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«Innali lahi wa inna ileykhi radjoune !!!» «Nous appartenons à Allah, nous retournons à lui.» Cher ami, ce passage que nous allons citer, tu l’avais prononcé il y a à peine trois mois, au cimetière de Marmiyal (Sor), là où tu as construit ton vrai titre foncier. C’était à l’occasion des journées de lecture du Coran pendant le Ramadan dédiées à nos chers disparus enterrés en ces lieux.
Nous te citons : «Voyez cette tombe-là : c’est la mienne. Koulou nafsoun zayikhatoul mawti, chaque être vivant mourra un jour. Il va arriver un jour où chacun va se retrouver sous terre. Au lieu de se battre pour des immeubles, il faudra penser à son propre titre foncier (son tombeau) et faire sa vie. Quand l’heure arrivera, on rendra l’âme.» Fin de citation. En effet, cher ami, ce vendredi saint d’Allah Soubhanahou wa tala, 3 avril 2020, tu as été rappelé à Dieu, à l’évidence de l’implacabilité du décret divin ; laissant derrière toi enfants, épouses, gendres, frères et amis, tous impuissants, laissant derrière toi ta ville natale tant aimée, chantée et défendue sous le vocable «Dekk ci Dekk bi, defar dekk bi mooko gen». Cette phrase, tu l’as toujours répétée pour pousser les Saint-louisiens à développer leur ville.
De la rue de France, dans l’île au Nord où tu es née en 1941 (79 ans) au quartier Balacoss dans le faubourg de Sor où tu as fait ton enfance avec nous jusqu’à ton dernier souffle, que de chemin parcouru !
Ce maudit Covid-19, qu’Allah Soubhanahou par sa grâce et sa miséricorde nous l’éloigne à jamais, nous a empêchés devant ton cercueil de porter un témoignage à ton endroit selon ton vœu.
«Cher Alioune, seul Allah sait pourquoi il fait autrement que ton désir. Quand tout cela sera terminé, Saint-Louis pensera à te rendre un grand hommage.» Propos recueillis hier par ton ami Idrissa Seydou Dia depuis les Etats-Unis.
Tes amis de Balacoss témoignent :
Nous avons milité ensemble dans tous les mouvements associatifs à bas âge dès 1960, après avoir évidemment partagé l’école primaire vers 1955 et secondaire pour certains d’entre nous.
Au plan culturel,
Nous avons milité à l’Union des jeunes de Sor (U.J.S), association sportive à but culturel. Donc les deux principales activités étaient le sport et le théâtre. C’était vers 1958. C’est dans cette Asc que tu as débuté le théâtre, encadré par d’imminents acteurs tels Ibrahima Dem, Doudou Sow (Métro), Baïdy Kane, Baye Diagne, Alex, Moctar Seck, Médoune Mbodj, Oumar Bassel Ba, Moustapha Ba, Badara Dièye, Abou Diongue, El Bachir Sylla et Pape Bathily, Feu Gabriel Jacques Gomis, etc. L’objectif c’était la création d’un centre de recherche et de bibliothèque dans le quartier de Balacoss.
Ensuite, tu as migré à la Saint-Louisienne en 1965-68, avec les Marie Madeleine, sa sœur, Sophie Walfrod, et Mame Sèye où vous aviez interprété des rôles prestigieux dans des pièces comme «Samoury», «Nder», etc. ; sous la direction de grands metteurs en scène : Assane Mbengue, Baba Diagne et Ahed Diagne. Vous avez été membre de la Linguère de Saint-Louis également, de 1969 à 1971, avec les mêmes actrices en plus de Vieux Doro Ndiaye et moi-même (Abdoul Aziz Bathily).
• Vous avez exercé vos talents également à la troupe théâtrale de Mme Khady Fall Sophie dans le quartier de Diawling à Sor, avec ses amis Vieux Doro Ndiaye – Abdou Diarra, etc. Tu as fini à la troupe de la Rts de Baara Yeugo avec les mêmes actrices citées plus haut.
Au plan sportif,
Tu fus gardien de but de l’Union des jeunes de Sor (Balacoss), club navétanes dans lequel il y avait Bamba Sano, Koccis Diagne et Alioune Mbaye G. Man, Alioune Aw, Mamadou Sow Gallé, et Abdoul Mbaye pour ne citer que ceux-là qui ont fini de jouer de grands rôles dans le Championnat national du Sénégal. Tu fus l’initiateur de la fusion de deux grands clubs de football rivaux de Balacoss à savoir l’Union des jeunes de Sor/Balacoss et la Constellation du même quartier. Un coup de maître réussi. 3 Cette fusion est rendue possible grâce à la bonne volonté des dirigeants des deux côtés : Babacar N’diaye Beya, Mafal Wade et Fall Sourang (Ujs/B) ; Samba Ndiaye et Baye Diakhaté (Constellation). Cette équipe dénommée Football Club Balacoss a produit de grands footballeurs qui ont fait les beaux jours de la Linguère de St-Louis, du Jaraaf, et de la diaspora (Seydou Traoré, Vieux Traoré, Massemba Diop dit Kadji-gui, Abdourahmane Camara, Me Jean Seye et Me Jo Camara, l’entraîneur Mamadou Pascal Wane.
Arbitre de football jusqu’au grade de ligne, tu as œuvré durant toute ta vie pour le développement du sport dans la ville.
Groupe des amis :
Dès 1968 nous avons créé une amicale dénommée les «Sul­tans» de Balacoss. D’inspiration orientale, ce groupe a été formé que par nous d’un cahier à aujourd’hui. Nous l’avons rebaptisé «Les Amis de Balacoss à partir de 2000 dont le but était : la solidarité, la citoyenneté à la méditation vers Allah en organisant chaque six mois des rencontres alternatives entre Saint-Louis et Dakar, avec des lectures du Coran dédiées à nos parents et en particulier à nos amis qui nous ont quittés.
Sans exagération cher Ami Colbert, nous avons parcouru ensemble un chemin de plus de 60 ans et seule la mort vient de nous séparer.
Cher ami,
Tu étais un homme à facettes et dimension multiples. Chacune d’elles avait un nom pour les hommes et les femmes. En effet, tu fus artiste poète, journaliste de grand talent et ambassadeur de ta ville natale, un homme au verbe facile.
Ta profession de journaliste, tu en avais fait un sacerdoce non seulement en tant que fonction sociale majeure, mais un instrument de cohésion sociale et facteur de Paix. Tu fus un personnage infatigable du resserrement des liens sociaux et familiaux, un homme à l’écoute de sa ville et dénouant dans les profondeurs, les crises sociales dans tous les domaines socio-éducatifs, culturels et religieux.
D’une générosité exemplaire, tu as œuvré dans la discrétion la plus totale.
Distinction :
Que de titres honorifiques reçus ! Tu fais partie des rares Séné­galais à en recevoir à la fois des chefs d’Etat du Sénégal successifs : Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall. Sans oublier les distinctions de tes pairs, de ta ville pour laquelle tu as tout donné du monde de la culture et du sport.
Cher Ami,
Les mots nous manquent pour pouvoir exprimer tous nos sentiments de reconnaissance envers toi. En nous quittant, tu laisses derrière toi des chantiers parmi lesquels on peut citer :
– Ta chère ville à construire ;
– Ta Radio Téranga FM à préserver ;
– Les journées de prières aux cimetières à pérenniser ;
– Ta famille à souder ;
– Enfin nous tes amis de Balacoss pour qui tu resteras présent dans nos cœurs. Nos prières t’accompagnent éternellement.
Nous présentons nos condoléances les plus sincères à tous tes chers et particulièrement à ta chère épouse, Yaye Boye Diallo, ta compagne de tous les temps. Repose en paix, brave Alioune.
Qu’Allah Soubhanalahou T’accueille et te réserve une place très grande au Paradis. Amine.
Abdoul Aziz BATHILY
au nom des Amis

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