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Pour déconstruire cette image de l’Europe en eldorado, il faut proposer aux jeunes candidats à l’émigration irrégulière des modèles de réussite. C’est en somme ce qu’il faut retenir du panel «Hip-hop et migration». Le modèle «Africulturban» a été proposé comme solution.

Des genres musicaux, le rap est certainement le plus mal loti sur le plan économique en Afrique. Y faire carrière et réussir est tout aussi rare que de sortir sain et sauf d’une chute d’un immeuble de 10 étages. Dans ces conditions, comment peut-on décider de revenir en Afrique quand on a la possibilité de s’installer en Europe où il existe déjà un marché ? Question à Matador qui l’a fait. «Quand Bmg44 a reçu des visas pour la Belgique, tout le quartier s’est réuni et a ordonné Oumar (un membre de Bmg44) de ne pas revenir au Sénégal. Sa famille avait perdu sa maison à cause des inondations. Pour moi, il fallait revenir au Sénégal pour installer un centre dédié aux cultures urbaines», a-t-il expliqué hier au cours du panel sur «Hip-hop et migration».
Conscient qu’il y a des «jeunes Matador qui ont besoin d’aide», il fonde l’Association Africul­turban. Depuis 12 ans, la structure s’est forgée une réputation. Elle est une sorte de couveuse pour les entrepreneurs culturels et une rampe de lancement pour les artistes. Est-ce cela la réponse du hip-hop à la question migratoire ? Pour Rival, à la fois producteur, distributeur, rappeur, bookeur et animateur, il faut revoir le message des acteurs pour comprendre le rôle du hip-hop sur la question. «C’est ce qu’on véhicule, ce qu’on montre qu’il faut revoir. On a tendance à s’identifier aux méchants du film. Il faut redonner aux gamins des héros à qui s’identifier. Le plus beau des accomplissements est de réunir ce beau monde aujourd’hui et d’évoquer ce sujet», s’est réjoui Rival.
Peu importe le rôle du hip-hop sur la question, Fou Malade estime qu’il y a une certaine «hypocrisie des rappeurs qui font penser que l’Europe est un eldorado». Le rappeur de Guédiawaye estime que «la parole du hip-hop est celle du prophète». En tout état de cause, l’Organisation internationale des migrations a identifié le mouvement comme une alternative pour atteindre sa cible.

Le visa, une cause de l’émigration irrégulière ?
Webster, un rappeur québécois d’origine sénégalaise, pense que l’Occident a une dette à payer. Ne l’ayant pas fait, les Africains vont la lui réclamer, explique-t-il. «Les gens suivent les ressources qui ont été pillées. Ça peut se comprendre qu’ils risquent leur vie pour ça. Chez nous, c’est l’effet Trump. Cela a créé une crise d’identité au Québec et une montée de l’extrême droite. Dans l’imaginaire collectif, il y a cette rigidité et cela se reflète dans la politique et le cloisonnement de celle-ci. Comment peut-on exiger un visa pour les gens d’ici et rien pour les autres ? C’est avec la diversité qu’on a construit l’humanité», a-t-il dit. Moins diplomate que son homologue, Matador se dit convaincu que le visa est un système pour défendre ou sauvegarder l’intérêt occidental. «Avant 2000, il était difficile pour un rappeur d’avoir le visa, mais cela a changé après la 1ère alternance. C’est une façon d’envoyer les ‘’gênants’’ à l’extérieur pour mieux nous piller», a-t-il déclaré.
mgaye@lequotidien.sn

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