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Modou Diagne Fada connaît bien Macky Sall, un dur à cuir. Le leader des Démocrates réformateurs ne dit pas non à une amnistie pour Khalifa Sall et Karim Wade mais refuse que ces ex-détenus en fassent un préalable pour discuter. Le président du Conseil départemental de Kébémer ne considère pas Karim Wade comme un «exilé» et l’invite à prendre des risques comme tout homme politique. Dans cet entretien réalisé hier, le Directeur général de la Sonacos fait l’état des lieux de la boîte et décline ses objectifs pour la prochaine campagne de commercialisation de l’arachide.

Que pensez de la grâce présidentielle octroyée à Khalifa Sall ?
C’est une très bonne chose. Le pays a besoin de paix civile et sociale. Le maire Khalifa Ababacar Sall a purgé une grande partie de sa peine. C’est un chef de famille, un haut responsable politique au Sénégal et il était temps qu’il soit gracié par le chef de l’Etat. Je félicite le président de la République pour cette décision de haute portée humaine, sociale et politique.
Depuis sa réélection, le Président Macky Sall a montré la voie d’abord dans son discours post-élection après la proclamation officielle des résultats. Il a déclaré qu’il y a ni vainqueur ni vaincu sinon que le Sénégal dans sa globalité a gagné. Il avait profité de l’occasion pour tendre à nouveau la main à l’ensemble des Forces vives de la Nation. Il a répété la même volonté lors de sa prestation de serment devant les chefs d’Etat invités, des acteurs politiques et de la Société civile. Il a même appelé les Présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade à jouer leur rôle pour la décrispation du climat politico-social pour faire émerger davantage le Sénégal à l’occasion du dialogue national.
Avec les retrouvailles Wade-Macky, moment ne pouvait être aussi propice pour la libération de Khalifa Sall. En l’espace de 48h, le Président Macky Sall a posé deux actes forts, deux grands évènements politiques qui ont fini de convaincre les plus sceptiques dans sa volonté de décrisper le climat politique.

Pour vous, Khalifa Sall a-t-il demandé la grâce ou pas ?
Ce n’est pas un débat important. Mais je crois que les avocats de Khalifa Sall ont écrit depuis le mois de juillet au nom de Khalifa Sall. Vous savez, les ego surdimensionnés n’ont pas leur place en ce moment-là dans cette dynamique de construction de la paix et de retrouvailles entre les acteurs politiques. Il faudrait prendre une position qui pourrait apaiser et aider à aller de l’avant. Je crois que les trouble-fêtes ne doivent plus avoir voix au chapitre et doivent se calmer pour permettre au Sénégal de retrouver une paix civile, une vie politique normale où la majorité et l’opposition, chacune d’entre elles, puissent jouer leur rôle. Il ne faut plus avoir de dossiers politiques ou des personnalités politiques emprisonnées. La volonté, c’est de voir ces dossiers derrière nous. Que Khalifa Sall ait demandé la grâce ou pas, ce qui est important c’est qu’il soit libéré. Il a retrouvé sa maman, sa famille et ses militants. Le reste c’est de la politique politicienne. Pour le moment, il faut permettre à Khalifa Sall de savourer sa liberté. Est-ce que les avocats l’ont fait avec l’aval de Khalifa Sall ? Je n’en sais rien.

A quoi doivent aboutir les retrouvailles Wade-Macky à Massalikoul Jinane ?
Je dois d’abord féliciter le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, le porte-parole, Serigne Bassirou Abdou Khadre et l’ensemble de la communauté mouride. Pour d’abord l’œuvre grandiose que constitue la mosquée Massalikoul Jinane. C’est un symbole de la victoire de Serigne Touba sur ses adversaires. L’édi­fication de cette mosquée à Dakar, capitale du Sénégal, symbolise beaucoup de choses.
La communauté mouride a cette place qu’elle mérite largement au sein de la capitale parce que, rappelons-le, la mosquée Massalikoul Jinane est l’une des plus grandes et des plus belles d’Afrique de l’Ouest. Ce qui a rendu l’évènement plus beau, ce sont les retrouvailles entre le président de la République, Macky Sall, et le Président Abdoulaye Wade. Certains d’entre nous du milieu mouride avaient beaucoup d’appréhensions, se sont posé beaucoup questions sur ces retrouvailles. Mais par la grâce de Dieu, de son Prophète et de Serigne Touba, tout s’est bien passé.
Finalement, les craintes ont été transformées en espoir. Macky et Wade ont fumé le calumet de la paix en se serrant la main et en s’entretenant. Macky a déposé Me Wade chez lui. Ils ont traversé les foules, levé leurs bras au vu et su de la communauté mouride, de la communauté musulmane et de la communauté nationale. Cela me semble extrêmement important pour des gens qui ne se sont plus rencontrés depuis la passation de pouvoirs en avril 2012. C’est le travail et le mérite du Khalife général des Mourides et de son entourage.
Nous tous avons compris qu’il existe au Sénégal des régulateurs sociaux. Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh jouait ce rôle, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine aussi. Aujourd’hui, Serigne Mountakha est dans ce rôle de réguler la vie politique et sociale de notre pays. Il faut se féliciter de cette présence positive des religieux dans la politique, une spécificité sénégalaise qu’il faudra renforcer parce que nous en aurons toujours besoin.

Ces retrouvailles Wade-Macky doivent-elles aboutir à un retour de Karim Wade ou signer la fin de son exil au Qatar ?
Est-ce que Karim Wade est en exil ? C’est lui qui dit qu’il est en exil. Je ne pense pas que tel est le cas. On ne peut pas être en exil et aller au Rwanda et au Koweït pour s’inscrire sur les listes électorales.

Mais il ne peut pas venir au Sénégal…
Qui dit qu’il ne peut pas venir au Sénégal ?

Pour le retour de Karim Wade, le ministre de la Justice de l’époque, Ismaïla Madior Fall, a dit avant l’élection présidentielle, «soit il paie, soit il purge»…
Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas revenir au Sénégal.

Il y a 138 milliards qui pèsent sur lui…
Ça, c’est un autre problème mais on ne peut pas dire qu’il ne peut revenir au Sénégal. Il peut bel et bien revenir au Sénégal. Il n’y a rien qui l’empêche de revenir au Sénégal. Maintenant, il y a des risques, mais on est tous des hommes politiques.

Dans le cadre de ces retrouvailles, est-ce que ces risques peuvent être levés ?
Moi qui vous parle, j’ai fait plusieurs fois la prison. J’ai couru des risques. Je suis encore en politique et donc je continue à courir des risques. Quand on fait de la politique, a fortiori en voulant être un responsable, un chef, il faut avoir le courage de courir des risques.

Pour vous, Karim ne veut pas courir des risques ?
Je ne dis pas ça. Je dis que rien ne l’empêche de revenir au Sénégal. Il y a des risques qui pèsent sur lui. Mais en politique, il faut prendre des risques. Je garde espoir que si nous jouons bien, tout sujet peut être mis sur la table. Cet esprit de dépassement qui a animé Wade et Macky jusqu’à ce qu’ils se retrouvent à la mosquée et rentrent ensemble, il faudrait que ce contact soit maintenu. Il faut qu’on en reste là en évitant de faire de la politique politicienne.
Macky Sall s’est retrouvé avec Me Abdoulaye Wade, je souhaite vivement que dans les prochains jours, ils se rencontrent officiellement et formellement, se parlent et mettent tous les dossiers sur la table en comprenant que ce n’est pas durant cette rencontre qu’on pourrait régler tous les problèmes. Mais au moins que cet acte soit posé.
Plus tard, d’autres rencontres auront lieu. Petit à petit, on pourrait construire un consensus entre les deux hommes, les deux camps, entre la majorité et l’opposition. Les va-t-en-guerre doivent se taire un peu.

Est-ce que ces dossiers dont vous parlez peuvent aboutir à grand-chose sans la résolution du cas Karim Wade, principale source de divergence entre Wade et Macky ?
Il faut discuter. Karim peut revenir d’ici l’élection présidentielle de 2024 en retrouvant ses droits civils et politiques mais est-ce qu’il y a un enjeu ? Si tel n’est pas le cas, on avance parce qu’un seul homme ne doit pas constituer une entrave à des retrouvailles entre le Pds et le Président Sall. On ne peut pas tout bloquer parce que l’avenir politique d’une personne est compromis. Ces retrouvailles doivent dépasser le cas Karim, le cas Fada, le cas Khalifa Sall parce qu’encore une fois, au-delà de tout, c’est le Sénégal qui est en jeu, la concorde nationale.

Etes-vous pour une amnistie pour Khalifa Sall et Karim Wade ?
Je suis pour le respect de la loi. Tout ce que la loi permet, je ne le refuse pas. Si des discussions doivent avoir lieu jusqu’à ce que l’Assemblée nationale soit convoquée pour amnistier Karim Wade et Khalifa Sall, je n’y vois aucun inconvénient. Mais cela ne doit pas être un préalable à des échanges ou à des discussions. Il faut que les acteurs acceptent de reprendre leur place dans le processus de dialogue national qui est en cours pour pouvoir y poser leurs préoccupations.
Le Président Macky Sall a cette volonté d’apaiser le climat politique mais il est loin d’être un homme faible. C’est un dur à cuir et je crois qu’il l’a montré durant son septennat. Dès l’instant que vous connaissez que l’homme que vous avez en face et que vous connaissez le bilan des manifestations qui n’ont abouti à rien, vous devez vous rendre compte que la seule porte ouverte, c’est celle du dialogue et de la discussion. L’opposition doit se rendre à l’évidence que c’est Macky Sall le président de la République du Séné­gal.

Me Wade n’est-il dans cette logique de dialoguer quand il décide de changer Oumar Sarr par Bara Gaye et Doudou Wade au niveau du Front de résistance nationale ?
Je n’en sais rien. Ce sont des questions internes au Pds. Ce n’est pas une surprise de voir Oumar Sarr être changé comme représentant du Pds au niveau du Front de résistance nationale. C’est une suite logique de la mise en place du nouveau Secrétariat national. Mais Bara Gaye ou Doudou Wade ne sont pas importants. Il y a deux hommes importants au Pds : c’est Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade. Ce sont eux qui prennent les décisions. S’ils sont d’accord pour le retour du Pds au dialogue national, ce sera fait. Sinon, le Pds n’ira pas au dialogue.

Quelle lecture faites-vous de la crise au Pds ?
Je regarde comme tous les observateurs, les analystes, les soubresauts au niveau du Pds. Le Pds est un grand parti. Il s’agit de la principale force politique de l’opposition si on se réfère aux dernières élections législatives. Ce parti dispose d’un groupe parlementaire et il faudrait qu’on prête attention à ce qui s’y passe.
Ces soubresauts ne peuvent pas me surprendre. Moi-même avec mes amis avions vécu ça. L’histoire nous a donné raison. Nous avions averti depuis 2015. Nous avions porté des réformes pour restructurer le parti, renouveler le parti de la base au sommet, avoir un plan B pour la candidature du parti. On n’a pas été entendus et à l’époque, on avait dit qu’on ne participerait pas à un suicide collectif qui est intervenu en 2019 : pour la première fois le Pds n’a pas eu de candidat pour une élection présidentielle. Ceux qui nous insultaient ont subi la même situation plus tard. Tant que la volonté de Wade d’installer Karim Wade la tête du parti n’est pas exaucée, on vivra les mêmes situations.

L’ancien ministre Bacar Dia a déclaré dans L’As qu’il avait mal en voyant Macky Sall élever Abdou Diouf et laisser en rade Abdoulaye Wade ?
Ça peut faire mal de voir cette situation, parce que le Président Macky Sall a fait plus de 20 ans avec le Président Wade. Mais est-ce que la faute est du côté de Macky Sall ? Est-ce que la posture de Abdou Diouf est la même que celle du Président Wade vis-à-vis de Macky Sall ?

Selon vous, ce n’est pas le cas ?
Je m’en arrête là.

En tant que Directeur général, où en êtes-vous avec le plan global de modernisation de la Sonacos ?
En 2019, le Président Macky Sall a voulu donner un coup d’accélérateur pour la relance de la Sonacos en me désignant comme nouveau directeur. J’ai pris service le 3 mai. La boîte n’était pas encore relancée où tous les comptes étaient négatifs, tous les indicateurs étaient dans le rouge. La Sonacos croulait sous le poids de la dette des fournisseurs, de certains partenaires stratégiques qui sont des sociétés nationales, des banques… Il y avait un manque de confiance entre la Sonacos et ses partenaires, notamment les banques. Il y avait une faiblesse, c’étaient les récurrents défauts de paiement de la Sonacos auprès de la Société islamique pour le financement du commerce international (Itfc), une filiale de la Banque islamique de développement, qui prête de l’argent à la Sonacos pour collecter les graines d’arachide pour le financement de la campagne arachidière. Depuis le mois de mai, nous sommes en train de travailler d’arrache-pied pour d’abord apaiser le climat social.

Est-ce que vous avez rencontré les acteurs ?
Nous avons rencontré les travailleurs, les cadres, les syndicats pour connaître leurs problèmes, leurs propositions de solutions à la situation que traverse la Sonacos. Nous avons reçu tous les industriels partenaires, tous les grands fournisseurs partenaires, les banques partenaires pour échanger sur les dettes de la Sonacos et comment les payer. Depuis lors, les choses marchent mieux.
Le problème de la Sonacos, c’est la vétusté des installations. Nous n’avons plus d’équipements fonctionnels modernes donc, nos capacités de production sont extrêmement faibles aujourd’hui. Nous perdons beaucoup de graines parce que nos conditions de conservation sont mauvaises. J’ai trouvé des graines de 2016, de 2017-2018, de 2018-2019 qui n’étaient pas ni traitées ni vendues et qui étaient là en train de se détériorer.
Nous avons changé de modèle économique en disant que comme pour l’huile brute, nous vendons à perte, il faut trouver un autre créneau pour faire des marges bénéficiaires. Nous nous sommes mis à la transformation des graines coques en graines d’arachide pour les exporter vers la Chine. Par conséquent, nous avons une meilleure trésorerie et nous payons nos moratoires vis-à-vis des banques. On paie l’argent des retraités. J’avais pris l’engagement de payer avant la fin de l’année tous les retraités. Nous devons plus de 200 millions aux retraités. Pas plus tard qu’avant-hier, nous avons envoyé à chacun d’eux un million de francs Cfa. On fera des gestes avant le Magal et avant le Gamou.

Est-ce que vous avez une trésorerie capable de faire face à la prochaine campagne de commercialisation de l’arachide ?
Oui. Nous sommes à l’aise pour faire face à la prochaine campagne qui va venir à partir du mois de décembre. Nous sommes en discussions avec la Banque islamique pour obtenir 75 millions de dollars pour financer la prochaine campagne. Je serai la semaine prochaine à Djeddah pour préparer le contenu de la convention que le gouvernement va signer avec Itfc pour la prochaine campagne arachidière.
Nous sommes en discussions avec des partenaires techniques de l’extérieur pour voir comment renouveler notre équipement, nos marchés. Lors du Conseil des ministres de la semaine dernière, le Président Macky Sall a donné des instructions au ministre des Finances, au ministre de la Coopération et au ministre de l’Agriculture pour moderniser et restructurer le plan de redressement de la Sonacos. Le plan d’urgence de redressement de la Sonacos a fini d’être bouclé et sera validé par la tutelle technique et sera envoyé aux partenaires pour trouver un financement. C’est un plan global qui tourne autour de 16 milliards de francs Cfa.

A combien s’élève la dette de la Sonacos ?
La dette globale s’élève à 62 milliards de francs Cfa. La Sonacos traîne une dette due à l’Etat, aux banques, aux particuliers. Nous avons travaillé avec l’Etat pour reconvertir une partie de la dette et aujourd’hui ce document est signé avec le ministère des Finances pour que la grande partie de la dette due à l’Etat soit reversée dans le capital de la société pour pouvoir améliorer nos comptes, devenir beaucoup plus bancable et avoir des comptes beaucoup plus assainis.
Plus tard, nous allons convoquer l’Assemblée générale extraordinaire de la Sonacos pour valider l’ensemble de ces documents y compris le travail que nous avons confié à un cabinet privé pour faire l’état financier. La Sonacos est une société nationale et le capital est détenu à 99,78% par l’Etat du Sénégal et le reste (0,22) appartient encore à des privés.

L’usine de Bel Air est confrontée à des problèmes de mévente sur les produits chiffrés à 12 milliards. Comment allez-vous procéder pour écouler ces produits ?
Ça, c’était avant mon arrivée. On a vendu une très grande partie et il nous reste des stocks extrêmement faibles et nous avons repris la production. Nous avons beaucoup repris le raffinage pour constituer de nouveaux stocks d’huile de meilleure qualité.
Avec les aléas de la pluviométrie, la Sonacos a-t-elle connu une bonne récolte ?
Nous sommes très contents de la pluviométrie, malgré le fait que la pluie cause des inondations dans la banlieue. Mais ceux qui sont dans le milieu arachidier, dans le milieu agricole, sont contents. La pluviométrie a été au rendez-vous, malgré son retard. Nous espérons avoir Inchallah de très bonnes récoltes. Maintenant, une chose est d’avoir de bonnes récoltes et c’en est une autre d’avoir beaucoup d’argent pour acheter les récoltes. Le Président Macky Sall nous a des instructions de très tôt nous occuper du financement de la prochaine campagne arachidière.

Quels sont les objectifs de la Sonacos pour la prochaine campagne de commercialisation de l’arachide ?
L’année dernière, nous avions acheté 85 mille tonnes de graines. Cette année, nous avons un objectif de plus de 100 mille tonnes.

Est-ce que vous avez pris des mesures pour combattre le phénomène du bradage de l’arachide à vil prix, communément appelé «mbapatt» ?
Malheureusement, c’est une affaire très sérieuse qui demande une mobilisation des services de l’Etat pour éviter le «mbapatt». C’est une tradition assez bien établie au Sénégal. Cela a commencé depuis la Tabaski. Il y a des paysans qui ont déjà vendu une partie de leurs récoltes pour des moutons de Tabaski.
Il faut inviter les opérateurs et les acteurs de la filière arachidière à payer aux producteurs le prix fixé par l’Etat du Sénégal à travers le Comité national interprofessionnel de l’arachide, qui va se réunir plutôt que prévu. Avant la fin du mois d’octobre, on aura le prix officiel de l’arachide. Ce qui me semble être une excellente mesure pour que les uns et les autres ne puissent pas être trompés par les «mbapatteurs» et qu’ils se gardent de vendre leur arachide à vil prix.

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