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Ousmane Thiall, un jeune paysan à Daga Birame.

Pour s’adapter au changement climatique et être résilient, le village de Daga Birame a expérimenté différentes technologies, pratiques et approches agricoles qui ont permis à ce village climato-intelligent d’être recouvert d’un couvert végétal, d’avoir de meilleurs rendements agricoles et une variété de fruits et légumes. Une visite d’une équipe de la Fao effectuée dans le village, situé dans la commune rurale de Ndiognick, à 10 km de la capitale régionale Kaffrine, a permis de constater de visu les expérimentations culturales réussies.

Daga Birame est l’un des villages les plus vulnérables au changement climatique, selon le diagnostic de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), réalisé dans plusieurs pays en Afrique de l’Ouest. C’est aussi un village d’une pauvreté extrême, d’après toujours la Fao, où les défis à relever sont énormes dans la lutte contre la pauvreté. Situé dans la commune rurale de Ndiognick, à 10 kilomètres de la capitale régionale Kaffrine, centre du pays, Daga Birame fait partie des 10 villages où le Programme changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire pour la zone Afrique, (Ccafs, acronyme en anglais) de la Fao teste l’approche de village climato-intelligent. Lancé en 2012, le programme y fait reculer pas à pas l’insécurité alimentaire, grâce au recours à différentes technologies et pratiques agricoles, mais aussi des politiques qui permettent aux villageois de s’adapter dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

Paquet de technologies
Le paquet de technologies expérimenté à Daga Birame inclut l’utilisation de l’information météo dans le choix des variétés et la conduite des itinéraires techniques, la pratique de la Régénération naturelle assistée (Rna), l’apport d’engrais organiques par micro-dose, le grattage, les semences certifiées avec l’information climatique, un cahier de charge. S’y ajoutent la diversification des cultures dans un même champ, la prise en charge des prévisions saisonnières. Il s’agit d’un paquet d’informations technologiques et climatiques qui permet aux paysans de prendre des décisions en fonction des risques liés à la variabilité pluviométrique.

La mise en défend
La mise en défend est une autre technologie développée dans le village. Elle a permis à la communauté de sauvegarder près de 128 hectares et de les exploiter de manière plus rationnelle. Le feu et la coupe abusive de bois sont interdits. Par contre, les animaux sont admis dans le périmètre pour le fourrage. Ce système a permis de préserver l’écosystème, mais en même temps d’améliorer le couvert végétal de la zone. «D’ici, on pouvait voir le village voisin. Ce qui n’est plus le cas. En plus, le couvert végétal nous permet d’avoir beaucoup plus de pluies. Ici nous avions des pluies pendant qu’il y avait une pause pluviométrie ailleurs», témoigne un habitant. «Il n’y avait pas d’arbres ici ni d’arbres fruitiers. On souffrait beaucoup de la poussière à l’approche de la saison des pluies. Cette poussière qu’on respirait nous rendait malade. Depuis l’accompagnement de la Fao et l’Isra, il n’y en a beaucoup dans le village, dans les champs», renchérit Rokhya Mbengue, présidente de l’association des femmes transformatrice. Toutes les espèces végétales sont protégées à Daga Birame. Dans ce village climato-intelligent, une croix rouge imprimée sur un arbre signifie qu’il est interdit de le couper. Les agents des Eaux et forêts sont aussi des acteurs importants dans ce village, eux qui accompagnent la technique de mise en défend.
«Aujourd’hui, 27 espèces d’arbres sont protégées depuis cinq ans», renseigne Mor Talla Cissé, président du comité de surveillance de la mise en défend. Son comité validé par l’agent des Eaux et forêts est approuvé par le sous-préfet à qui il rend compte en cas d’infraction.

Le champ école de Daga Birame
Cap sur la zone de maraîchage de la parcelle communautaire de domestication. Grâce à l’introduction du système agro-forestier sur une superficie de cinq hectares, des variétés d’arbres fruitiers locaux et greffés portent des fruits, malgré leur jeune âge. «Nous avons deux variétés de baobab, quatre variétés de jujubier, quatre variétés de tamarinier», explique Mouhamadou Diop, interprète du jour.
La parcelle communautaire est un véritable champ d’école ; sa mise en place, un véritable parcours du combattant. Adama Cissé, chargé du suivi de la parcelle raconte : «D’abord on puisait dans une mare située à 2 km du champ. Quand cette mare s’est tarie, on tirait avec le cheval l’eau d’un puits d’une profondeur de 45 mètres. Du village, on transportait des bidons de vingt litres à l’aide de deux ânes pour arroger des plans.» Ce dispositif était renouvelé chaque trois jour. Ce qui était très fastidieux. Ensuite, les horticulteurs ont eu l’ingénieuse idée de remplir le bidon de 20 litres, de trouer le couvercle et d’incliner le récipient sur le pied de la plante. Autrement dit, du goutte-à-goutte local. Le container pouvait faire 15 jours avant de se vider, soit deux semaines de repos au lieu de trois jours. C’est par la suite qu’ils ont eu l’accompagnement de la Banque mondiale qui leur a fourni un forage pour soulager leur peine. «Des arbres fruitiers qui non seulement augmentent le couvercle végétal dans le village, mais également donnent des produits qui peuvent être transformés pour générer des revenus, mais aussi améliorer la nutrition dans le village», a dit Dr Robert Zougmoré, coordonnateur du programme de recherche sur le Ccafs.
Avec l’appui des partenaires, le périmètre maraîcher est doté d’un puits, d’un forage et même d’une pompe solaire. Ce qui facilite aux villageois l’activité maraîchère. De la tomate au gombo, en passant par les autres légumes, ce champ qui promeut des technologies aussi endogènes qu’exogènes contribue à améliorer la nutrition des villageois.

L’expérience de Ousmane Thiall, jeune paysan
La diversité culturale est une autre révolution dans ce village climato-intelligent. Au lieu d’ensemencer un grand espace alors qu’ils ne disposent pas suffisamment de moyens pour l’entretien, les agriculteurs réduisent leur superficie et sèment au moins trois cultures. «S’il y a une culture qui n’arrive pas à produire comme il le fallait, une autre pourra mieux s’adapter par rapport à la variabilité pluviométrique», explique Ousmane Thiall. Ce jeune cultivateur à Daga Birame a eu un rendement très positif la saison précédente, grâce au recours à l’information climatique. Malgré la réduction de sa surface culturale, la production a dépassé toutes ses attentes. En effet, il a divisé son champ en trois parcelles pour cultiver du mil, de l’arachide et du maïs. Chaque partie a été subdivisée en deux dont une partie pour la pratique paysanne et une autre pour le paquet technologique. La pratique paysanne ne tient pas compte des informations climatiques, de la Rna, mais utilise l’engrais à l’ancienne.
«On a divisé mon champ en deux. 25/50 m2 pour la pratique paysanne et la même superficie pour le paquet technologique et j’ai fait la culture. A la fin de la récolte, le total de la partie pratique paysanne a donné quatre tas d’épis de mil, là où l’espace paquet technologie a produit 17. Le tas du paquet technologique a fait 12 kg de graines de mil contre 4 kg pour la pratique paysanne», a témoigné Ousmane Thiall. Bénéficiaire d’une formation sur l’approche Pisca en mars 2016, Ousmane pose ses actes et prend ses décisions, choisit ses variétés en tenant compte des prévisions météorologiques de l’Anacim. «J’avais décidé la veille de mettre l’engrais dans mon champ. Mais à 19 heures, l’Anacim m’a envoyé un message me disant qu’il allait pleuvoir le lendemain. C’est ainsi que j’ai renoncé à mettre l’engrais parce qu’il allait être lessivé par la pluie, et j’ai mis ça après la pluie», confirme encore M. Thiall.
L’approche Pisca a été expérimentée par une trentaine de producteurs. Et pour la même variété utilisée sur une surface égale et semée la même période, la différence du rendement est notoire.

A nouveau contexte, de nouveaux outils
L’approche de village climato-intelligent est un outil mis en œuvre pour accompagner les communautés à travailler afin de trouver les solutions idoines pour faire face au changement climatique dans le contexte de leur village.
Elle consiste à dérouler diverses techniques dans une approche participative. Les chercheurs proposent différentes étapes aux cultivateurs pour les accompagner à décider de manière informée. Tout commence par la mise en place d’une plateforme d’innovation au niveau du village, des activités de maraîchage et de transformation pour autonomiser les femmes, des tests culturals et des financements.

Autonomisation des femmes
La poudre de baobab fait partie des récépissés du village. Cette poudre dérivée du pain de singe contribue à améliorer la qualité nutritionnelle ; les enfants en raffolent. «Les fruits transformés nous servent beaucoup. Au-delà de la nourriture, on peut avec le pain de singe concocter des remèdes contre la diarrhée et les maux de ventre chez les enfants. C’est aussi efficace pour atténuer la fatigue chez les adultes», a témoigné Rokhaya Mbengue, présidente de l’Association des femmes transformatrice de fruits. Aussi, les femmes du village ont eu un chiffre d’affaires de 180 mille francs Cfa avec la vente de leurs fruits et légumes la dernière saison, alors qu’elles sont dans le balbutiement. «C’est cela qui va assurer l’avenir des enfants que vous voyez-là. Quand une femme arrive à gagner 100 francs et les met dans la sécurité alimentaire de son foyer, de ses enfants, c’est un grand plus et c’est encourageant», s’est réjoui Yapi Asté de la Fao à Accra, partie prenante du projet.

L’approche Picsa
Le point de départ dans l’approche Picsa (Services climatologiques participatifs et intégrés pour l’agriculture) est l’organisation de l’environnement du village de Daga Birame. Cette approche consiste à établir la carte d’allocation des ressources et voir en fonction de cette carte les ressources disponibles dans le terroir aussi bien les champs, les ressources animales… La variabilité pluviométrique d’une année à l’autre est prise en compte dans l’approche Picsa. Avec l’Agence nationale de l’aviation civile (Anacim), les cultivateurs ont essayé de voir comment obtenir des données sur une trentaine d’années qui montrent la variabilité pluviométrique d’une année à l’autre, comment cela fructifie le début et la fin de la saison. Et sur cette base, les différentes options possibles ont été identifiées, mais aussi les options agronomiques, celles de la valorisation des ressources disponibles, l’élevage. Suite à une formation sur l’approche Picsa, les cultivateurs ont planifié les activités qu’ils ont mises en place.

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