et croisée à l’Unité 3 des Parcelles Assainies.

…demandent de l’aide
Etabli à l’Unité 1 des Parcelles Assainies, Fallou, un autre couturier, confirme les difficultés que lui et ses autres collègues «rencontrent en cette période de vaches maigres». «J’avais l’habitude de recevoir beaucoup de commandes avant que le coronavirus n’étende ses tentacules au Sénégal», indique Fallou. Mais depuis un mois, il «n’arrive plus à gagner le moindre centime». Embouchant la même trompette, Amadou Bayal Sall, employé dans un atelier sis à côté de l’école Unesco, est presqu’en «chômage technique». «Nous ne faisons absolument rien», a dit ce tailleur qui avait l’habitude de rentrer chez lui «avec 7 000 francs de recette journalière». «Tout cela est maintenant derrière nous. Les temps sont vraiment durs pour nous tailleurs. Ce n’est pas vraiment intéressant de travailler sans pour autant en retour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Je passe toute la journée à l’atelier sans sous. Le couvre-feu fait qu’à 18h, je ferme l’atelier pour rentrer. Alors que j’avais l’habitude de coudre jusqu’à 22h en temps normal», regrette M. Sall qui sollicite un accompagnement de l’Etat pour que les tailleurs puissent faire face à certaines charges familiales et professionnelles. «Nous tirions un profit des cérémonies comme les baptêmes et mariages qui permettent d’avoir beaucoup de commandes, mais ce n’est plus le cas. L’interdiction des manifestations dans toute l’étendue impactent négativement notre clientèle», confie le tailleur. Pour entretenir leurs familles, ils disent être obligés de solliciter des connaissances. Ainsi invitent-ils l’Etat à les aider dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale (Pres). Ces artisans veulent aussi que le gouvernement les associe dans la fabrication de masques.

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