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La situation sécuritaire au Mali a atteint un seuil critique et il faut y remédier. Telle est la conclusion à laquelle est parvenu l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali, Alioune Tine.

La mort récente de 13 soldats français à la suite d’une collision de deux hélicoptères de l’opération «Barkhane» montre à quel point le défi sécuritaire est important au nord Mali. C’est pourquoi l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali, dans une déclaration d’hier, ne perd pas de vue l’acuité avec laquelle la question sécuritaire se pose dans ce pays voisin du Sénégal. Alioune Tine, pour ne pas le nommer, qui vient d’effectuer une visite de 10 jours dans ce pays, le déclare si bien : «Je suis gravement préoccupé par la dégradation continue de la situation générale en matière de sécurité qui a maintenant atteint un seuil critique.»
Ce niveau critique de la situation sécuritaire se justifie par «une présence limitée des institutions de l’Etat dans certaines régions, des violences sur fond des tensions communautaires et des attaques terroristes de plus en plus meurtrières contre les forces de sécurité, ainsi que des civils», fait remarquer le document ; d’où la solution préconisée par l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali. «Il est temps de reconnaître l’inadéquation des réponses actuelles en matière de sécurité pour que le Mali puisse adopter des solutions de rechange plus appropriées dès que possible», suggère Alioune Tine.
Mais l’expert indépendant, qui va présenter un rapport complet au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu en mars 2020, ne manque d’indiquer qu’«au centre du Mali, la fréquence inquiétante des attaques terroristes contre l’Armée menace les fondements de la sécurité de l’Etat. Il est également déplorable que des attaques terroristes soient dirigées contre des écoles, avec des propriétés détruites et des enseignants menacés à Tombouctou, ainsi que la fermeture d’un tiers des écoles à Mopti et de 60% d’écoles à Gao». Et Alioune Tine d’annoncer une détérioration progressive de «la situation en matière de sécurité dans les régions du centre et du sud de Ségou, Kayes et Koulikoro, mais qu’il avait été informé d’une nette amélioration à Kidal ces derniers mois». Avant de préciser : «Toutes les personnes rencontrées ont déploré la lenteur avec laquelle l’accord de paix était mis en œuvre».
L’expert indépendant des Nations unies estime qu’il y a urgence à créer les conditions du succès de la mise en œuvre de l’accord de paix, «notamment en s’assurant que tous les mécanismes sont en place et fonctionnent correctement, en promouvant la transparence et la bonne foi, en veillant à ce que l’Etat fonctionne dans tout le pays et en trouvant des moyens concrets de lutter contre le terrorisme». «Les dirigeants politiques, religieux et traditionnels doivent également faire preuve d’un sens aigu de responsabilité et travailler ensemble pour maintenir la cohésion nationale et mieux faire face aux défis sécuritaires qui menacent l’unité du pays», plaide encore Alioune Tine.

«Affaiblissement» de l’Etat
Par ailleurs, ce dernier constate de nombreux cas «de violations des droits humains fondamentaux» dont seraient victimes «les civils dans de nombreuses régions, et en particulier dans les zones centrales de Mopti». Ces violations de droits humains, au regard de M. Tine, portent sur «le droit à la vie, alors que l’Etat s’affaiblit de plus en plus face aux attaques de plus en plus violentes et meurtrières des groupes terroristes qui déstabilisent le pays et sapent le moral des troupes». Suffisant alors pour faire dire à l’ancien président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho) : «Si cette tendance se poursuit, elle deviendra la menace la plus sérieuse pour la paix régionale et internationale.»
Même «l’aggravation de la violence, des vols, des viols et des enlèvements à Tombouctou» n’a pas échappé à la loupe de Alioune Tine. Qui ne peut s’empêcher de souligner «qu’une recrudescence de la criminalité transnationale menaçait la cohésion sociale et restait impunie». A titre d’illustration, l’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme au Mali cite qu’«entre août 2017 et septembre 2019, il y a eu 101 incidents de sécurité entraînant 94 morts, ainsi que sept enlèvements et 21 vols de voiture. Les violences sexuelles sont également élevées, avec 956 cas signalés entre janvier et octobre 2019 – 43% de ces cas auraient été commis par des membres de groupes armés – selon les chiffres de l’Onu».
Alioune Tine a également salué les efforts de l’Etat malien pour sa lutte contre la corruption et l’introduction de réformes visant la création d’un système de justice plus efficace et équitable.

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