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La Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep), de concert avec ses partenaires actifs en alphabétisation, ont officiellement   lancé «Labo Alpha». Cette initiative se veut un conseil citoyen de régulation de l’expression publique en langues nationales.

La mise en place de «Labo Alpha»  intervient, selon ses responsables, dans un contexte préélectoral qui sera marqué par l’utilisation massive des langues nationales à l’occasion des campagnes électorales, mais également dans le cadre de la célébration de la Semaine nationale de l’alphabétisation. Il vise à encourager l’acquisition et l’utilisation de compétences contre l’analphabétisme, de consolider les néo-alphabètes, tout en veillant à l’environnement lettré. «Pour ce faire, les partis et coalitions de partis politiques sont avertis, aucune forme de banalisation des langues nationales ne sera tolérée», avertit Cheikh Mbow, coordonnateur de la Cosydep. Il a aussi déploré la mauvaise transcription et l’utilisation des langues nationales dans leurs stratégies de communication, notamment les slogans déployés lors de la conquête des suffrages des Sénégalais. «L’objectif est uniquement propagandiste, le manque de sérieux et de rigueur dans l’usage des langues nationales dont le seul critère de performance semble être l’efficacité du discours», regrette Cheikh Mbow.
Les membres de «Labo Alpha» estiment que ces dérives polluent l’environnement lettré et désarçonnent les populations néo-alphabétisées. Ces difficultés, selon eux, découlent du laxisme des autorités sur l’application stricte du décret 2005-992 relatif à l’orthographe et la séparation de mots en wolof.
De  l’avis des défenseurs des langues nationales, cette pratique ne consolide pas les nombreux efforts consentis par l’Etat  pour la promotion de celles-ci, car durant ces deux décennies, les acteurs et les partenaires du sous-secteur ont réalisé d’importantes avancées telles que l’érection de vingt-deux langues au rang des langues nationales, la décentralisation de la mise en  œuvre des programmes d’alphabétisation et d’éducation de base, l’élaboration de divers matériels didactiques adaptés aux réalités des apprenants, sans oublier la tenue d’une Semaine nationale de l’alphabétisation chaque année du 8 au 14 septembre. Malgré tous ces efforts, ils jugent élevé le taux d’analphabétisme (54,6% en 2013 dont 62,3% sont des femmes).
Selon Mor Diakhaté, directeur exécutif d’Alphadev, ces faiblesses s’expliquent par la modicité du montant global du financement en faveur de l’éducation de base des jeunes adultes analphabètes. A cela, ajoute M. Diakhaté, l’implication et la participation timide des citoyens assortis du faible niveau de considération accordé aux langues nationales par certaines élites. «Ce montant demeure très insuffisant : 1% des dépenses publiques de l’éducation nationale alors que la conférence de Bamako de 2017 sur le financement de l’éducation non formelle recommandait aux Etats de porter ce taux à 3%», a-t-il souligné. Pour atteindre le pari, Cheikh Mbow et Cie entendent fournir aux acteurs, notamment politiques, un appui pour s’exprimer correctement en langues nationales, mais aussi de mettre en œuvre des stratégies de rappel à l’ordre à ceux qui transgressent les règles ou violent les codes.
bseck@lequotidien.sn

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