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Les regards seront tournés vers Khalifa Sall. Lui qui dirige les Socialistes à Dakar. Aïda Sow Diawara est convaincue que, sans les citer, le maire de Dakar et son groupe, «minoritaires» dans le Ps, sont à l’origine de la crise qui sévit depuis quelque temps dans les rangs de la formation dirigée par Ousmane Tanor Dieng. Faut-il les exclure ? Le député-maire de Golf-Sud signe, mais avec si et seulement s’ils persistent dans cette défiance à l’égard de la direction du Ps. Alternant la carotte et le bâton, cette proche de Ousmane Tanor Dieng commente l’actualité…

Quel est l’état de votre santé suite à l’agression que vous avez subie il y a quelques mois en Afrique du Sud ?
Aujourd’hui je me porte à merveille. Mon agression en Afrique du Sud n’est plus qu’un mauvais souvenir, même si j’ai encore quelques maux. Lorsqu’une balle entre dans votre corps et ressort par un autre côté, cela fait mal parce que vous avez deux plaies. Je traîne encore quelques séquelles. Mais dans l’ensemble, ça va mieux. J’ai retrouvé mes activités.

Où en est-on avec la suite judiciaire en Africaine du Sud ?
C’est le Parlement panafricain qui s’occupe de cette question. Je suis député, membre de cet organe. C’est en Afrique du Sud dans cette mission que j’ai subi cette agression. Donc, il appartient à cette institution de porter l’affaire devant la justice en Afrique du Sud.

A-t-elle porté plainte ?
Je pense que pour le Parlement oui, moi non. Le Parlement a pris toutes ses dispositions en saisissant la République d’Afrique du Sud pour que de tels faits ne se reproduisent plus et qu’on arrive à mettre la main sur les commanditaires et les responsables de cet acte.

Depuis ce jour, vous n’avez plus remis les pieds en Afrique du Sud ?
Non. La dernière session a eu lieu en Egypte. La prochaine sera organisée en mars prochain. Et j’y serais, incha Allah. Je suis membre du Parlement panafricain. Par conséquent, partout où ce devoir m’appelle, je vais répondre si Dieu me donne la santé. Je travaille pour mon pays. Un militaire, ce n’est pas parce qu’on l’a blessé lors d’un combat qu’il n’ira plus au front. Chaque fois que mon pays aura besoin de moi, je vais répondre présente.
La visite d’Etat du Président Macky Sall vient de s’achever. Mais son accueil par le ministre français de la Fonction publique, 15ème au rang protocolaire, a installé une polémique au Sénégal. Pour certains, la France n’a pas une certaine considération à l’égard du Sénégal…
Cette polémique me fait rire. Qu’il soit 15ème sur le rang ou dernier, c’est un ministre qu’on a envoyé pour accueillir le président de la République. Ce qui est important, c’est que toutes les cérémonies, lors de cette visite d’Etat, ont été présidées par le Président François Hollande. Le Président Macky Sall a été élevé au rang de Docteur Honoris causa. Bien sûr, ceux qui sont avec le pouvoir verront toujours du bien et l’opposition ne verra que du mal. Mais pour moi, la visite d’Etat a été réussie. Les deux Présidents ont été à la hauteur. J’ai vu sur le net que la plupart de nos ministres étaient là-bas et ont été reçues. Cette histoire d’accueil par un ministre du 15ème rang protocolaire est un faux débat. Ce n’est pas bien. Un ministre est un ministre. On parle d’humiliation du Sénégal. Ce n’est pas possible. Soyons raisonnables ! A quoi cela sert de rabrouer notre président de la République ? Si c’est mettre du piment dans nos relations avec la France, on n’a pas intérêt à le faire. Nous sommes très liés à la France.
Justement, cette présence de la France au Sénégal, entre autres points, a été dénoncée par le Front Manko wattu Senegaal lors d’une manifestation à Paris mercredi dernier…
L’opposition est dans son rôle. Ce n’est pas la première fois qu’on voit une opposition aller en France pour créer des problèmes au président de la République. On l’a fait sous Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall aujourd’hui. Il n’y a rien de nouveau.

Est-ce que l’image du Président Sall n’a pas été ternie au moment où il effectuait cette visite d’Etat ?
Pas du tout ! Les Français sauront tout simplement qu’il y a une démocratie au Sénégal. Si l’opposition pense qu’elle ne peut pas jouer son rôle au Sénégal, cela veut dire qu’elle n’est pas valable. Il faut qu’on se dise la vérité. Pourquoi ne pas mener ce combat au Sénégal ? Pourquoi attendre qu’il aille à Paris pour le contrer ? Mais dans tout cela, je pense que c’est la démocratie sénégalaise qui est en marche.

Une manifestation où on a noté une faible mobilisation. Etes-vous de ceux qui pensent que cette opposition ne peut pas bousculer la majorité ?
Je dis encore une fois que l’opposition est dans son rôle. Cela ne me dérange pas. Cela montre qu’il y a une opposition au Sénégal. En tout cas, la France a su que cette opposition ne peut pas barrer la route au Président Macky Sall. Au moins ça, c’est certain.
Samedi dernier, le Ps a mis en garde ses responsables qui contestent la décision des coordinations d’aller sous la bannière de Benno bokk yaakaar aux Législatives de 2017.

Qu’est-ce que vous en pensez ?
Tout parti est régi par la discipline. Soit on est dans un parti soit on n’y est pas. C’est aussi simple. Maintenant, on peut contester les responsables, les actes posés par le parti. Après, on doit toujours se ranger et se plier à la volonté de la majorité. Lors de l’élection présidentielle, il y a eu plusieurs candidats, mais lorsque l’un d’eux est élu président de la République, tout le monde l’accepte parce que c’est la volonté de la majorité des électeurs. C’est le même cas dans un parti. Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du Ps, a été élu par les 138 coordinations. C’est la base qui s’est prononcée en sa faveur et au détriment de Me Aïssata Tall Sall. Ceux qui sont en train de s’agiter se sont prononcés en faveur de Ousmane Tanor Dieng et non Me Aïssata Tall Sall. Aujourd’hui, où est le problème ? Ce n’est pas le Bureau politique qui a élu Ousmane Tanor Dieng, mais les militants. Cette décision d’aller aux Législatives sous la bannière de Benno bokk yaakaar a été celle de la base, c’est-à-dire au niveau des coordinations. Certains voulaient que le Ps y aille seul, mais la majorité s’est dégagée en faveur du choix de Benno bokk yaakaar. Aujourd’hui, tous ceux qui se réclament du Parti socialiste doivent être dans la coalition. Toutefois, si les dissidences continuent, il faut des sanctions.

Comme des exclusions ?
S’ils continuent, bien sûr. Les décisions du parti ne doivent être contestées de façon perpétuelle sans sanction. Ce n’est pas à une minorité de responsables de nous dicter ses lois. Au référendum, certains ont voté «Non» alors que le parti a opté pour le «Oui». On a laissé passer parce qu’on est en démocratie. Au Haut conseil, il y a eu les mêmes problèmes. Et toujours, c’est le département de Dakar qui est la cause des problèmes dans le parti. Ces responsables de Dakar doivent savoir raison garder et rentrer dans les rangs. Ils sont minoritaires dans le parti. Ces gens qui s’agitent dans la presse ne font pas leur travail. Ils ne réunissent pas leur coordination. Aujourd’hui, ils se permettent de contester à tout-va. Cela doit cesser.

Sur ces consultations, le groupe de Barthélemy Dias, Bamba Fall, Idrissa Diallo, tous des proches du maire de Dakar, ont décidé de traduire la direction du parti en justice pour «faux et usage de faux»…
Pourtant, c’est le même procédé qu’on a utilisé pour élire Ousmane Tanor Dieng comme secrétaire général du Ps. Pourquoi ils n’ont pas contesté les résultats. Pour la Présidentielle de 2012, on a fait la même chose pour investir Ousmane Tanor Dieng candidat. Pourquoi ils n’ont pas porté plainte ? Ils n’ont qu’à aller en justice, cela ne va rien donner parce que la direction s’est basée sur les textes du parti.

Vous dites que seul le département de Dakar conteste les décisions du parti. Khalifa Sall qui en est le leader n’est-il finalement pas la source des problèmes que vit le parti si on sait qu’il a voté «Non» au référendum et décidé de créer sa propre coalition pour l’élection des membres du Haut conseil ?
Je parle de certains responsables du parti. Khalifa Sall vient aux réunions. Khalifa Sall était là lorsque le choix des coordinations était porté sur Benno bokk yaakaar. Il n’a pas contesté.

Il ne l’a pas cautionné non plus…
Je parle des contestations. Khalifa Sall n’a pas contesté.

Ces responsables dissidents se réclament de lui…
Oui, mais pourquoi ils ne viennent pas en réunion pour contester ? Barthélemy Dias n’est pas secrétaire général de coordination. Bamba Fall n’est pas venu samedi dernier, mais il a envoyé la présidente de sa coordination. Personne n’a contesté. Ces responsables qui s’agitent dans la presse ont eu tout dans le parti. Je prends le cas de mon «fils» Barthélemy qui est venu dans le parti après 2000. Il a été élu député-maire, membre du bureau de l’Assemblée nationale. On l’a tiré de la prison pour en faire un député.

Vous faites une révélation. C’est le pouvoir qui a fait sortir Barthélemy Dias de prison ?
Non, je veux dire que lorsqu’il est sorti de prison, on pouvait le considérer comme un repris de justice pour ne pas en faire un député. Bamba Fall est maire (de la Médina) grâce au parti. Ils se sont beaucoup donné aussi pour le parti. Pour Khalifa Sall, je ne peux rien dire parce qu’à part le référendum et le Haut conseil, il assiste aux réunions et prend part aux décisions du parti. Je ne l’ai jamais entendu contester les décisions du parti.

Ces dissidents du Ps estiment que le parti dit avoir un candidat socialiste. Et vu les options prises depuis 2012 par la direction, ne s’achemine-t-on pas vers la perspective de voir Macky Sall être le candidat du Ps ?
Ils sont libres d’émettre des opinions. C’est la démocratie. Mais cela doit se faire au sein du parti. Cette question de candidature n’est pas encore venue. On doit travailler. De la même manière qu’on a fait pour les Législatives de 2017, on demandera aux militants sur la question de la candidature du parti.

bgdiop@lequotidien.sn

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