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En moins d’une semaine, il y a 4 décès de plus, soit plus que lors des 45 premiers jours depuis l’apparition de la maladie (2). Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je voudrais tout d’abord, au nom du ministre de la Santé et de l’action sociale, m’incliner devant la mémoire des disparus et présenter mes condoléances à leurs familles. C’est vrai que les trois décès ont été des cas graves, mais le dernier cas de décès survenu à Louga mérite certains éclaircissements. Il s’agissait plutôt d’un patient qui ne s’était pas fait identifier parmi les contacts d’un cas positif et donc qui n’a pas bénéficié de suivi. Il est malheureusement décédé quelques heures après son arrivée à l’hôpital et c’est le prélèvement post mortem qui a révélé sa positivité. Cela me pousse à inviter tous ceux et celles qui ressentent les symptômes à appeler la cellule d’alerte. Une prise en charge précoce augmente les chances de rémission. Cela est d’autant plus important que le nombre de cas augmente.

Quelle est l’importance du port du masque dans la lutte contre le Covid-19 ?
Je vous remercie. Le masque fait partie d’un ensemble de dispositions qui permettent de limiter voire interrompre la transmission du Covid 19. Il permet de protéger le personnel de santé dans les structures de santé et centres de traitement. Il faut, à ce sujet, préciser que les masques de type Ffp2 doivent être réservés et utilisés par ce personnel de santé, surtout ceux qui sont dans la prise en charge des personnes atteintes du Covid 19. A l’échelle de la population, le masque, je le disais, est une composante importante des mesures barrières. Chez la personne atteinte du Covid 19, le port du masque lui permet d’éviter de transmettre la maladie. En effet, lorsque la personne malade tousse ou éternue, elle expectore une nuée de postillons qui sont le vecteur privilégié de la transmission aérienne. Il suffit dès lors que la personne saine inhale ces gouttelettes pour être contaminée. De manière imagée, il faut comprendre que la porte de sortie du virus, c’est la bouche, et sa porte d’entrée principale, ce sont les muqueuses de la bouche et du nez. Devant ce constat, il apparaît clair que pour limiter la propagation, il faut fermer les portes de sortie et les portes d’entrée, c’est-à-dire protéger la bouche et le nez. Voilà pourquoi, le port du masque ou encore Ecran anti postillon (Eap) constitue une solution idéale, mais plus efficace lorsqu’elle est combinée aux autres gestes barrières.

Pourquoi vous avez attendu aujourd’hui pour le recommander alors qu’au début, vous vous axiez la prévention sur le lavage des mains et la distanciation sociale ?
Nous avons toujours dit que l’utilisation des masques devait être réservée au personnel de santé et aux personnes présentant des signes de la maladie. Cette recommandation répondait à l’époque à la typologie de nos cas constitués essentiellement de cas importés et de cas contacts. Le 17 avril, lors de la présentation de la situation épidémiologique du jour, le ministre de la Santé et de l’action sociale a recommandé fortement le port systématique du masque en particulier dans les marchés, les transports et autres lieux publics. Ce jour-là, nous avions fini de constater la présence de 30 cas communautaires dans près de 25 communes du Sénégal. Devant le caractère vicieux de la transmission communautaire, il fallait aller au-delà du port du masque exclusivement par le personnel de santé et les personnes présentant ou ressentant les symptômes du Covid 19. En effet, la transmission communautaire consacre aussi la transmission de la maladie par des personnes asymptomatiques qui vaquent à leurs occupations au sein de la communauté. Dès lors, il fallait limiter cette propagation en généralisant le port du masque de manière à protéger à la fois la source malade silencieuse et inconnue, mais aussi le récepteur exposé à la contamination. Aujourd’hui il faut saluer la mesure prise en ce sens par Monsieur le ministre de l’Intérieur. Je voudrais, au nom de Monsieur le ministre de la Santé et de l’action sociale, féliciter et encourager les populations qui n’ont pas attendu longtemps pour s’approprier cette recommandation.

Est-ce que vous avez mis un dispositif pour contraindre les tailleurs à respecter les normes dans la fabrication des masques ?
Il ne s’agit pas de contraindre les tailleurs, il s’agit plutôt de les encourager à respecter les normes de fabrication. Parce que nous ne devons pas freiner cet élan, mais nous devons accompagner et sensibiliser à la fois les utilisateurs et les fabricants sur le réflexe du port du masque.

Pourquoi l’Etat n’utilise pas la piste du dépistage massif ?
La stratégie actuellement mise en œuvre au Sénégal, est l’expression pratique du plan de contingence élaboré par le Comité national de gestion des épidémies, dirigé par la Directrice générale de la Santé publique. Il s’agit d’une structure multisectorielle qui émet des recommandations qui guident la gestion de la pandémie du Covid 19. Le dépistage utilisé chez nous reste un dépistage ciblé avec cependant : une réactualisation de la définition des cas dans un contexte de transmission communautaire. Cela permet d’élargir l’éventail des cas suspects ; un confinement dans les hôtels avec un dépistage systématique de tous les sujets contacts. Ceci a pour avantage de couper la chaîne de transmission et d’effectuer périodiquement des tests sur ces personnes contacts, en attendant la fin de leur mise en quarantaine ; une recherche active de cas suspects.
Il faut aussi préciser que le dépistage massif n’est qu’une photographie instantanée de l’état de santé des personnes dépistées en un temps T et qu’elle n’est pas synonyme d’immunité dans le futur. Aussi certaines personnes disent que notre stratégie ne retrace pas la réalité de la pandémie et quelle laisserait en rade de nombreux cas méconnus. Je crois que la proportion de personnes porteuses asymptomatiques est tellement faible que si cela devait être le cas, nos structures de santé seraient déjà assaillies. Par conséquent, je crois qu’il faut continuer d’adapter nos stratégies à la situation épidémique en insistant surtout sur la prévention qui demeure la meilleure arme du moment.

Quand pourra-t-on s’attendre au pic de la maladie ?
Le mois de juin est chuchoté, mais je suis de ceux qui pensent qu’il faut plutôt se concentrer sur la gestion de la situation actuelle et montrer que les projections scientifiques en matière d’épidémie ne sont pas aussi exactes qu’on le vit.

Quels sont les risques avec les cas asymptomatiques ?
Je l’ai dit tantôt, le risque est grand parce qu’il s’agit de personnes qui ne ressentent aucun symptôme de la maladie et qui de ce fait conservent les mêmes attitudes et comportements pendant qu’elles peuvent transmettre la maladie. Donc, le port du masque vient apporter une réponse à ce risque de transmission.

Avec la multiplication des cas communautaires, l’Etat perd-il le contrôle ?
C’est vrai que nous constatons une augmentation des cas communautaires, dans un contexte où les cas importés ont disparu. L’Etat a adopté des mesures qui permettent déjà d’identifier les contacts de ces cas communautaires à travers le confinement et le dépistage. Par ailleurs, le durcissement des mesures de prévention collectives (transport, commerce), le port systématique du masque sont autant de dispositions qui montrent que nous gardons la direction de cette riposte. Maintenant, il faut que toute la communauté, les leaders d’opinion puissent accompagner davantage cette dynamique. Si ensemble, nous réussissons à ralentir et aplanir la courbe des cas incidents, nous ferons un grand pas vers la réussite du combat. Nous le pouvons et c’est ensemble que nous devons le réussir.

Le confinement est-il devenu inévitable ?
Comme dit par le ministre de la Santé et de l’action sociale, le confinement fait partie des réponses dans le cadre des scénarii. Cependant, il ne fait pas encore l’objet de recommandation du Cnge. Le chef de l’Etat Macky Sall a déjà dit qu’il ne faut pas exclure cette hypothèse, mais l’envisager en fonction de l’évolution épidémiologique, comme cela a été le cas jusqu’à présent.

Dakar et Touba concentrent beaucoup de cas communautaires, quelle est votre stratégie pour couper la chaîne de transmission ?
La première stratégie, comme l’a dit le ministre de la Santé et de l’action sociale, consiste à renforcer l’accompagnement des comités régionaux de gestion des épidémies qui sont dirigés par les gouverneurs de région. Ces structures ont élaboré des plans régionaux de riposte et sont en train de les mettre en œuvre en tenant compte de ce scénario caractérisé par la poussée de la transmission communautaire. Aujourd’hui, il faut saluer l’implication des autorités religieuses, notamment le vénéré Khalife général des Mourides, dans l’appui à la riposte dans la région de Diourbel et plus particulièrement la ville sainte de Touba. Il faut aussi se réjouir de la mobilisation des maires, acteurs locaux et du personnel de santé dans cette riposte. La stratégie est celle de la région que nous accompagnons et appuyons.

A ce jour, combien de personnes sont suivies par le ministère de la Santé ?
Nous suivons actuellement près 3680 personnes contacts que nous avons placé en confinement et 164 patients sous traitement. J’en profite d’ailleurs pour féliciter et encourager, au nom du ministre Abdoulaye Diouf Sarr, tout le personnel de santé du Sénégal.

Médicalement parlant, peut-on s’attendre à un allègement partiel des mesures prises après le 4 mai (ouverture des écoles, reprise trafic routier…) ?
Je ne saurais me prononcer sur cela puisqu’il y a deux principes qui doivent guider notre démarche qui sont : l’évolution de la pandémie et la recommandation du Cnge. Après bien sûr, le dernier mot appartient aux autorités.

Est-ce que vous êtes en contact avec les autorités malgaches sur cette fameuse découverte d’un médicament contre le Covid-19 ?
Les ministres de la Santé de la région africaine communiquent entre eux, d’ailleurs, le ministre Abdoulaye Diouf Sarr a participé ce mercredi à une visioconférence pendant laquelle cette question a été évoquée. Je rappelle que les interventions doivent être harmonisées et aucun pays ne s’en sortira tout seul. Donc la concertation, et le partage d’expériences restent une passerelle pour arriver au succès. En ce qui concerne toutes ces propositions thérapeutiques, il a été demandé à l’Oms de se prononcer et de donner des orientations.

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