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Son passage de bête de campagne victorieuse à Président – de – tous – les Sénégalais a été une étape difficile, reconnaissons-le, mais malgré cela, le président de la République a échappé aux écueils fièrement dressés sur son passage par le vieux renard Abdoulaye Wade, dont le règne de 12 années au pouvoir n’aura pas pour autant épuisé la libido dominandi.
Et pourtant, l’alliance électorale qui l’a fait élire ne lui a pas servi d’alerte : cet homme, qui ne déteste rien tant que de céder face à la pression, prolonge bien dans l’exercice de sa fonction cette certitude que nul mieux que lui ne sait conduire le navire sénégalais, dont il détient le gouvernail depuis 7 ans.
Mais dans la crise sociale qui s’est enkystée depuis ces deux dernières années, nous voyons nettement se dessiner les vecteurs du passage de l’impopularité à la détestation du prince, accusé de toutes parts de cristalliser la colère d’une frange de la population dont les leaders politiques ont été emprisonnés sans autre forme de procès, malgré les condamnations de certains organismes des droits de l’Homme.
Si à cela s’ajoute la crise du mal-être sénégalais, et qu’on note dans tous les secteurs de la vie active (santé, éducation, etc.), il y a à craindre que ne s’installent les raisons d’un divorce dont le plongeon commence avec la décision de l’opposition de durcir le combat face au pouvoir, suite au rejet par le Conseil constitutionnel de certains parrainages de candidats dont il estime ne pas être en phase avec la loi électorale. Et au-delà de cette crise politique, il faut reconnaître que beaucoup de choses plaident contre le prince, en particulier le fait qu’il n’ait pas réussi jusqu’ici à conjuguer la distance qu’exige la majesté du pouvoir avec la proximité indispensable à la confiance, ce qui finit par exaspérer une majorité de Sénégalais. Tout se passe comme si la parole est la seule parole du pouvoir, une parole qui «commande» et qui ne négocie pas. Et à la question de savoir ce que le prince pense de tout cela, nous avons comme l’impression que le Président a le goût de la provocation, de la confrontation, car il n’est jamais dans l’évitement.
Face à cette situation, l’opposition a un sérieux rôle à jouer : «agir ensemble». En effet, jamais cette brève définition grecque de la politique n’aura été si actuelle. Agir, afin de sortir de cette sorte de passivité qui n’a que trop duré dans notre pays. Agir ensemble pour faire face aux défis, en écartant les périls que nous n’avons pas choisis. En effet, le malaise dans lequel nous sommes plongés devrait être le catalyseur de futurs défis dans ce monde en pleine recomposition, aux prises avec des mutations économiques, sociales et politiques considérables, dans lequel les inégalités prospèrent.
Et le futur Président et la prochaine équipe gouvernementale devront porter cette préoccupation de s’inscrire dans l’histoire en se projetant au-delà de leur mandat.
Et les citoyens ont pour rôle de trouver le moyen de revitaliser nos institutions en s’impliquant dans des débats qui font avancer notre démocratie. Et il faut le préciser, ces débats ne sont pas inscrits dans des programmes. Mieux, ils relèvent d’une attitude face à notre existence immédiate (et nous comprenons alors que ces débats soient plus structurants par certains côtés que les programmes), qu’il s’agisse de la moralité en politique, du respect des contre-pouvoirs, de la foi en l’avenir, et du rôle qu’on souhaite donner à notre pays lorsqu’il s’agit de défendre les fondamentaux de l’humain.
Et dans un contexte international très agité, où l’issue d’une élection semble produire un effet de contagion au-delà des frontières, et où beaucoup de regards sont tournés vers nous, il est plus qu’impérieux que le futur Président sache apporter des solutions à ces problèmes, et avec lui tous les Sénégalais, soutiens ou critiques./.

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