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On ne se lassera pas de répéter le bilan : 1 863 disparus et 65 rescapés. Voilà ce qu’a coûté le naufrage du bateau Le Joola, l’une des plus grandes catastrophes maritimes au monde survenue le 26 septembre 2002 au large des côtes gambiennes. L’Etat, qui avait reconnu sans réserve sa responsabilité dans cette tragédie, avait pris un certain nombre d’engagements dont l’indemnisation des ayants droit des familles des victimes de cette tragédie. Des familles qui avaient à leur tour listé, au lendemain du drame, un certain nombre d’exigences remises au goût du jour à l’occasion de chaque anniversaire du naufrage.

Aujourd’hui, les familles des victimes replongeront dans leur deuil éternel. 17 ans après le naufrage du Joola, le mal est toujours aussi profond, les sentiments absorbés par les tourments du passé. Ce naufrage rappelle toujours des erreurs, des contradictions, des accointances et des négligences graves, qui ont provoqué la mort d’au moins 1863 personnes. Quoi de neuf ? Depuis 17 ans, les mêmes discours sont servis, les mêmes intentions entonnées et les mêmes promesses rééditées. Que reste-t-il de cette tragédie ? Le projet de mémorial est toujours dans les tiroirs, les pupilles de la Nation ont grandi, certains sont devenus bacheliers.
Et comme chaque année, l’événement n’a pas trouvé le Prési­dent sall sur le territoire national.Il est à New York.
Mais, les revendications n’ont pas disparu avec le temps : parmi ces doléances des familles des victimes figuraient en bonne place  les questions de renflouement du bateau, de la prise en charge des orphelins, de la commémoration de la date anniversaire mais également de l’érection d’un Mémorial-Musée à Ziguinchor et de vérité sur ce naufrage. Que vont dire les autorités ce matin à Ziguinchor pour apaiser les familles ? Cette question mérite d’être posée  puisque chaque année un mémorandum est remis à la délégation officielle listant de vieilles exigences des familles des victimes du Joola, des doléances portées par le président de l’Association nationale des victimes du Joola, Moussa Sissoko, rappelé d’ailleurs à Dieu il y a une quinzaine de jours. Car, le renflouement de l’épave du Joola, par respect à la vie humaine et pour permettre aux disparus d’avoir une sépulture digne et aux familles des victimes de faire leur deuil, tarde encore à se matérialiser. Des familles qui veulent convaincre qu’avec le renflouement du navire, les restes en termes d’objets identifiables vont être remis aux parents des victimes et les objets non identifiables exposés au niveau du musée. Le Mémorial-musée à la mémoire des disparus du Joola qui doit prendre en compte un centre de recherche sur la sécurité humaine, la prévention des risques et des catastrophes ! La construction de ce musée au niveau du port de Ziguinchor, annoncée l’année dernière par l’ancien ministre de la Culture, Abdou Latif Couli­baly, n’est toujours pas effective. Une situation qui est la résultante d’un différend entre l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam), qui ne veut point céder de parcelles pour son érection au niveau du port, et les familles des victimes qui préfèrent ce site à l’ile de Carabane proposait par l’Anam. Et nonobstant la médiation du ministre de la Culture Abou Diop la semaine dernière à Ziguinchor, sollicitant au passage un espace de près de 2000 m2 pour la construction du mémorial, la réalisation du projet de Mémorial-Musée est encore différée. «Le port veut son extension et les familles  comptent en faire une place du souvenir des victimes», a indiqué Abou Diop. Et ce, au grand dam des familles des victimes qui souhaitent, en outre, que la journée du 26 septembre soit déclarée fériée par l’Etat du Sénégal. L’autre exigence des familles des victimes, qui n’a pas encore trouvé de solution définitive, c’est la prise en charge des «Pupilles de la Nation». Malgré les nombreux efforts consentis par l’Etat à l’endroit de ces derniers dont la mise en place par le Président Wade de l’Office national de gestion des pupilles de la Nation placé sous la tutelle du ministère de la Solidarité nationale, les familles des victimes exigent toujours la rétroactivité de la loi votée en 2006 et du décret d’ap­plication entré en vigueur en 2011 ; décret qui a laissé en rade, selon elles, plus d’un millier d’orphelins sur les 1900 recensés au lendemain du drame. Et même si les membres de l’Association nationale des familles des victimes du Joola (Anfvj) se réjouissent de la hausse de l’allocation attribuée à ces orphelins qui est passé de 20 000 francs à 30 000 francs Cfa, il n’en demeure pas moins que ceux-ci exigent de l’Etat le respect du caractère rétroactif de la loi concernant les «Pupilles de la Nation».

Mêmes revendications, mêmes discours
La lumière sur ce drame du Joola afin que les responsabilités soient situées et sanctionnées pour éviter que celui-ci soit versé dans le compte pertes et profits ; une loi instituant le 26 septembre «Journée des patriotes» ou du «Souvenir aux naufragés du Joola»; la capacité d’accueil de l’université Assane Seck de Ziguinchor ; le règlement du problème d’orientation des jeunes bacheliers de la Casamance ! Un chapelet d’exigences envers l’Etat sénégalais réitéré par le défunt président de l’Association nationale des victimes du Joola lors de chaque anniversaire du naufrage Joola. Moussa Cissokho qui depuis 17 ans a exigé avec les siens le désenclavement total de la Casamance avec la construction d’un nouveau pont sur le fleuve Casamance, la mise en place d’un train express reliant Dakar, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor, etc. De nombreuses revendications à satisfaire par l’Etat énumérées par les familles des victimes. Ces dernières, qui reconnaissent toutefois, et à la vérité, les nombreux efforts consentis par l’Etat et qu’on ne saurait passer sous silence. Tels que la création d’une compagnie aérienne assurant la desserte vers Ziguinchor, l’aménagement de gares maritimes flambant neuves à Dakar et à Ziguinchor, la mise en service des bateaux Aline Sitoé Diatta, Aguène et Diambone, le dragage du fleuve Casamance et le renforcement de la surveillance du transport maritime, le projet d’extension du port de Ziguinchor, le projet du Mémorial-Musée en gestation, la Rn6, etc. Quelques réalisations dans un océan de doléances.
Et ce vendredi 26 septembre 2019, les familles des victimes répéteront à nouveau la même symphonie par rapport à un certain nombre de leurs exigences non encore satisfaites, et ce, par devoir de mémoire pour les disparus, pour leur président Moussa Cissokho rappelé tout récemment à Dieu, et pour qu’il n’y ait également plus jamais ça !

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