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Depuis octobre, 16,7 millions de personnes souffrent de la faim dans les pays étudiés par le Réseau de prévention des crises alimentaires (Rpca) qui s’est réuni jeudi 3 décembre autour des représentants des pays concernés et des bailleurs de fonds internationaux (agences de développement, Union européenne, Banque mondiale, Onu, Ong).
Les experts estiment que la situation va encore empirer : si des mesures rapides ne sont pas prises, près de 24 millions de personnes devraient souffrir de la faim en Afrique de l’Ouest d’ici à l’été, période tendue dite de «soudure» où les greniers sont vides en attendant les récoltes suivantes.
Cette année, alors que les récoltes se sont améliorées, la principale cause de la dégradation de la sécurité alimentaire vient de la violence, l’insécurité civile et les bandes armées qui se multiplient, surtout dans le nord-ouest du Nigeria, ont souligné à mots couverts les experts lors de cette réunion virtuelle entre Niamey, Ouagadougou, Dakar, Abuja, Bamako et les capitales occidentales, à laquelle l’Afp a assisté.

«Les attaques augmentent chaque jour»
Le massacre la semaine dernière dans le nord-est du Nigeria de soixante-seize ouvriers agricoles égorgés par le groupe Boko haram, en pleine saison de récolte du riz, illustre la volonté de créer des pénuries, déstabiliser des filières d’approvisionnement pour que les organisations terroristes puissent prendre le contrôle de secteurs agricoles, a récemment estimé Yan Saint-Pierre, qui dirige le centre d’analyse en sécurité Modern security consulting group.
«Le djihadisme a créé quatre millions de déplacés et cela ne fait qu’augmenter. Les zones d’attaques armées augmentent chaque jour, a résumé pour l’Afp Sy Martial Traoré, responsable de la sécurité alimentaire pour le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss). Ils ont abandonné leurs terres qui ne produisent plus.»
Rien qu’au Nigeria, le nombre de personnes menacées par la faim, l’été prochain, pourrait ainsi représenter 12,9 millions de personnes, selon les prévisions, contre 9,2 millions actuellement. Deuxième pays de la zone le plus touché, le Burkina Faso, avec 2,7 millions de personnes potentiellement affectées par une faim aiguë l’été prochain contre 2 millions actuellement.
Pourtant, la région a plutôt bien réagi à deux autres périls qui la menaçaient : la pandémie de Covid-19 et l’invasion de criquets pèlerins sur les cultures, venue de Somalie et de l’Est du continent.

Reconstituer les stocks de céréales
Grâce notamment à la mise à disposition des «dernières technologies en matière de surveillance aérienne» par l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (Fao), les «criquets ne sont pas arrivés en Afrique de l’Ouest», s’est réjoui Alain Sy Traoré, directeur agriculture et développement rural, chef de la division filières et marché à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Dans le domaine des ravageurs, le représentant de la Fao s’est gardé de pavoiser, soulignant notamment les risques pour les récoltes liés aux chenilles processionnaires et le besoin de maintenir la garde sur le front est de la lutte anti-acridien.
La pandémie de Covid-19 a, elle, occasionné des «perturbations des activités agricoles, des ruptures des chaînes d’approvisionnement locales des marchés et la perte de nombreux emplois», a souligné le Commissaire à l’agriculture de la Cedeao, Sékou Sangaré.
Mais l’appui à la production agricole, accéléré par les bailleurs de fonds via la distribution anticipée de milliers de tonnes d’engrais, de semences, d’aliments pour bétail et de semences fourragères, a permis à plusieurs pays de reconstituer leurs stocks de céréales cette année. «Moi je dis bravo au Covid-19. A quelque chose malheur est bon», s’est réjoui Alain Sy Traoré.
Dernier sujet d’inquiétude, la flambée des prix mondiaux des produits alimentaires de base, céréales, huile, sucre, produits laitiers et viande, annoncée jeudi par la Fao. Se souvenant des émeutes de la faim qui ont suivi la crise financière de 2007-2008, un participant a notamment dénoncé «la forte concurrence d’acteurs étran­gers, chinois, turcs ou marocains, qui achètent à plus de 300 francs Cfa le kilo d’arachide presque dans les villages en dehors des marchés» pour constituer des stocks.
Lemonde

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