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Afrique du Sud La mémoire de Nelson Mandela bafouée !

Que se passe-t-il au pays Arc-en-Ciel ?
Que se passe-t-il dans ce pays qui a écrit en lettres d’or le combat majuscule d’un leader hors pair du nom de Nelson Mandela ? Celui qui a résisté pendant 27 ans aux geôles des tenants de l’apartheid.
Que se passe-t-il dans ce pays qui a vu naître et grandir des écrivains aux phalanges digitales impérissables ? Ils ont pour noms Nelson Mandela, Benjamin Moloise, Sydney Sipho Sepamla, Nadine Gordimer, Alex Laguma, Steve Biko. Ces martyrs qui, grâce à leurs plumes, ont vaincu les fouets des civilisateurs.
Ce pays a-t-il oublié le combat gigantesque mené par l’Afrique dans sa diversité, mais surtout dans sa commune volonté de justice, d’égalité et de dignité ?
L’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest ont toutes payé un lourd tribut pour que l’Afrique du Sud accède aux lauriers de la liberté.
L’Afrique du Sud a-t-elle oublié que les chefs d’Etat africains ont défié les pays de la ligne de front pour crier la fin de l’apartheid (Abdou Diouf), pour dénoncer les méthodes rétrogrades et racistes de Pik Botha et d’autres ?
L’Afrique du Sud a-t-elle oublié que le Président Denis Sassou Nguesso a organisé en 1987 le premier symposium littéraire contre l’apartheid à Brazzaville ? Voilà ce qu’il disait dans la préface de l’Anthologie universelle de poésie anti-apartheid :
«Nous vous saluons enfin écrivains africains, fils de ce continent martyr à qui on a confisqué la mémoire, séquestré la culture, aliéné l’âme et occulté la civilisation.
Avec une attention émue, nous saluons les écrivains sud-africains, ceux de l’intérieur comme Miriam Tlali, Sipho Sepamla, Moïse Maponya, ceux de l’exil comme Nphalele, Peter Abrahams, Denis Brutus, ceux qui se battent dans les rangs de l’Anc ou de la Swapo.»
Ce plus grand rassemblement du monde noir, après le Festival mondial des arts nègres de Dakar, a très certainement favorisé la sortie de prison de Nelson Mandela et, plus tard, provoqué en 1991 les premières négociations entre la minorité blanche et la majorité noire.
L’Afrique du Sud a-t-elle oublié le rôle gigantesque et déterminant joué par les artistes d’Afrique pour conscientiser l’Occident et le dissuader de l’appui au régime honni de l’apartheid ?
Ces artistes avaient pour noms : Franco, Youssou Ndour, Thione Seck, Baba Maal, Myriam Makeba, Oumar Pène, sans oublier le Zoulou Blanc. Leurs voix mêlées aux poèmes virulents des guetteurs d’aurore que sont les écrivains ont finalement terrassé la bête immonde qu’était l’apartheid.
L’Anthologie universelle de poésie anti-apartheid, préfacée par le Président Denis Sassou Nguesso, restera dans les annales de l’histoire anti-apartheid comme un fait inoubliable gravé à jamais dans la conscience universelle du monde libre.
L’épopée et la croisade menées pas les écrivains sénégalais à la tête d’un rassemblement d’écrivains africains ont défié les nuages de feu et les voûtes éternelles avec l’avion présidentiel (Pointe de Sangomar), pour porter l’escouade finale aux derniers bastions de l’apartheid. Ils avaient pour noms : Jean Marie Adiaffi et Bernard Zadi (Côte d’Ivoire), Koumanthio Diallo (Guinée), Larry Peters (Gambie), Poulin Banouni (Burkina Faso), Atukwei Okai (Ghana) et tant d’autres.
Le ministre de la Culture du Sénégal d’alors, M. Makhily Gassama, conduisait la délégation comprenant votre serviteur, Mamadou Traoré Diop, Fatou Ndiaye Sow, Djibril Diallo Falémé, Ibrahima Sall, et tant d’autres
Pourquoi tout ce rappel ?
Parce que tout simplement l’Afrique du Sud, qui a bénéficié de tout ce soutien, a commencé à oublier les valeurs trans-temporelles qui ont fait de Nelson Mandela un homme Nation, un homme total, un homme destin, un homme universel.
Ces dernières années et particulièrement cette année, l’Afrique du Sud, par des émeutes, des assassinats, des pratiques xénophobes, des méthodes dont elle a été victime, mène un combat d’exclusion contre ses frères d’Afrique noire. Des scènes horribles qui nous rappellent les hordes sauvages aux guerres civiles entre Zulu et Xhosa. La violence a-t-elle trouvé une terre d’élection en Afrique du Sud ?
Mais l’Afrique du Sud ne doit pas oublier le sang versé par les Africains qui ont délivré ses fils de l’apartheid.
Nelson Mandela doit se retourner dans sa tombe : lui qui a compris et bénéficié sans réserve de la mobilisation des masses comme des élites africaines. Cependant, le récent visage montré à la face du monde par l’Afrique du Sud est une honte, une négation de l’histoire qui n’honore pas notre continent.
La Nation arc-en-ciel n’a-t-elle pas gagné la Coupe d’Afrique de football et de rugby avec ses légions sportives unies dans la même destinée et surtout animées d’une soif de vaincre, saluée par toutes les populations d’Afrique.
La disparition du Président Nelson Mandela avait suscité en Afrique du Sud un déferlement de toutes les masses populaires africaines, mais aussi la participation de toutes les élites africaines. Tous les chefs d’Etat avaient rendu un hommage exceptionnel à ce combattant éternel de la liberté.
De Nelson Mandela en passant par Thabo Mbeki, Jacob Zuma et l’actuel Président Cyril Ramaphosa, ils ont tous compris la nécessité de protéger l’héritage de ce combat populaire qui a libéré la Nation arc- en-ciel dans la dignité, la fraternité et des fois retrouvées.
Les autorités sud-africaines doivent assurer la sécurité physique et matérielle des ressortissants d’Afrique qui sont agressés en Afrique du Sud au nom de l’Unité africaine dont elles se réclament.
L’Afrique du Sud doit se ressaisir en fermant définitivement cette page négative de son histoire pour ouvrir d’autres perspectives plus resplendissantes, plus éclairées, plus mobilisatrices.
L’Afrique du Sud doit prendre de la hauteur, ouvrir ses frontières à ceux qui l’ont appuyée et soutenue à des moments difficiles de son histoire.
L’Histoire est têtue.
L’Union africaine doit veiller au respect scrupuleux de la fraternité africaine pour vaincre les autres défis que sont : le sous-développement, l’exclusion, la dictature, l’agriculture, l’eau, les nouvelles ressources pétrolières et gazières.
Nous avons espoir, car en Afrique du Sud nous avons une grande dame de la diplomatie, en la personne de l’ancienne ministre de la Culture du Sénégal, Mme Safiétou Ndiaye, qui gère avec compétence cette crise, qui doit être effacée très rapidement pour la crédibilité de l’Afrique.
Les témoignages élogieux de l’Association des Sénégalais d’Afrique du Sud en ces moments de turbulences en sont une parfaite illustration.
Pour terminer, je citerai cette déclaration de Nelson Mandela au cœur de la lutte anti-apartheid : «Un peuple qui opprime un autre ne saurait être libre.»

Alioune Badara BEYE
Ecrivain

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