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La première édition de la journée de solidarité dédiée aux militaires invalides sous le thème : «Fraternité et solidarité dans les armées : hommage aux militaires blessés et invalides», a été aussi célébrée à la zone militaire 7 qui couvre les régions de Thiès et Diourbel. Une occasion pour les 230 militaires d’étaler leur mal-vivre.

C’est un coup de feu sur l’Armée. Entre les difficultés dans la prise en charge sanitaire avec des lenteurs notées dans la livraison des carnets de santé et la modicité des pensions de retraite, les 230 militaires invalides et mutilés de guerre de la zone 7 ont étalé leurs griefs devant le colonel commandant de la zone militaire 7, Boubacar Koïta. C’était, à l’occasion de la première édition de la journée de solidarité dans les armées qui leur est dédiée.
C’est Pape Seydina Diop qui ouvre les hostilités devant les autorités militaires. «Nous souffrons beaucoup et dans le silence. Je pense que c’est le moment de vous dire tout sur notre vécu quotidien parce que nous sommes déjà morts», s’étrangle-t-il. Il enchaîne : «Si on n’accorde pas une bonne pension de retraite, comment on va survivre et tenir encore longtemps ?», s’interroge le blessé de guerre, qui laisse éclater sa colère : «Nos pensions sont insuffisantes et insignifiantes. Et tout le monde le sait. Il faut nous aider.»
S’adressant directement aux officiers en face de lui, il dit : «Vous, officiers, vous avez vos familles. Nous aussi avons nos familles à entretenir avec ces maigres pensions.» Et d’exiger : «Plaidez notre cause auprès des autorités militaires et gouvernementales pour une revalorisation de la pension pour mieux supporter leurs charges familiales.»
Insistant sur la pénibilité de la procédure d’accès aux médicaments qui leur sont prescrits, Pape Seydina Diop dit ne pas comprendre que les médecins chargés de viser leurs ordonnances, se mettent à réduire la liste des médicaments prescrits. Il ne manque pas de fustiger aussi : «Certains médecins diminuent les médicaments qui nous sont prescrits. Les médecins sont là pour nous soulager. S’ils décident de diminuer les médicaments alors que le traitement est étalé sur trois mois, je ne vois pas comment on va s’en sortir.»
Dans ce sillage de la prise en charge sanitaire, Madiop Diop, vice-président de la cellule Tivaouane de l’Association nationale des anciens miliaires invalides du Sénégal (Anamis), a estimé que «certaines maladies comme l’hypertension et le diabète, devraient être prises en charge au même titre que la pathologie inscrite sur leur carnet, parce qu’intrinsèquement liées à la sédentarité causée par celle-ci». Il déplore : «Il faut enclencher un véritable processus pouvant conduire à des réformes essentielles dans lesquelles ils trouveront leurs comptes. Il faut qu’on cesse de nous considérer comme des misérables à qui on peut offrir des vivres et quelques billets de banque.»
Lui emboîtant le pas, son camarade Landing Diédhiou, grand mutilé de guerre, confie : «Notre souffrance est inouïe surtout en période de froid avec nos blessures dues à des éclats dans le thorax et les hanches.» Et malheureusement, dit-il, «certaines de ces pathologies ne sont pas reconnues et prises en charge dans nos carnets. C’est pourquoi nous voulons que notre pension soit revue à la hausse parce que nous ne méritons pas de vivre cette galère après avoir servi le Sénégal». Il ajoute : «Les militaires blessés étaient les représentants du Peuple dans le champ de l’honneur. Nous méritons d’être alignés aux députés, parce que nous représentons la Nation au même titre qu’eux, sur le champ de l’honneur. Le député sénégalais valide et bien payé ne doit pas être mieux traité que le militaire qui a combattu pour son Peuple.»
Marie-Hélène Gomis n’en pas dit moins. La représente des épouses de blessés de guerre dans la cérémonie dit de manière crue que «le concept solidarité tant chanté est un slogan creux». Elle ajoute : «Nous savons ce que les militaires blessés vivent en tant que épouses. Ils souffrent beaucoup. Il faut donc travailler pour diminuer cette souffrance.» Et Mme Gomis d’étaler sa nostalgie «de l’armée d’antan, qui était plus bienveillante envers ses invalides. Aujourd’hui, ce sont les épouses qui mènent des activités économiques pour acheter les médicaments non pris en charge par l’Armée».

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